ACTE III
ESTHER
N’est-ce pas moi qui attire A ma famille l’honneur' que vous lui faites?
Assurément, mademoiselle, la pensée de vous rencontrer ici a bien sa séduction... Mais c’est à monsieur votre père, pourtant, que je désirerais...
ESTHER
Comment, madame, vous osiez...
MADAME DE BARGES
J’osais... me prévaloir de ma rencontre au Rhin avec sa famille pour lui demander un service... pour appuyer auprès de lui un candidat...
ESTIIER, étonnée.
Un candidat?
MADAME DE BARGES
Monsieur Farju...
ESTHER
Oh ! madame, levez loyalement le masque!... vous cherchiez à voir mon père pour lui révéler...
MADAME DE BARGES
Quoi donc?
ESTHER
Cette dette...
MADAME DE BARGES
Quelle dette ? Entre gens de bonne compagnie, les dettes de jeu se payent dans les vingt-quatre heures... j’ai dû reconnaître que vous étiez réellement de ceux-là, car le soir même, n’ai-je pas reçu...
ESTHER
Que voulez-vous dire ?
îoo
LE LUXE
MADAME DE BARGES
Mais d’ôù vient cet étonnement ? Ai-je besoin de vous rappeler que vous m’avez payée ? que j’ai reçu votre somme on même temps que celle perdue par monsieur de Rupiera ?
ESTHER
Mon Dieu !
MADAME DE BARGES
Comment ? n’cst-ce pas de votre part ?
ESTHER,. vivement.
Ah ! vous ne l’avez pas cru, madame 1 vous avez seulement saisi avec empressement une erreur... une équivoque, qui me compromettait profondément !
MADAME DE BARGES
Que dites- vous?
ESTHER, dignement.
Je dis, madame, que j’ai pu être étourdie... imprudente... je dis que j’ai pu me laisser engager dans une lutte dont le véritable enjeu était pour moi l’amour-propre, vis-à-vis d’une partenaire hautaine et provoquante... Mais je dis aussi que, la faute commise, il est une protection dont je n’entends pas rester diffamée !
MADAME DE BARGES
Mademoiselle !
x ESTHER.
Je ne vous ai rien envoyé, madame... Je ne suis pas, je ne pouvais pas être la débitrice de monsieur de Rupiera... j’étais la vôtre !... Vous voudrez donc bien lui renvoyer un argent que je m’étonne et m’indigne qu’il se soit arrogé le droit de vous payer pour moi !...
MADAME DE BARGES
Je ferai ce que vous voudrez, mademoiselle... Je vais donc lui renvoyer cet argent... puis... j’attendrai !...