‹ Le médicin de l'ouvrier [electronic resource]Chapitre 4 sur 52 · DIVISION DES OUVRIERS TYPOGRAPHES. — SALAIRES. DURÉE DU TRAVAIL · texte numérisé non relu

DIVISION DES OUVRIERS TYPOGRAPHES. — SALAIRES. DURÉE DU TRAVAIL

Les ouvriers typographes se divisent en deux catégories principales : les compositeurs et les pressiers.

1° Compositeurs. — On les distingue en compositeurs aux pièces ou paquetiers, en metteurs en pages et hommes de conscience et en compositeurs journalistes. Ces trois catégories réunies comprennent, pour Bruxelles et ses faubourgs, environ 500 ouvriers, dont 430 adultes et 70 jeunes gens de 10 à 15 ans.

La besogne des paquetiers consiste dans la composition des lignes d'un livre, et se fait généralement aux pièces, pour compte du patron dans les petits établissements, et pour compte du metteur en pages dans les grands ateliers. Outre une bonne instruction élémentaire, elle exige une grande habileté dans le jeu des doigts. Ces ouvriers sont

payés aux mille cadratins, qui représentent environ 3,000 lettres à mettre en place d'abord (distribution) et à lever ensuite (composition). Les 1,000 cadratins se payaient, naguère encore, à raison de 60 centimes pour la réimpression et 70 centimes pour la copie manuscrite. Ces prix ont été majorés récemment de 10 centimes dans tous les ateliers de la capitale, sauf une ou deux exceptions. Cette circonstance est due principalement à la cherté des substances alimentaires qui a signalé ces dernières années, car le principe de l'invariabilité des salaires était depuis longtemps mis en pratique chez les travailleurs de cette profession.

Un bon compositeur paquetier peut faire, par journée de dix heures, 4 à 5 mille de composition, et réaliser ainsi un salaire de 3 à 4 francs. Toutefois, tant de circonstances viennent modifier ce chiffre (chômages momentanés, perte de temps par suite de recherches, etc.), qu'en règle générale les compositeurs paquetiers ne réalisent qu'un salaire de 2 francs par jour.

Les paquetiers ne sont que les auxiliaires des metteurs en pages. Le metteur en pages est le premier ouvrier de son ouvrage; il en est même l'unique, et on ne lui adjoint de paquetiers qu'en tant qu'il a besoin d'aide. Comme tel, il doit être familiarisé avec toutes les difficultés de son métier. Dans plusieurs ateliers, le metteur en pages est aux pièces, et, eu égard à ses connaissances et à la responsabilité qui lui incombe, on lui accorde un salaire qui varie de 4 à 5 francs par jour, et qui va même jusqu'à 6 francs dans quelques circonstances. Dans d'autres ateliers, cet ouvrier est à la journée et à l'heure, et, comme tel, assimilé aux hommes de conscience. La besogne principale de ceux-ci consiste dans la composition des tableaux, affiches, titres, et généralement de tous les ouvrages dits de ville qui ne comportent pas une composition courante. Ce sont généralement les meilleurs ouvriers. Ils jouissent d'un salaire minimum de 3 francs 50 centimes par journée de 10 heures. Quelques-uns obtien-

lient même 4 francs et 4 francs 50 centimes, en raison de leur aptitude spéciale, de leur ancienneté, etc.

Les compositeurs journalistes , c'est-à-dire employés, comme leur titre l'indique, à la composition des journaux, sont généralement d'anciens paquetiers que leur aptitude spéciale a fait distinguer. Ils sont rétribués actuellement à raison de 3 francs 50 centimes par jour, également au minimum. Leur travail journalier ne comprend que 9 heures. Toutefois, dans presque tous les journaux, ces 9 heures sont réparties de telle manière qu'elles mettent en réalité l'ouvrier à la disposition du patron pendant 1 4 à 1 5 heures de la journée. Ainsi, dans quelques-uns, été comme hiver, les ouvriers commencent à 5 heures 1 /2 ou 6 heures du matin jusqu'à 11 heures ou midi, et retournent à l'atelier depuis 3 ou 4 heures jusqu'à 7 ou 8 heures du soir. Dans d'autres, des brigades ou des ouvriers isolés, et à tour de rôle, sont même astreints à des travaux de nuit.

En règle générale, et pour toutes les catégories, les jeunes ouvriers font le même nombre d'heures de travail que les adultes. Très-peu, sinon aucun, fréquentent l'école.

2° Imprimeurs ou pressiers. — Ils sont au nombre de 200 à 250, et se subdivisent en compagnons — ce sont ceux qui exécutent le tirage et font les mises en train des formes ; en demi-compagnons, qui étendent l'encre sur les formes, les lavent et préparent le papier [trempage m mouillage, remaniage et mise en presse), et en conducteurs de mécaniques à imprimer, qui sont généralement d'anciens compagnons expérimentés.

La plus grande variété existe dans le mode et le taux de rétribution de ces travailleurs. Il n'est peut-être pas deux imprimeries où le même ouvrage ne soit payé à un prix différent. Dans quelques ateliers, il existe un tarif qui a pour base le prix du mille de tirage, qui est de 4 francs, tantôt avec retenue, tantôt sans retenue. Cette retenue, qui est d'un sixième du salaire, s'opère au profit du maître sur la

part du demi-compagnon. Toutefois, ce mode de payement tend à se modifier en faveur de l'ouvrier. Mais ici encore tant de circonstances viennent augmenter ou réduire le taux de 4 francs du mille indiqué ci-dessus, que l'on peut dire, en règle générale, que le salaire est fixé conventionnellemcnt, selon les difficultés de l'ouvrage; d'où il résulte de nombreuses contestations. En moyenne, le salaire des compagnons est de 3 à 4 francs par jour; celui des demi-compagnons, de 2 francs à 2 francs 50 centimes, et celui des conducteurs de mécaniques, de 4 à 5 francs, selon qu'ils ont à conduire une ou plusieurs machines.

§ 3. IMPORTANCE ET DISPOSITION GÉNÉRALE DES ATELIERS D'IMPRIMERIE DE LA VILLE DE BRUXELLES.

La ville de Bruxelles et sa banlieue comptent 67 imprimeries typographiques, dont voici l'importance :

Occupant 50 ouvriers et plus. . . 4

— 30 à 40 ouvriers ... 2 20 à 30 — ... 16

Total. . . 67

Bien que de notables améliorations aient été introduites, en ces derniers temps, dans la construction des ateliers d'imprimerie, et qu'aujourd'hui les compositeurs, les pressiers et les brocheurs occupent des locaux distincts, il n'en est pas moins vrai que la plupart n'ont pas les dimensions désirables, et que quelques-uns même manquent de lumière solaire directe. Les effets fâcheux qui en résultent pour les ouvriers disparaîtraient en partie si le renouvellement de

l'air s'y faisait d'une manière facile et active. Mais, dans beaucoup d'ateliers, la ventilation est négligée. Tout le inonde sait, cependant, que la respiration constitue avec la digestion, dont elle est en quelque sorte le complément, la fonction la plus importante de l'économie animale, et que rien ne vicie l'air comme les miasmes humains qu'exhale une foule condensée dans des espaces réduits.

Les fenêtres sont ordinairement les seuls moyens d'aérage, et encore sont-elles fermées pendant la plus grande partie de l'année. Les ouvriers et même les patrons ne sont pas toujours suffisamment convaincus de la nécessité de la ventilation. Cette absence de conviction provient de ce que l'action de l'air confiné sur l'économie animale est trop lente pour que ses effets frappent l'attention des hommes étrangers à l'art de guérir. ïl est aujourd'hui d'autant plus important d'établir des appareils d'aérage que le seul moyen de ventilation, bien imparfait il est vrai, qui existât dans les anciens ateliers, en a été enlevé alors que les poêles ouverts ont été remplacés par les calorifères. En hiver, les foyers à feu apparent produisent un renouvellement d'air que ne détermine pas le procédé de chauffage actuel. Les dangers d'incendie et l'économie y ont fait substituer des tuyaux à vapeur. On leur adresse bien des reproches mérités : ils donnent souvent lieu à une élévation de température trop considérable , qui peut occasionner des céphalalgies, des vertiges, de la dyspnée, parfois même une syncope ou des congestions cérébrales chez les individus prédisposés. Une bonne ventilation, obtenue à l'aide de vasistas, ou, mieux encore, au moyen du procédé si simple de M. le docteur André Uytterhoeven, chirurgien de l'hôpital civil d'Anvers, détruirait tous ces inconvénients.

Tous les ateliers d'une certaine importance jouissent de l'éclairage au gaz. Deux ateliers seulement se servent de quinquets. Dans les autres, la classique chandelle est encore en usage.

Lorsque la chandelle, la bougie ou la lampe brûle dans un atelier bien ventilé, elle n a d'autres inconvénients que ceux qui pourraient résulter de la construction vicieuse de l'appareil ou de la combustion incomplète de la substance employée.

Pour les établissements où l'on fait une besogne fixe, le gaz paraît être préféré par les travailleurs : il fatigue moins la vue et les distrait moins souvent dans leurs occupations. Sous le rapport des dangers d'incendie et de l'économie, les avantages se balancent. Si, avec le gaz, on s'expose à quelque explosion, de l'autre côté, en promenant constamment la chandelle dans l'atelier, on court risque de mettre le feu aux papiers qui se trouvent nécessairement, dans une imprimerie, à peu près dans tous les coins. Quant aux effets pernicieux de la chandelle et du gaz, ils sont un peu différents. La combustion des chandelles se fait souvent d'une manière incomplète; alors elle donne lieu à des vapeurs qui, inspirées par l'homme, sont irritantes; elles peuvent déterminer du larmoiement, du picotement à la gorge et de la toux. Le séjour prolongé dans un atelier mal ventilé, et où brûle le gaz d'éclairage, détermine parfois de la toux, une irritation bronchique, et peut, s'il y a prédisposition, favoriser le développement des maladies plus graves des poumons, et en particulier des tubercules, et quelquefois donner lieu à Yêtiolement.

Dans les ateliers d'imprimerie, le papier, l'encre, la chandelle, le gaz. etc., exhalent des odeurs qui se bornent à exercer sur l'économie une action lente, dont la nature intime nous échappe, mais qui, dans tous les cas, ne peut être que nuisible à la santé des ouvriers.

L'ordre et la propreté, qui concourent si puissamment à la salubrité des ateliers, sont généralement bien observés.

Nous terminerons ce paragraphe en donnant une description succincte des divers procédés de lavage des caractères en forme en usage dans nos imprimeries. Le plus usité est

celui qui résulte du mélange de carbonate et de sulfate de potasse et du chlorure de potassium, que l'on extrait par lixiviation et par évaporation des cendres de bois. Mais, pour enlever convenablement l'encre, cette lessive présente l'inconvénient de devoir être employée à chaud. En outre, il n'existe qu'une usine où l'on peut se la procurer. Comme cette usine (rue des Six-Jetons) est fort éloignée du plus grand nombre des ateliers, et qu'on doit renouveler la lessive tous les huit jours au moins, il s'ensuit qu'on y renonce le plus souvent, et qu'on la remplace par Y alcali minéral. Cependant, le carbonate de sonde présente aussi l'inconvénient de devoir être employé à chaud pour enlever l'encre. Puis, il crasse les caractères à tel point que le rinçage des formes n'ôte que très-imparfaitement les parcelles de chlorure qui s'attachent dans les cavités des lettres, attirées ou plutôt fixées par l'antimoine dont elles se composent en partie.

Ces divers inconvénients ont déterminé plusieurs maîtres imprimeurs à se servir de Yiodure de potassium, qui a la propriété d'enlever immédiatement, à froid, et, comparativement aux autres substances, par un très-léger frottement, l'encre la plus ténue, la plus déliée qui puisse encrasser les caractères.

Lorsque la forme est sous presse et que l'encrassement se produit, les pressiers se servent généralement d'essence de térébenthine. L'odeur pénétrante qu'elle répand, et l'inconvénient qu'elle présente de faire trop adhérer les caractères, en ont cependant fait interdire l'usage dans plusieurs ateliers.

Après le lavage avec la lessive, de quelque substance qu'elle soit composée, les formes sont toujours rincées au moyen d'un seau d'eau pure. Deux fois sur dix, en moyenne, on se sert des caractères immédiatement après le rinçage; dans la plupart des cas, les formes ne sont mises en distribution (défaites) que le lendemain ou le surlendemain du lavage. Mais, même après cet espace de temps, elles conservent une certaine humidité, à moins qu'on ne les expose à la chaleur du foyer, circonstance qui se présente rarement.

§ 4. DES MALADIES QUI ATTEIGNENT PRINCIPALEMENT LES OUVRIERS TYPOGRAPHES.

El) passant rapidement en revue les principales maladies du cadre nosologiquc, il est facile d'apprécier l'influence de la profession d'imprimeur sur la production et la fréquence de certaines affections sévissant chez les ouvriers qui l'exercent. Ces maladies résultent généralement de l'excès de travail, de l'intempérance, de la malpropreté, de certaines habitudes vicieuses, enfin des veilles prolongées qui les fatiguent et les épuisent. Les maladies d'une nature bénigne acquièrent souvent une grande gravité, principalement chez les buveurs et chez les ouvriers qui, méconnaissant leur position, continuent de travailler.

A. — Maladies des organes de la digestion.

1. Les lèvres sont souvent le siège de crevasses plus ou moins profondes ; d'autres fois, elles présentent à leur face postérieure de petites tumeurs, qu'il ne faut pas confondre avec les aphthes et qui ne sont que des follicules dont le goulot est oblitéré. Ces petites tumeurs s'enflamment parfois . éveillent des douleurs très-vives et s'ulcèrent rapidement en affectant un aspect chancreux. La guérison s'en effectue généralement d'une manière fort rapide, quelquefois presque spontanément ou par de simples collutoires au miel rosat, au jus de citron et, mieux encore, au nitrate argentique. Les crevasses cèdent facilement, à l'usage du collodion rendu élastique par l'addition d'une certaine quantité d'huile de ricin et de térébenthine, ou bien encore à l'emploi de la teinture de benjoin incorporée dans la glycérine.

Ces affections des lèvres reconnaissent pour causes : d'une

part, l'usage de marnais tabac à fumer, remploi du brûlegueule ; d'autre part, et principalement, la détestable habitude de mettre dans la bouche les caractères, souvent encore mouillés du liquide qui a servi à les laver.

2. La malpropreté de la bouche, la négligence de nettoyer les dents, qui s'encroûtent de tartre ou qui se carient, de même que les habitudes vicieuses que nous venons de signaler, donnent souvent lieu à quelques affections des gencives. Ce sont généralement des tumeurs molles et saignantes, qui fournissent un suintement séro-sanguinolent des plus fétides, il suffit ordinairement, pour les faire disparaître, d'éloigner les causes qui les ont produites, de nettoyer les dents, d'extraire celles qui sont cariées et, enfin, de cautériser ces tumeurs avec le niiraîe argentique ou l'acide chlorhydrique fumant.

3. Les affections de l'estomac sont fort fréquentes; elles reconnaissent généralement pour causes : les écarts de régime, les veilles prolongées, l'usage immodéré des liqueurs et de la bière, l'emploi journalier d'aliments relâchants, tels que le café léger, la pomme de terre, le poisson, etc.; enfin, des indigestions déterminées par la mauvaise habitude que quelques ouvriers ont contractée, principalement ceux qui demeurent loin des ateliers, de manger à la hâte, et de se remettre tout de suite en route pour reprendre leur travail.

a. Quelques ouvriers ont des vomissements le matin, alors qu'ils sont encore à jeun. Ces vomissements consistent dans le rejet de mucosités filantes ou d'une bile jaunâtre et verdàtre. Ils sont fréquents chez ceux qui se gorgent de bière. Ces vomissements cèdent promptement, après en avoir supprimé les causes, à la teinture de colombo on à celle de la noix vomique associée à l'extrait d'opium.

b. La dyspepsie (embarras gastrique) est une des affections des voies digestives les plus communes. Elle est caractérisée principalement par la lenteur et la difficulté des digestions,

par des nausées et souvent par des vomissements qui on( lieu surtout le matin. 11 existe d'ordinaire, en même temps, un état saburral des intestins. Les éméto-cathartiques (1) et les évacuants constituent les moyens héroïques pour remédier à cette affection ; souvent de légers toniques, l'absinthe, par exemple, sont nécessaires pour rétablir les fonctions digestives.

c. Les diarrhées sont assez communes, mais passagères et bénignes. Elles sont dues souvent au froid humide, et, dans ce cas, elles sont presque toujours accompagnées de douleurs rhumatoïdes dans les parois de l'abdomen. L'électricité enlève d'ordinaire ces douleurs en quelques minutes, et la ternaire de rhubarbe, associée à l'opium, fait promptemenl cesser la supersécrétion intestinale.

B. — Maladies de l'appareil respiratoire.

De toutes les maladies qui atteignent principalement les ouvriers typographes, les plus communes sont incontestablement celles des voies respiratoires. Elles doivent être attribuées à différentes causes : à la condition physique de ces ouvriers d'abord, ensuite aux refroidissements auxquels ils s'exposent, aux excès de tous genres, à la position voûtée que prennent quelques compositeurs pendant le travail, principalement lorsqu'ils corrigent sur la forme, enfin au travail de nuit, au gaz, à la poussière et aux odeurs qui se répandent dans les ateliers.

( I) Tartre stibié, deux grains.

Sulfate de magnésie (sel anglais), une once.

Eau pure, six onces.

Sirop de fleur d'oranger, une once.

On prend cette potion en 3 fois, à '20 minutes d'intervalle, et Von facilite le vomissement à l'aide de quelques verres d'eau tiède.

a. La laryngite et les bronchites sont très-communes. La pleurésie est fort rare; en revanche, la pleuropneumonie est fréquente et très-grave. Le tartre stibié à haute dose et de larges vésicatoires sur le thorax sont les remèdes dont nous avons eu à constater, chaque fois que nous les avons employés, les plus heureux effets. Nous croyons que le tartre stibié agit uniquement par les sécrétions qu'il provoque, et que ces sécrétions sont non-seulement déplétives et révulsives, mais qu'elles servent encore à empêcher ou à guérir l'altération du sang qui résulte de la phlogose pulmonaire.

b. La tuberculose pulmonaire (phthisie pulmonaire) est très - fréquente ; près du quart des ouvriers typographes succombe à cette pénible maladie. Elle est tantôt héréditaire, tantôt accidentelle ou acquise.

On comprend que les ouvriers prédisposés à la phthisie trouvent, dans la profession de typographe, toutes les conditions nécessaires pour développer en eux cette pénible maladie. La pneumopathie tuberculeuse est considérée souvent comme la suite d'affections catarrhales. Bien que ce ne soit pas ici le lieu de relater les différentes causes qui y donnent naissance, nous dirons néanmoins qu'elle peut se développer chez les individus naturellement sains, nés de parents jouissant d'une excellente santé, et n'ayant aucune prédisposition à la contracter (comme nous en avons rapporté des exemples dans la Presse médicale de 1856), lorsqu'ils se trouvent constamment en contact, surtout pendant la nuit, avec des phthisiques qui sont arrivés à cette période de la maladie où l'expectoration, les sueurs et les selles sont trèsabondantes. On ne saurait assez, ce nous semble, recommander aux époux de faire lit à part alors que l'un des deux est atteint de tubercules, et d'être très-réservés à faire usage de vêtements qui ont servi à ces sortes de malades. En Espagne et en Italie, on a l'habitude de brûler les effets qui ont appartenu à des phthisiques, tandis que, dans nos contrées, ils sont chaque jour exposés publiquement en venir, sans

qu'on prenne seulement la précaution si simple de les désinfecter par l'exposition à l'air ou le lavage.

La tuberculose pulmonaire s'annonce généralement par des pneumorrhagies (crachements de sang) plus ou moins fréquentes, plus ou moins abondantes. Elle suit quelquefois une marche fort rapide , principalement lorsqu'elle a été exaspérée à son début par des remèdes incendiaires vendus, sous les yeux de nos autorités, par des personnes étrangères à l'art de guérir.

c. L'asthme nerveux se rencontre quelquefois. Nous avons toujours retiré d'excellents eifets de la liqueur de Fowler, et deux fois nous axons obtenu la guéri son par l'emploi de l'électricité. L'un des deux malades qui ont fait l'objet de notre observation était atteint de cette pénible maladie depuis l'.àge de onze ans.

G. — Maladies de l'appareil circulatoire.

Les maladies du cœur se montrent quelquefois, particulièrement chez les pressiers; mais elles ne sont pas plus fréquentes chez ces derniers que chez les ouvriers en général dont la profession exige un grand déploiement de forces. Souvent les maladies du cœur se trouvent compliquées d'une affection des reins, surtout chez les ouvriers qui ont beaucoup bu. Dans ces cas, nous nous trouvons fort bien de remploi du tannin et du régime lacté.

Les hémorrhoïdes se rencontrent rarement, et chez ceux seulement qui font un abus de Laines , comme purgatif. Les varices et les ulcères variqueux sont fréquents. Nous trouvons la raison d'être de ces affections dans l'habitude, contractée par les typographes , de travailler debout. Les premiers effets de cette funeste habitude, — ils se mollirent plus rapidement en été qu'en hiver, — sont une sorte

d'incertitude et de fatigue dans les jambes, qui ne tardent pas à s'enfler et à présenter des dilatations parfois considérables des reines. Quelquefois, ces vaisseaux se déchirent, comme nous avons eu l'occasion de l'observer, et donnent lieu à des hémorrhagies fort abondantes. Les bas-lacets et, mieux encore, les bas ordinaires à tissu non élastique et à mailles très -serrées, que l'ouvrier met le matin en sortant du lit, suffisent, dans la plupart des cas, pour prévenir ces accidents.

D. — Maladies de l'appareil nerveux.

L'appareil nerveux est souvent affecté, soit primitivement, soit consécutivement. Les congestions et les hémorrhagies du cerveau sont assez fréquentes. Elles frappent généralement les ouvriers d'un âge avancé et atteints d'une affection organique du cœur; elles naissent quelquefois à la suile d'écarts de régime ou d'abus des alcooliques. Les compositeurs qui corrigent sur la forme en sont souvent affligés. La chaleur excessive qui existe dans quelques ateliers mal ventilés y prédispose singulièrement. L'inflammation des méninges est rare; il en est de même de la folie, et l'épilepsie est presque inconnue.

Une névropathie commune, c'est le tremblement des mains et certains tics de la face. Cette dernière affection dépend ordinairement d'une mauvaise habitude contractée par le compositeur pendant son apprentissage. 11 suffit généralement d'un peu d'attention pour s'en défaire.

Contre le tremblement des mains et l'épilepsie, nous employons toujours avec succès l'électricité.

Les névralgies sont assez communes, surtout la névralgie sciatique, que l'électricité guérit, comme par enchantement, dans l'espace de quelques jours.

E. — Maladies de l'appareil urin aire.

Les inflammations du canal de l'urètre et de la vessie ne sont pas plus fréquentes, quoi qu'on en ait dit, chez les ouvriers typographes que chez les autres travailleurs. L'inflammation des reins se rencontre quelquefois, et, dans quelques cas même, elle présente les caractères de la maladie de Brighl . L'inflammation des reins est due souvent à l'humidité de certains ateliers ou encore aux refroidissements fréquents auxquels s'exposent ces ouvriers, principalement lespressiers.

F — Maladies spéciales.

La colique de plomh ou saturnine est plus rare aujourd'hui qu'autrefois. Cette amélioration es! surtout al! nouée à une différence dans la composition de la matière avec laquelle sont faits les caractères, à la précaution que l'on prend de nettoyer les casses et de déharrasser les lettres de la poussière qui se trouve dans les casse lins, à une propreté plus grande des ouvriers, et enfin au soin que prennent ces derniers de ne plus porter les lettres à la houche.

Les mêmes raisons qui justifient la rareté de la colique de plomb, expliquent aussi celle de la paralysie saturnine.

La colique de plomb a généralement peu de gravité et se rencontre notamment chez les apprentis et chez les compositeurs corrigeant sur la forme et qui ont la funeste habitude de mettre les lettres dans la houche. Gomme on le voit, nous insistons sur ce point.

Cet accident se présente plus souvent lorsque les caractères sont neufs et brillants. La couche d'encre d'imprimerie qui les recouvre bientôt empêche la salive d'agir sur les parties oxydées du caractère, qui pourraient aisément être entraînées dans l'économie animale et nuire à la santé.

L'oxydation des caractères est quelquefois telle que la composition s'agglomère de manière à former des masses adhérentes, qu'on ne peut séparer qu'avec la plus grande difficulté.

L'examen des résidus des imprimeries a fait constater que la poussière provenant des caractères neufs est métallique, et que celle qu'on relire des casse lins est, en grande partie, composée de matières organiques contenant des traces de substances métalliques. L'oxydation des caractères et la production de cette poudre métallique sont dues à une action galvanique.

Quoi qu'il en soit, les coliques et les paralysies des mains qui se manifestent chez les ouvriers typographes, sont en général le résultat de l'imprudence et de la malpropreté, et peuvent être attribuées à l'introduction, dans l'économie animale, de parcelles de métal ou d'oxyde métallique qui se détachent des caractères.

On a considéré la colique saturnine comme une névralgie des organes digestifs et urinaires. D'après M. Briquet, les douleurs de la colique de plomb siégeraient dans les muscles et non dans le tube digestif. L'électrisat on est, d'après lui, un moyen puissant et presque infaillible pour enlever ces douleurs. On pourrait, sans inconvénient, se borner à son emploi et négliger les autres moyens de traitement dans les cas où il n'y a pas beaucoup de cachexie.

Les typographes atteints de colique saturnine consultent généralement le médecin dans les premiers moments des douleurs , et alors , chaque fois, celles-ci sont enrayées, comme par enchantement, par l'électrisatiou des muscles abdominaux.

La paralysie des muscles extenseurs de l'avant-bras, de cause saturnine, se guérit promptement par l'emploi de l'électricité localisée, lorsque ces organes n'ont pas encore subi d'atrophie; dans ce dernier cas, il faut parfois plusieurs mois avant que la nutrition s'y réveille et (pie les mouvements s'y montrent de nouveau.

Les hernies sont fréquentes, principalement chez les imprimeurs, <}iii fonl de grands efforts pour lever et mettre sur la presse des formes qui pèsent de quarante à soixante livres.

Les ruptures musculaires sont rares. On observe parfois une entorse de l'article radio-carpien. Pour la prévenir, les imprimeurs se servent généralement de bracelets en cuir.

Les pressiers ont parfois les articulations des doigts difformes. Cette difformité est généralement causée par des durillons que détermine la lessive. Le repos la fait disparaître en peu de temps.

Souvent les compositeurs sont atteints de crevasses et de durillons au pouce et au doigt indicateur de la main droite. Ces affections reconnaissent pour cause, d'une part, le caractère lui-même, qui présente des aspérités, surtout lorsqu'il est neuf ou qu'il est encore humecté des matières qui ont servi à le laver, et, d'autre part, l'habitude contractée par ces travailleurs de se laver les mains avec l'eau alcaline ou bien avec de mauvais savon.

Le rhumatisme musculaire est très-fréquent ; il occupe généralement les lombes, les épaules et les bras. Le traitement spécifique de cette affection est l'électricité localisée. Le rhumatisme articulaire et la goutte se rencontrent assez souvent. C'est encore à l'électrisation que nous avons recours pour guérir ces pénibles affections, et. dans quelques cas nous employons concurremment les pilules suivantes :

Extrait de colchique, un gros; Extrait d'aconit, un demi-gros; Calomel, deux grains; Pour faire une masse pi lu la ire, dont on fera pilules n° X, à prendre dans la journée, une toutes les trois heures.

L'ophthalmie est assez commune; elle revêt presque toujours la forme catarrhale. La plupart des cas sont bénins et résistent peu aux moyens ordinaires. Quelquefois nous avons

remarqué que la poussière qui s'élève des casses donnait lieu à des conjonctivités plus ou moins intenses. L'amaurose est assez rare; la kopiopie est très-commune. Cette dernière affection résulte de l'exiguïté de certains caractères, de leur brillant, alors qu'ils sont neufs, de la difficulté de lire certains manuscrits, du travail de nuit, de la lecture des épreuves, enfin de la correction sur la forme. Plusieurs compositeurs sont dans la nécessité de prendre des conserves avant 35 ans. La myopie est aussi fort commune.

Les fièvres et les phlegmasies cutanées ne se rencontrent pas plus fréquemment chez les typographes que chez les ouvriers exerçant une autre profession.

Nous ne pouvons terminer ce chapitre, où nous avons souvent parlé de l'électricité, sans dire quelques mots de l'emploi de cet agent en médecine.

Il est aujourd'hui bien reconnu, par tout le monde, que l'électricité, et surtout l'électricité en mouvement, joue le rôle le plus important dans les phénomènes de la nature. A voir même la facilité avec laquelle elle se manifeste au contact des corps, dans les plus légers frottements et dans les moindres actions chimiques, il faut nécessairement admettre qu'elle est accumulée dans l'intérieur ou à la surface des molécules, et qu'il est impossible de concevoir la matière, avec ses propriétés reconnues, sans le fluide électrique; aussi, quand on a établi cet aphorisme: l'électricité, c'est la vie; l'absence de l'électricité, c'est la mort, on aurait pu aller plus loin, sans crainte de s'égarer, et dire : l'absence de l'électricité, c'est le néant. Cela posé, n'a-t-on pas grandement lieu de s'étonner qu'en présence d'une infinité de maladies aiguës et chroniques qui semblent se jouer des efforts les plus sagement combinés des médecins et de la patience du plus généreux des malades, l'on s'obstine encore opiniàtrément à soumeître, sans aucun résultat avantageux, à des traiiements longs, dispendieux et trop souvent nuisibles, un grand nombre d inforl unes que I on abandonne ensuite, sans

scrupule, comme incurables ? Pourquoi ne pas renoncer à toutes ces méthodes, aussi cruelles qu'infructueuses, afin de recourir aux admirables vertus de cette force mystérieuse qui régit la création; de cet agent qui a tant fait dans la chimie, dans l'industrie et dans les arts; de ce principe dont l'art de guérir n'en est déjà plus à soupçonner la portée des servi ces qu'il est appelé à lui rendre?

Au moyen d'appareils convenables et sous la main d'un praticien instruit, prudent et exercé, l'électricité devient un agent de médication toujours inoffensif et tellement facile à manier, qu'on peut en calculer les effets avec une précision qu'on ne saurait obtenir de tout autre traitement. Restreindre son action à la peau, sans stimuler les tissus sous-jacents, et réciproquement; communiquer à chaque nerf, à chaque muscle et même à chaque faisceau musculaire le degré d'excitation qui leur convient, en proportionnant la dose à la sensibilité de la région du corps sur laquelle on opère, à l'état de force ou de faiblesse des organes ou de la constitution du malade, sont des faits que nous reconnaissons et que nous constatons journellement. L'électricité récèle donc non-seulement une source de soulagement constamment assuré, mais aussi la vertu de guérir les maladies qui ont résisté à tous les traitements ordinaires.

Les gens du monde s'exagèrent, outre mesure, les effets du fluide électrique. Considérant que la foudre n'en est qu'une étincelle, qu'il y a des batteries capables de tuer un éléphant, et que certains appareils galvaniques mettent en fusion le fer et le platine, ils sont effrayés de l'usage d'un pareil agent. Mais qu'ils réfléchissent un instant que les appareils qui imitent la foudre, qui tuent les animaux les plus robustes, qui fondent les métaux les plus réfractaires , sont d'une si gigantesque proportion, que les nôtres n'en sont, pour ainsi dire, que la miniature.

Notre expérience journalière nous permet d'affirmer que l'on rencontre bien rarement des personnes qui supportent

mal l'électricité. Il est même à remarquer que les enfants, les femmes, en sont généralement moins sensiblement affectés que les sujets d'un autre tempérament que le leur.

Aujourd'hui, la perfection et la précision des appareils usités en médecine sont telles qu'on peut, à volonté, ne produire qu'un simple frôlement ou une légère titillation, sans aucune secousse. La gradation se fait ensuite pour arriver, d'une façon à peine appréciable, au point approprié à la susceptibilité des organes ou des individus.

Pour notre compte, nous sommes tellement convaincu, — et cette conviction est le résultat d'une pratique datant de plus de six ans, basée sur une étude profonde et sérieuse de l'électricité, — nous sommes tellement convaincu, disons-nous, de l'innocuité comme de la supériorité du traitement de certaines maladies par l'électricité, sur toutes les médications qu'on a préconisées et que l'on préconise tous les jours, qu'aucune patiente recherche, aucune étude opiniâtre, aucun sacrifice ne nous coûtera pour en faire apprécier les incontestables avantages. Si quelques hommes d'une personnalité exclusive, ou si d'autres, mal intentionnés, prenant les bornes de leur horizon pour celles de la science, venaient encore à se montrer hostiles à 1 électro-thérapie, parce qu'ils ne la connaissent pas ou qu'ils ne veulent pas s'astreindre à des études longues et dispendieuses pour la connaître, ou pour d'au ires motifs, enfin, que le lecteur n'aura pas de peine à deviner, il nous restera la consolation d'avoir assez fait, dans le but de propager cette salutaire pratique, pour qu'il n'y ait pas de malade, même d'une intelligence vulgaire, qui, livré à ses propres inspirations, ne puisse en tirer profit sans s'exposer au plus léger inconvénient.

Passons rapidement en revue quelques maladies dans le traitement desquelles l'électricité montre toute sa puissance :

\ . Paralysies. Parmi les nombreuses maladies qui peuvent être guéries ou amendées par l'électricité , les paralysies tiennent, sans nul doute, le premier rang. Si les premières

applications de l'électricité au traitement des paralysies furent suivies tantôt de succès et tantôt d'insuccès, il faut attribuer l'un et l'autre de ces résultats, soit à la cause et à la nature des paralysies, soit au procédé électrique employé, ou à d'autres causes tenant aussi bien de l'opérateur que du malade. L'électricité n'est pas seulement un moyen de guérison d'une utilité incontestable, mais aussi une ressource certaine pour le diagnostic différentiel, car seule elle peut indiquer la présence ou l'absence de l'irritabilité musculaire, et seule elle peut faire augurer si la paralysie sera ou non curable.

2. Rhumatismes. Il est des rhumatismes qui guérissent facilement et d'autres qui résistent à tous les efforts de l'art. Lorsque la médecine se montre impuissante, les personnes dans l'aisance vont demander à Aix-la-Chapelle, à Wiesbaden, à Bonn, etc., un soulagement que leur refusent les remèdes ordinaires; mais pour l'ouvrier, le déshérité de la fortune, le malheureux, il ne peut que continuer à souffrir; car, — ce qui est plus affreux! — il n'a que la misère en partage ! Eh bien ! nous avons l'espoir que désormais on ne rencontrera plus de ces rhumatismes rebelles, qui conduisaient à la paralysie dite musculaire, considérée naguère encore comme incurable. Nous disons qu'il résulte de notr e expérience que l'électricité dynamique est infaillible contre les rhumatismes.

3. Névralgies. Dans les névralgies, les effets favorables de l'électricité ne sont pas moins certains que dans les paralysies et les rhumatismes; elles sont généralement modifiées ou enlevées en très-peu de temps. Les migraines les plus violentes sont enrayées en quelques minutes comme par enchantement.

4. Névroses. Dans les névroses, telles que l'hystérie, la c h orée et l'épi lepsie, l'électricité imprime prompt ement aussi des changements à la maladie. Nous avons traité un grand nombre d'épileptiques qui n'ont plus eu d'attaques

depuis plusieurs années, et chez lesquels la guérison parait radicale.

5. Dans l'atrophie musculaire, dans la surdité nerveuse, dans l'odontalgie, dans l'amaurose enfin, l'électricité rend les plus grands services. Combien de personnes ne connaissonsnous pas déjà qui, sourdes depuis plusieurs années, ont dù leur guérison à cet agent mystérieux!

Nous croyons en avoir assez dit (de l'électricité) pour engager le lecteur à recourir, au besoin, à ce remède étonnant (1 ), et nous passons immédiatement au deuxième chapit re de notre travail.

Page 1