SCÈNE XII
ESTHER, DE RUPIERA, DE MAYRAC , éclatant de rire, et suivi de plusieurs personnes, MADAME DE BARGES.
DE MAYRAC.
Victoire ! gloire au vainqueur ! liurrah !
DE RUPIERA.
Qu’y a-t-il donc, monsieur de Mayrac?
DE MAYRAC.
Ce qu’il y a, marquis! il y a que j’ai une chance inouïe, infernale.... impossible!... En attendant l’heure du jeu public, j’avais convoqué, par là, quelques-uns de mes amis... de ces amis intimes qu’on se fait ici en vingt-quatre heures... un Anglais, un Russe, un Hongrois... un véritable congrès de joueurs!
LE LUXE
DE RUPIERA.
Eli bierf?
DE MAYRAC.
Eh bien, j’ai dépouillé l’Europe, et j’ai mis tout le monde en fuite!... Ecoutez mes poches!... elles sonnent comme des cloches... et les billets donc!... ah! les billets les plus doux du monde!... la Fortune y a vu clair un moment... Allons, je suis prêt à continuer contre vous; le Brésil n’est-il pas le cousin du Pérou?... Faites-moi le plaisir de perdre une dizaine de mille francs avec moi ! (Il s’approche de U table de jeu, à droite, et agite les cartes.)
DE RUPIERA.
Merci!... je ne tiens pas à perdre... et je ne désire pas gagner!
MADAME DE BARGES, à de Mayrac.
En effet... vous vous adressez mal, et je regrette pour vous que madame Morel ne soit pas là... car certainement elle vous tiendrait tète...
ESTHER
Madame !
DE MAYRAC, assis à la table de jeu, faisant face au public.
Allons, marquis... ne me refusez pasl (il prépare les cartes.)
MADAME DE BARGES, à part.
Quelle idée ! Si je pouvais... (Haut.) Comme vous devenez prudent, marquis! Allons! c’est donc moi qui répondrai au défi de monsieur de Mayrac... puisque madame Morel n’arrive pas!
ESTHER, à part.
Encore !
MADAME I)E BARGES, it part.
Elle y viendra! (Haut, allant s’asseoir à la table de jeu, côté du mur.) C’est moi, vicomte, qui vais triompher de votre veine, vous ruiner... et vous humilier à la fois!