ACTE II
SUZANNp.
Mais non... je veux rester auprès de vous! Pourquoi m’cnvoler ?
MOREL
Les lois du monde le veulent ainsi !... Les pères et mères élèvent dans les mille sollicitudes* de leur inquiète tendresse les chers petits êtres avec qui leur cœur semble grandir !... Ils tremblent dix ans pour leurs corps chétifs... dix ans encore pour l’àme qui s’v est révélée... Puis un jour arrive où les ailes sont poussées... où la force est venue... et c’est à fuir loin de nous que nos enfants emploient cette force cruelle !... Tu feras comme les autres, ma Suzanne... car n’est-ce pas la nature qui fait ces ingrats?
SUZANNE
Mon père... que dites-vous donc? je n’ai jamais pensé à cela !... C’est -vous... vous, qui êtes un ingrat!
MOREL, sc levant.
Ali ! j’avais bien imaginé un moyen qui m’épargnait la triste nécessité de donner mes deux filles à des inconnus...
SUZANNE
Comment?
MOREL
Oui, un moyen qui me permettait d’en garder au moins une pour moi !... C’était bien égoïste, j’en conviens...
SUZANNE
Un moyen pour me garder auprès de vous, mon père!... Ah! parlez !
MO REL, souriant.
Tout ü l’heure j’y faisais allusion... à propos... de la première section... du boulevard..,
LE LUXE
SUZANNE, anxieuse.
La première section !... Je ne comprends pas. . .
FRI SQU E, apportant le thé, et annonçant.
Monsieur Henri Dauvray !
MOREL, à part.
Elle va comprendre !