‹ Le lutrinChapitre 9 sur 44 · Pour sortant furieux · texte numérisé non relu

Pour sortant furieux

3. Antithèse fort plaisante,quand on songe que, chez les Pygméus^ peuple fabuleux, les hommes n'avaient qu'un pied de haut, et qu'ils s'avançaient au combat montes sur des perdrix ou sur des chèvres à la taille haute comme la leur. La reine des Pygméts, Gérana , fut changée en grue par Junon, pour avoir osé disputer à c<'lt<; déesse le prix de la beauté. Aristote a fait mention d'animalcules qui naissent auprès du lleuvc llypanis; ils ne sont autres que les Pygmées. Strabon (liv. Il), Philostrate (lcon.,liv. ll,chap. 22) et l'Écriture sainte elle-même parlent souvent de ce peuple plus que myrmidon.

4. VHèbre, fleuve de l'ancienne Thracc, prenait sa source au mont Hémus (aujourd'hui Emineh , le Balhan , ou les Balkans) , passait à Adrianopolis et se jetait dans la mer Égrc : l'IIèbre est aujourd'hui la Maritza. — Le Strymon ^ fleuve de la Macédoine (Turquie d'ILurope), la séparait de laThrace, passait à Amphipolis (aujourd'hui Emboli) et avait son embouchure au golfe du mômo nom (aujourd'hui golfe de Conlessa). Le Slrymon s'appelle à présent Slrijmoua.

5. Nectar^ boisson des dieux, de vo négatif et xtocw, je fais mourir; par métaphore, liqueur délicieuse. Le nectar était versé aux dieux d'abord par Hébé, hlle de Junoa et déesse de la jcuncssi-,

On dessert : et soudain , la nappe étant levée , Le prélat, d'une voix conforme à son malheur, Leur confie en ces mots sa trop juste douleur :

« Illustres compagnons de mes longues fatigues , Qui m'avez soutenu par vos pieuses ligues, 130

lit par qui , maître enfin d'un chapitre insensé. Seul à Magnificat^ je me vois encensé : Souflrirez-vous toujours qu'un orgueilleux m'outrage, Que le chantre à vos yeux détruise votre ouvrage , Usurpe tous mes droits , et , s'égalant à moi , 1 35

Donne à votre lutrin et le ton et la loi ? Ce matin même encor, ce'n'est point un mensonge, Une divinité me l'a fait voir en songe : L'insolent, s'em parant du fruit de mes travaux, A prononcé pour moi le Benedicat vos ! 140

Oui, pour mieux m'égorger il prend mes propres armes. »

Le prélat, à ces mots, verse un torrent de larmes. Il veut, mais vainement, poursuivre son discours ; Ses sanglots redoublés en arrêtent le cours. Le zélé Giloliu, qui prend part à sa gloire, 143

Pour lui rendre la voix fait rapporter à boire : Quand Sidrac^, à qui l'âge allonge le chemin, Arrive dans la chambre, un bâton à la main. Ce vieillard dans le chœur a déjà vu quatre âges * : Il sait de tous les temps les diiïérents usages : IGO

Et son rare savoir, de simple marguillier, L'éleva par degrés au rang de clievecier *. A l'aspect du prélat qui tombe en défaillance,

puis par Ganymède, enlevé par Taigle de Jupiter, tandis que le jeune prince chassait sur le mont Wi\, en Phrygie.

1. Allusion à la partie de l'oflice des vêpres dans laquelle on chante le Magnificat , psaume en l'honneur de la sainte Vierge.

2. Sidrac était le véritable nom d'un vieux chapelain-cîerc de la Sainte-Chapelle.

3. Ce ne sont point des âges d'homme. Boilean veut dire seulement que Si irac a vu quatre fois se renouveler le chapitre.

4. Les reliques étaient confiées aux soins du marguillier ; les chapes et la cire , à ceux du chcvecier ou chcfcier, c'est-à-dire porti'; le premier sur les tablettes de cir^, où l'on inscrivait les noms des ecclésiastiques , dans Tophe de leurs dignités. Le marj^uillier, autrefois marreglier, chargé d'administrer les deniers d'une église, tenait registre matricide des recettes et dépense!?.

LE tUTBIN, I. 227

Il devine son mal, il se ride, il s'avance ;

Et d'un ton paternel réprimant ses douleurs : 155

« Laisse au chantre, dit-il, la tristesse et les pleurs, Prélat; et, pour sauver tes droits et ton empire, Kcoute seulement ce que le ciel m'inspire. Vers cet endroit du chœur où le chantre orgueilleux Montre, assis à ta gauche, un front si sourcilleux, JGO

Sur ce rang d'ais serrés qui forment sa clôture , Fut jadis un lutrfn d'inégale structure. Dont les flancs élargis de leur vaste contour Ombrageaient pleinement tous les lieux d'alentour. Derrière ce lutrin, ainsi qu'au fond d'un antre, 105

A peine sur son banc on discernait le chantre : Tandis qu'à l'autre banc le prélat radieux. Découvert au grand jour, attirait tous les yeux. Mais un démon, fatal à cette ample machine, Soit qu'une main, la nuit, eilt hâté sa ruine, 170

Soit qu'ainsi de tout temps l'ordonnât le destin , Fit tomber à nos yeux le pupitre, un matin. J'eus beau prendre le ciel et le chantre à partie ; Il fallut l'emporter dans notre sacristie, Oii depuis trente hivers, sans gloire enseveli, iTô

11 languit tout poudreux dans un honteux oubli. Entends-moi doriC, prélat. Dès que l'ombre tranquille Viendra d'un crêpe noir envelopper la ville, '

Il faut que trois de nous*, sans tumulte et sans bruit , Partent à la faveur de la naissante nuit, 180

Et, du lutrin rompu réunissant la masse, Aillent d'un zèle^ adroit le remettre en sa place. C'est par là qu'un prélat signale sa vigueur. jSe borne pas ta gloire à prier dans un chœur : Ces vertus dans Aleth peuvent être en usage ' ; 185

Mais dans Paris plaidons : c'est là notre partage,

1. D^eMre nous serait sinon plus poétique du moins plus correct.

2. D'un zèle : cette tournure a vieilli ; on dirait, à présent : avec un zèle.

3. Éloge aussi juste que mérité de N-colas l'avillon, alors évoque d'Alelh, petite ville tlu ilépartenunt de l'Aude, l^eu de temps après la publication du Lutrin^ il mourut en 1677, à l'Age de quatrevingts ans, et après trente-huit années d'un épiscopat illustré par toutes les vertu<>.

-28 BOILEAO.

Tes bénédictions dans le trouble croissant,

ïu pourras les répandre et par vingt et par cent,

Et pour braver le chantre et son orgueil extrême,

Les répandre à ses yeux, et le bénir lui-même. » 190

Ce discours aussitôt frappe tous les esprits ; Et le prélat charmé l'approuve par des cris. Il veut que sur-le-champ dans la troupe on choisisse Les trois que Dieu destine à ce pieux office : Mais chacun prétend part à cet illustre emploi. 195

« Le sort, dit le prélat, vous servira de loi * ; Que l'on tire au billet ceux que l'on doit élire. » Hdit, on obéit, on se presse d'écrire.

Aussitôt trente noms , sur le papier tracés , Sont au fond d'un bonnet par billets entassés. 200

Pour tirer ces billets avec moins d'artifice , Guillaume, enfant de chœur, prête sa main novice : Son front nouveau tondu, symbole de candeur, Rougit, en approchant, d'une honnête pudeur. Cependant le prélat, l'œil au ciel, la main nue, 205

Bénit trois fois les noms et trois fois les remue. II tourne le bonnet : l'enfant tire, et Brontin^ Est le premier des noms qu'apporte le destin. Le prélat en conçoit un favorable augure , Et ce nom dans la troupe excite un doux murmure. 210 On se tait, et bientôt on voit paraître au jour Le nom, le fameux nom du perruquier l'Amour '. Ce nouvel Adonis^, à la blonde crinière, Est l'unique souci d'Anne sa perruquière. Ce perruquier superbe est l'effroi du quartier, 215

Et son courage est peint sur sou visage ailier. |

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