‹ Le médicin de l'ouvrier [electronic resource]Chapitre 1 sur 52 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

Le premier, le plus précieux des biens de ce monde est indubitablement la santé : sans elle, la vie n'est qu'une amère dérision, et mieux vaut le repos éternel qu'une existence cacochyme.

Malheureusement, ce bien précieux est aussi celui que nous sommes le plus exposés à perdre.

Une multitude de causes de nature diverse nous assiègent constamment , se concertent sans cesse et travaillent sans relâche pour nous enlever ce bien à nul autre pareil : l'air que nous respirons, les corps qui nous entourent de toutes parts, les aliments dont

nous usons, jusqu'à la profession même que nous exerçons, tout enfin semble conspirer par moments contre nous, et chercher à jeter le brandon de la discorde dans le jeu régulier de nos fonctions organiques.

Toutes ces causes morbifiques existent et agissent nonobstant notre volonté et malgré tout le désir que nous avons de les voir détruites.

Mais il en est d'autres que nous enfantons de gaieté de cœur ; ce sont les plus terribles et les plus meurtrières, par la raison qu'elles nous atteignent d'une manière plus directe et qu'elles nous frappent plus profondément : l'intempérance, le libertinage, les veilles prolongées, le travail forcé, la paresse même, enfin les passions, qui sapent la vie dans sa sève et brisent la santé plus vite et d'une manière plus nette que toutes les autres causes destructives.

Avouons-le : l'homme, méconnaissant souvent tout le prix de la santé, et ignorant les sages préceptes établis par la science pour la conservation de ce bien si cher, commet journellement des actes qui lui préparent des 'maux qu'il aurait pu s'épargner.

S'il est d une nécessité réelle que l'homme sache ce qu'il doit faire et éviter pour conserver la santé et se préserver des maladies et des infirmités qui trop souvent abrègent l'existence ou la rendent pénible à supporter, il n'est pas moins indispensable qu'il connaisse quelques moyens, d'une efficacité reconnue par la science, pour les employer alors que sa vie sera menacée ou que sa santé sera sur le point de faillir.

En effet, parmi les accidents auxquels nous sommes exposés, il en est quelques-uns qui attaquent la vie d'une manière si rigoureuse, qu'ils ne laissent pas le temps d'appeler les secours nécessaires, et que les ressources de l'art deviennent inutiles, faute d'être administrées sur-le-champ. lien est d'autres, d'une nature plus bénigne à la vérité, mais dont les conséquences sont souvent plus graves qu'elles ne devraient l'être, par la raison que l'on n'emploie pas assez promptement les remèdes indiqués. Enfin, il est une foule de petites incommodités auxquelles nous sommes journellement sujets , et qui paraissent avoir si peu d'importance qu'on n'y prête pas la moindre attention. Cependant , elles font parfois des progrès, et c'est alors qu'elles méritent un soin plus

particulier, tandis que quelques moyens simples, mis à contribution dès le commencement, les auraient fait disparaître en très-peu de temps.

Voilà les considérations qui nous font entreprendre l'ouvrage que nous offrons aux travailleurs, la classe la plus nombreuse et la plus intéressante de la société. Nous osoos présumer qu'ils le recevront avec plaisir et qu'ils retireront la plus grande utilité des instructions suffisamment détaillées qu'ils y trouveront. Notre récompense est toute trouvée dans la pensée d'un devoir accompli pour la chose publique, à laquelle tout le monde doit payer généreusement son tribut.

Page 1