ACTE II
MOREL, sc retournant.
Tu entends, Suzanne?
SUZANNE
Oui, papa !
MO REL
C’est extraordinaire!... tu n’as pas l’air d’ôlre fâchée qu’Hcnri ne soit plus ton frère !
SUZANNE, allant à son pt're.
Par exemple!... au contraire... je suis... je suis furieuse!
MOREL
Vraiment ?
Mais je ne vais pas m’affliger pour Esther, si mon cousin ne l’apprécie pas... s’il dédaigne une femme qui lui aurait fait honneur... dont tout le monde admire la beauté, l’élégance... D’ailleurs... à place d’Esther... c’est moi qui aurais refusé monsieur Henri !
MOREL
Comment cela?
HENRI
Suzanne...
' . SUZANNE
Oui, monsieur... je vous aurais refusé net et sans pitié !
HENRI
Par exemple!
SUZANNE
Sans doute .. il n’aimait pas Esther !
MOREL
Comment?
LE LUXE
' Non, non... il ne l’aimait pas !
MOREL
Explique-toi.
SUZANNE
Je connais la véritable affection de mon cousin !
HENRI, à pari.
Que dit-elle ?
SUZANNE
En épousant ma sœur, il n’aurait songé qu’à...
MOREL
A qui donc ?... Parle !
SUZANNE
Eh bien!... à vous, mon père.
HENRI
Ali ! Suzanne !
MOREL
Comment, à moi?
SUZANNE
Certainement, à vous... car c’est vous seul que mon cousin aime ici... et en épousant Eslber, il songeait bien moins à être son mari qu’à devenir votre fils !... Avez donc un père pour qu’on ne vous aime plus qu’après lui... et par-dessus le marché ! Mon Dieu, dans le temps où nous vivons, les pauvres filles n’ont-ellcs pas déjà assez à se défendre contre tout ce qui occupe les hommes... : le club, le jeu, la bourse, le turf, le cigare... sans que les pères viennent encore leur faire concurrence dans l’affection du peu de maris qu’il y a dans la circulation 1