A. PLAIES
On donne le nom de plaie à toute solution de continuité des parties molles produites instantanément par l'action d'un corps piquant, coupant ou contondant.
Lorsqu'une plaie est légère, et qu'elle n'intéresse que la peau, le tissu cellulaire et les petits vaisseaux, elle est toujours facile à guérir,
Voici le pansement généralement applicable aux plaies simples. On nettoie avec de l'eau tiède la surface de la plaie et les parties voisines, on rase exactement les poils et les cheveux dans une certaine étendue, puis on affronte ses lèvres et on en maintient le rapprochement au moyen de bandelettes agglutinatives de sparadrap; on couvre le tout de charpie qu'on fixe par une bande circulaire.
Un mot à propos de l'application des bandelettes agglutinatives. Ces bandelettes doivent avoir, en général, un ou deux centimètres de largeur, et une longueur en rapport avec les dimensions du membre. 11 y a deux manières de les appliquer. Tantôt on colle une extrémité sur l'un des côtés de la plaie; on rapproche les bords, et on colle l'autre extré-
mité sur le côté opposé. Tantôt on prend une bandelette un5 peu longue ; on l'applique par son milieu dans un point du membre diamétralement opposé à la plaie ; on ramène ensuite les deux extrémités l'une vers l'autre, et on les croise au-devant de la plaie. Dans l'application de ces bandelettes, il faut toujours procéder de l'angle inférieur de la plaie vers l'angle supérieur, et l'imbriquer de telle sorte que chaque bandelette recouvre au moins la moitié de la largeur de celle qui est immédiatement en dessous.
S'il y a dans la plaie quelque corps étranger, comme du fer, du bois, du verre, etc., il faut l'ôter, si l'on peut, avant de panser ; sinon on doit seulement couvrir la plaie superficiellement, afin qu'elle ne soit point frappée par l'air. On appellera aussitôt quelque chirurgien pour enlever le corps étranger, car le pansement ne peut être fait tant qu'il y restera.
Nous donnerons un avis essentiel au sujet des onguents que différentes personnes préconisent pour les plaies, ainsi que pour les brûlures : ces onguents sont une pure charlatanerie dont il faut se méfier absolument. La nature contribue plus que l'art à la guérison de ces maux, et il suffit de l'aider par les moyens que nous avons indiqués.
Dans les plaies considérables; dans celles qui pénètrent dans le ventre, dans la poitrine ou dans le crâne; dans celles qui ont ouvert quelque grosse artère ou blessé quelque nerf, ou enfin lorsqu'il se manifeste quelque symptôme violent, il faut nécessairement appeler un chirurgien, et avec la plus grande célérité.
Mais il est une circonstance qui exige un secours immédiat, savoir : celle où le sang sort par un gros vaisseau. Le blessé pourrait expirer par la quantité de sang qu'il perdrait, si l'on attendait, sans rien faire, l'arrivée du chirurgien.
Les hémorrhagies traumatiques sont plus ou moins dangereuses selon qu'elles ont lieu à la suite de l'ouverture
d'une artère plus ou moins volumineuse. Celles provenant même de petites artères ont des conséquences fâcheuses, si l'écoulement du sang se prolonge par l'effet de l'affaiblissement extrême qui en résulte.
Nous n'avons à signaler que les plaies des artères de la tête, du cou et des membres, où il faut que des secours soient administrés immédiatement après leur production.
Il est facile de reconnaître qu'une artère un peu considérable a été ouverte dans une plaie d'une partie quelconque du corps; il sort du sang vermeil, rutilant, formant un jet rapide, s'élevant et s'abaissant alternativement. Ce jet de sang a lieu comme par saccades, isochrones aux battements du cœur ; on suspend l'hémorrhagie en comprimant sur le trajet de l'artère présumée blessée, entre la plaie et le cœur, ou sur le trajet du tronc artériel principal qui fournit toutes les autres artères de la partie lésée.
Ce sont là les signes de la blessure d'une artère, quand il y a un parallélisme parfait entre la plaie du vaisseau et celle des téguments, lorsque la plaie des parties qui recouvrent l'artère a une certaine étendue, et surtout si les artères divisées transversalement sont béantes à la surface d'une plaie avec perte de substance.
Dans certains cas, le sang sort directement de la plaie de l'artère, sans qu'il soit possible de distinguer précisément de quel endroit il part ; c'est lorsque l'artère, divisée ou simplement ouverte dans une partie de sa circonférence, est cachée dans les parties molles.
Comme il sera souvent difficile à l'ouvrier de distinguer un écoulement de sang artériel d'un écoulement de sang veineux, et quoique les plaies des veines soient moins dangereuses que celles des artères, il sera toujours prudent qu'il se conduise comme s'il avait affaire à une blessure artérielle. Lorsque le sang coule, son premier soin doit être de l'arrêter, de quelque nature qu'il soit.
Le premier moyen qui se présente à l'idée de chacun,
c'est l'application des doigts sur les orifices des vaisseaux ouverts. C'est le moyen que nous enseigne le prévoyant instinct. Mais la main se lasse bientôt et le sang recommence à couler. On a donc imaginé de le remplacer par l'application de bandages et d'instruments variés.
Un chirurgien instruit ne sera nullement embarrassé en semblable occasion; grâce à ses connaissances anatomiques et à un arsenal des plus riches en inventions de ce genre, il deviendra promptement maître de l'hémorrhagie. Mais l'ouvrier, que fera-t-il? A quel expédient aura-t-il recours pour préserver un compagnon de travail de la mort certaine à laquelle le condamne l'absence ou l'éloignement du chirurgien? Voici le conseil que nous lui donnons: entre les lèvres de toute plaie saignant abondamment, il interposera un morceau d'agaric ou mieux d'éponge, qu'il soutiendra au moyen d'un bandage ou d'un appareil des plus simples, le garrot. Il se servira pour cela d'un écheveau de fil, auquel il conservera une largeur de deux pouces; il le passera autour du membre en forme d'anneau, et, en introduisant entre deux une pièce de bois, il serrera autant qu'il voudra, de même qu'on serre des tonneaux sur une voiture.
L'écoulement du sang, arrêté par là, donnera le temps au chirurgien d'arriver, et d'employer les autres remèdes nécessaires.
D'après nous, il conviendrait que, dans tous les ateliers où les ouvriers sont exposés à avoir des plaies, il y eut, à pari les objets nécessaires pour les pansements ordinaires, tels que bandes, charpie, sparadrap, des éponges et des garrots dont ils se serviraient à l'instant où un camarade se fait une plaie du genre de celles dont nous venons de parler, lequel alors pourrait attendre l'arrivée du chirurgien, sans courir risque de perdre en même temps son sang et la vie.
Il suffirait d'en démontrer une seule fois le mécanisme aux ouvriers, pour que les moins intelligents d'entre eux devinssent capables de l'appliquer eux-mêmes.
Un exemple, rapporté il y a quelques années dans les Archives de la médecine belge, vient corroborer les raisons que nous avons exposées sur la nécessité d'apporter de prompts secours dans certaines blessures.
Une jeune paysanne, en folâtrant avec ses compagnes, tombe en arrière sur une faux appuyée contre un mur, la pointe en l'air. L'artère humérale est ouverte à sa partie supérieure; un flot de sang s'en échappe. Au milieu de l'effroi général , une de ces jeunes filles arrache sa jarretière , en entoure le bras au-dessus de la plaie et tord la ligature au moyen d'un fragment de branche d'arbre. Munie de ce garrot, la blessée est conduite chez le chirurgien du village, qui tamponne la plaie avec de l etoupe, soutenue par une bande circulaire. Elle était redevable de la vie à la présence d esprit, fort rare sans doute, d'une simple villageoise.
B. DES MORÇURES d' ANIMAUX ENRAGÉS.
Quand une personne aura été mordue par un animal qu'on croira enragé, on devra aussitôt et sans perdre un seul instant lier la partie malade au-dessus ou plus haut que la plaie, a\i moyen d'une bande de linge ou d'un cordon plat et large de deux à quatre pouces. La constriction ou le serrement à l'aide de cette bande devra être assez fort pour empêcher le virus de la rage de remonter le long des vaisseaux , mais pas au point cependant d'engourdir les parties placées en dessous de la ligature , de leur faire perdre toute sensibilité et de les rendre complètement froides. En même temps on pressera fortement de toutes parts, les côtés de la partie mordue, afin d'en faire sortir les fluides empoisonnés que l'animal enragé pourra y avoir déposés, et on lavera la plaie à plusieurs reprises avee de l'eau salée ou mieux encore avec une dissolution de chlore.
On couvrira ensuite la plaie d'une ou de plusieurs ventouses, successivement, pour bien la faire saigner et de
repomper tout le virus qui y aura été déposé. L'efficacité des ventouses est incontestable ; leur application est à la portée de tout le monde : un verre à liqueur, à vin ou à bière , selon la grandeur de la blessure, peut servir à cet usage. Le verre étant bien essuyé on y introduit un peu d'étoupe, de coton ou de papier imbibé de quelques gouttes d'éther ou d'esprit de vin, qu'on allume à la flamme d'une chandelle, et le verre est appliqué immédiatement sur la plaie.
Les ventouses seront réappliquées successivement trois ou quatre fois.
Après l'application des ventouses, et pour prévenir plus encore tout funeste résultat, on prendra un fer rougi à blanc qu'on promènera dans tous les replis de la morsure afin de la cautériser ou brûler sur tous les points.
Si l'application d'un fer rouge effrayait par trop le malade ou les assistants, et qu'on se trouvât dans le voisinage d'une pharmacie, on pourrait y courir et prier le pharmacien de se rendre immédiatement près de la personne mordue, après s'être muni de tout ce qu'il faut pour obtenir une cautérisation large et profonde.
Nous ne saurions insister assez énergiquement sur la nécessité de la cautérisation de la partie mordue; parce que lorsqu'elle est bien faite, elle préserve infailliblement de la rage en détruisant la cause qui la produit. Mais comme la cautérisation de certaines parties du corps, faite par une main inexpérimentée, pourrait n'être pas toujours dirigée d'une manière convenable, et serait même susceptible d'entraîner de graves accidents, il convient d'appeler à tout prix, et sans délai, l'assistance d'un médecin pour pratiquer cette opération.