‹ Le luxe comedie en quatre actes et en proseChapitre 20 sur 103 · DE RU P 1ER A · texte numérisé non relu

DE RU P 1ER A

Prenez garde, madame ; c’est monsieur Farju qu’on interroge et c’est vous qui répondez !... Vous commandez des portraits, et vous laites des caricatures! (Il remonte et s'appuie sur le dos de la chaise de madame de Barges. )

MADAME DE BARGES

Eh bien ! je laisserai monsieur Farju peindre lui-même la fille...

FARJU.

Dites les filles, madame la comtesse, car elles sont deux ! C’est la beauté, la grâce, l’honnêteté mêmes. (De Rupicra regarde madame de Barges. )

MADAME DE BARGES

J’écoute comme vous !

La cadette, mademoiselle Suzanne... douce, naïve, modestement élevée sous le toit paternel...

MADAME DE BARGES

Oui... Cendrillon!

LU LUXE

F ARJU.

L’aînée, mademoiselle Esllicr...

MADAME DE BARGES

Ah ! voyons !

F ARJU.

Oh ! l’aînée! la plus brillante élève de nos plus élégants pensionnats!... ayant grandi au milieu des héritières des plus opulentes familles... où elle a conservé d’intimes relations...

MADAME DE BARGES

Oui... beaucoup trop, peut-être! nous le savons!

F ARJU.

A chaque concours, ses maîtres la couronnaient de plus de lauriers que madame Ode ne l’a depuis couronnée de fleurs ! De l’instruction ù défier tous les programmes ! et la musique ! et la peinture! et la danse! les langues vivantes... l’allemand... tous les arts d’agrément! Elle sait tout, elle a tout : la science et la beauté ! Avec de pareils dons, la position du père, la naissance de madame Morel... de Saint-Goar... avec les ressources de la maison et celles de leur esprit... qui sait concilier la médiocrité des moyens avec le faste de l’apparence... avec tant de qualités et d’habileté, comment ces dames ne joueraient-elles pas, dans le monde, un rôle qui peut les conduire à la fortune?

MADAME DE BARGES, se levant.

A la fortune?... Dites donc au ridicule. Je connais l’espèce... a voici en deux mots. On demeure au quatrième étage afin d’aller en première loge à l’Opéra; — on a un domestique en livrée... pour tout faire; — on parle d’un coupé, on se sert d’un parapluie.... — on se nourrit comme des portières pour s’habiller comme des femmes d’agents de change... — on attire les gens du beau monde, on repousse les créanciers criards... L’hiver ; dans les salons où l’on est plutôt toléré que reçu... l’été

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