‹ Le luxe françaisChapitre 17 sur 23 · ËTRENNES A TERPSICHORE ET A TII ALI E · texte numérisé non relu

ËTRENNES A TERPSICHORE ET A TII ALI E

coulanl timidement un chassé ou un balancé, sans rien plus de cavalier, de brusque, ni de vivant. La contredanse paraît une promenade de personnes ennuyées, lesquelles cependant s’amusent, puisque leur fantaisie

Le danseur Trénis alors a Charenton. Dessin original de Gabriel.

se poursuit jusqu’au soleil levant; mais vous ne le penseriez guère. Le goure est ici plus que partout ailleurs tyrannique et dominateur. On a le diable au corps en dedans, comme tant d'autres histoires refoulées et qui n’en ont pas moins de puissance. Au fait, Trénis, le fameux danseur du

LA RESTAURATION

Directoire, est pour l’instant à la maison des fous, au milieu des poètes, des agioteurs ruinés et des demi-soldes désenchantés. La danse de la Restauration est une réaction politique, on imaginerait presque une vengeance à l’encontre des révolutionnaires et des bonapartistes; on glisse parce qu’ils ont sauté, on eût sauté s’ils eussent glissé par hasard. Mme de Genlis, qui ne se pique point de philosophie, déplore ces nouveautés et ces illogismes. Qui lui voudra rendre, en place de la valse libertine, la Périgourdine d’avant, si drôlette, si chastement endiablée? Et puis n’est-ce point une insolence bien moderne que cette façon dont un cavalier dévisage sa danseuse, l’enlace, et lui parle dans le cou? Tout lasse d’ailleurs en ces usages du monde nouveau ; un temps on danse « en scieur de long, en frotteur de parquet » ; même en 1829, on esquisse un cancan sur de savants balancés qui assurent à cette danse proscrite une consécration aristocratique. Ensuite, on s’intéresse à mille figures de cotillon ; on a les Fleurs , le Pont, la Pendule , les Boas et, pour les boas, on croise deux fourrures de col dont quatre cavaliers prennent les bouts qu’ils font tourner en ailes de moulin. Tout est admis d’enthousiasme pourvu qu’on sorte de l’insipide soirée anglaise, où l’on s’assied en cour d’amour, les hommes relégués dans les coins, où la steffness règne dans sa sottise lugubre. « Voilà, disait une ingénue, M. de !>..., le colonel du premier régiment de France ! » et ce régiment est le premier parce que les officiers, stylés par leur chef, dansent toujours et ne jouent jamais.

La maison du bon ton a ses salons de bal toujours prêts. Cent personnes y peuvent danser à l’improviste , sans qu’on ait plus à faire que d’allumer les lustres et de mander un ou deux violons. Ces petites fêtes se prévoient de court et s’annoncent par des poulets envoyés dont le porteur attend la réponse ; d’où la mode des soupers un peu tombée et remplacée par celle d’un thé, d’un punch ou de gourmandises sucrées. Sur les 11 heures, les valets apportent toutes préparées les tables d’ébène, servies d’assiettes de cristal à bordure de vermeil lesquelles sont chargées de pâtisseries, de fruits, de bonbons, avec, en plus, nue soupière de punch romain de Schmidt. Les raffinés ajoutent

la pyramide glacée de Félix, les meringuettes de Thomas, le fromage en glace du café de Foy, ou les gelées au marasquin de Beauvillier. C’est, dans un intermède de sauteries, l’envolée tout à coup et la visite aux friandises ; les cavaliers les apportent en de petites écuelles de Sèvres posées gentiment sur une mignonne serviette festonnée. Les dames prennent ces choses avec leurs gants, le ton l’exige. Le ton impose mille autres délicatesses dans ces impromptus, la grande livrée, le luxe

Danse champêtre par des gens du monde. A droite Carle Vernet; au milieu Horace Vernet. D’après Eugène Lami.

infini des orfèvreries, même, pour le service, un de ces chasseurs verts, pareils à des suisses d’église, et qui précèdent les valets. Que la soirée se prolonge, on doit à ses hôtes des potages légers, des compotes, des biscuits et des vins d’Alicante ou de Xérès. Telles étaient, à la fin de la Restauration, les nuits de Mme de Flahaut où se montraient dans leur belle jeunesse une foule de jolis hommes, plus tard notés dans le monde, et parmi les plus célèbres, Charles Laffitte, Walewski, deMorny, Fould ; telles étaient également certaines soirées plus bohèmes de la duchesse d’Abrantès ruinée, où tout à coup, au moment de souper, on

LA RESTAURATION

s’apercevait que les cuillers d’argent avaient été engagées la veille... pour acheter des fleurs !

Les listes d’invitations ne se font point à la légère dans la haute société ; longtemps on les a étudiées, émondées, circonscrites à la véritable aristocratie; on les tient à jour sur un registre où les secrétaires n’ont qu’à prendre lorsqu’il est utile. Une relation ne se prête jamais ; elle est une manière de trésor particulier dont le grand monde fait un état énorme. A peu de chose près les noms en sont les mêmes que de nos jours, mais sur la plupart, les maîtres écrivent des remarques qui notent le degré d’intimité, qui indiquent aux scribes les personnes principales ou celles dont on a faculté de passer le nom. Voici un de ces livres d’or, celui de la duchesse de Montmorency, c’est-à-dire un des plus sévères dans le choix, presque un carnet royal d’adresses. Je passe à dessein et pour éviter l’ennui, tous les noms laissés sans indications, ceux dont on fait moins de cas.

On y lit :

Les de l’Aigle, rue d'Aguesseau, 7 ; la princesse Aldobrandini, rue de la Chaise, 7 ; les d’Aligre ; les d’Andlau, rue du Faubourg-Saint-Honoré, 47 ; Anisson Duperron, directeur de l’Imprimerie royale ; le prince d’Aremberg ; les d’Argenson ; les d’Astorg ; les d’Aubusson La Feuillade, rue Rergère 14 ; les d’Autichamp ; les d’Avaray; la comtesse de Ralbi, boulevard de la Madeleine, 17 ; les de Ralleroy ; les Rarbentane ; le cardinal de Rausset; les de Rearn ; les de Reauvau ; les Beauvi lier Saint-Aignan ; les de Rec-de-Lièvre ; les La Bédoyère ; les Relsunce ; les Rernis; les de Berthier; le marquis et la marquise de Béthisy, aux Tuileries; la douairière de Béthune; la comtesse de Biencourt; le marquis et la marquise de Biron, rue Louis-le-Grand ; les de Blacas; M. de Biaise, conseiller d’Etat; les de Blangy ; la comtesse de Boisgelin ; l’abbé de Bombelles, évêque d’Amiens ; les de Bonneval ; les Bouillé ; les Boufflers ; les Bourbon-Busset ; le marquis et la marquise de Bourmont ; la douairière de Brancas ; les Bréhan de Plélo ; les de Bretenil ; les Brissac, rue de la Planche, 7 ; les de Broglie ; la marquise de Brunoy ; les Caraman ; les Casteja ; les de Castries, 22, rue de Varennes, dans leur hôtel

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