‹ Le luxe comedie en quatre actes et en proseChapitre 41 sur 103 · ACTE II · texte numérisé non relu

ACTE II

MOREL

Travailler, c’est ma destinée! Le travail, vois-tu, mon enfant, c’est la paix de l’âme, la dignité de la conscience... la liberté ! C’est le prix dont chaque homme tloit payer sa vie. Celui qui veut s’y soustraire... à charge à lui-même, ingrat envers la société, reste insolvable devant Dieu !... Me comprendstu bien, Suzanne?

SUZANNE

Oui, papa!

MOREL

Eh bien! embrasse-moi, mon enfant ! (Il l’embrasse.)

SUZANNE

Oui... certainement... le travail... c’est bien beau!... mais vous ne prenez jamais une distraction, un plaisir... Au contraire!... Vous vous privez de tout!

MOREL

Pas toujours ! D’ailleurs, une privation entraîne souvent une récompense!... Hier, par exemple, je m’étais promis d’entendre un peu de musique :... du Boïeldieu à Feydeau... mon vieux Feydeau...

SUZANNE

Oui... parlons de cela!... Au moment de prendre votre billet, vous n’avez trouvé dans votre poche...

MOREL

Qu’un oubli de ta mère... c’est vrai !... J’étais sans argent!

SUZANNE

Pauvre père !

MOREL, avec bonté.

Oui, mais en rentrant ici, un peu déçu, un peu contrarié, qui est-ce que j’ai trouvé?... ma Suzanne qui gardait la maison !.. Qu’est-ce que j’ai entendu?... Ma Suzanne qui chantait, à son

LE LUXE

piano, comme si ,1a gaieté de son âme avait passé dans sa voix fraîche et pure!... Je me suis assis lâ, dans ce bon fauteuil...

c’était ma Stalle! (n s'assied dans le fauteuil à gauche.)

SUZANNE, auprès de lui.

Où vous vous êtes endormi... comme à Feydeau !

MOREL

Oui... mais on m’a réveillé... un bon baiser sur mon front chauve...

Vous n’écoutiez plus !

MOREL

Je t’entendais toujours!.,- la voix aimée de ma Hllo ressuscitait les douces mélodies de ma jeunesse, endormies dans mon cœüH

SUZANNE

Mon bon père !

MOREL, avec élan.

Oh ! mon en font ! si les trésors de tendresse que j’ai là... pouvaient se monnayer... tu serais riche... vous le seriez toutes...

. SUZANNE, attendrie.

Qu’importe l’argent, la richesse!... Auprès de vous je n’ai besoin de rien!

MOREL

Mais il faudra bien que tu me quittes un jour, Suzanne!... SUZANNE.

Moi ! mon père.

MOREL

Eli! sans dbulc!... Le moment viendra où je n’entendrai plus ta petite chanson... L’oiseau chéri abandonnera la cage paternelle... il s’envolera !

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