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DE L'AIR, DE LA LUMIÈRE, DE LA CHALEUR ET DE LÉLECTRICITÉ

I . L'action de l'air sur l'homme est de tous les instants, et ce gaz est l'agent le plus indispensable à la vie : respirer n'est-ce pas vivre? Le bon air fortifie la constitution, le mauvais air la relâche; le premier est une source de santé et de vigueur;

le second est le principe de cacochymies diverses et de l'effroyable décrépitude.

Les dangers auxquels expose un air corrompu sont d'autant plus grands qu'il y a plus d'hommes rassemblés dans les mêmes lieux; qu'ils y sont plus immobiles; que la température est plus élevée et plus uniformément la même ; qu'enfin il y a moins de propreté, moins de tempérance et moins de force morale. Les faits qui vont suivre démontreront surabondamment quels sont les effets meurtriers d'un air vicié.

Percy raconte que, dans les Indes, 1 46 prisonniers anglais furent renfermés dans un cachot de 20 pieds carrés, où l'air n'arrivait que par deux petites fenêtres donnant sur une galerie étroite et par laquelle l'air ne se renouvelait que trèsdifficilement et très-lentement.

Bientôt il y eut une chaleur insupportable, puis une soif vive et de la suffocation. Ces malheureux se battaient entre eux pour s'approcher des soupiraux, où pouvaient seuls atteindre les plus robustes. Au bout de 8 heures, il n'y en avait plus que 23 vivants !

Un fait analogue s'est passé en France. Après la bataille d'Austerlitz , 300 prisonniers autrichiens furent enfermés dans une cave; 260 y succombèrent en un court espace de temps !

Qui ne connaît le fait des assises d'Oxford, dans lesquelles juges, auditeurs et accusés furent frappés d'asphyxie mortelle?

La nature, cette mère toujours pleine de prévoyance, a établi un ordre, dans les rapports de l'homme avec l'univers, selon lequel les fonctions de ce dernier s'entretiennent dans un état normal. L'air atmosphérique exerce sur l'économie animale une action modifiée selon sa pesanteur, sa fluidité, sa sécheresse, son humidité, sa composition chimique, les principes qu'il contient en dissolution, ses vicissitudes.

Il n'est pas inutile de connaître les qualités que l'air doit avoir pour exercer une influence salutaire sur l'homme en

santé. Cet air doit être d'une pesanteur capable de faire monter le mercure à 28 pouces dans le baromètre; d'une fluidité égale, c'est-à-dire sans la production de vents insolites; peu imprégné de vapeurs d'eau, dans l'état qu'on appelle sérénité, comme le matin; d'une température moyenne de 10 à 15 degrés, renfermant dans ses éléments 79 d'azote sur 21 d'oxygène environ; ne contenant d'autres principes que l'oxygène, l'azote et quelque peu d'acide carbonique, 712 Par exemple; d'un état peu varié, et surtout ne changeant que par degrés insensibles. Hors de ces conditions, l'air est susceptible de modifier plus ou moins l'économie de l'homme.

Une pesanteur moindre que celle de 28 pouces détermine de la gène dans les mouvements: occasionne un sentiment de lourdeur, d'inaptitude à toute action ; prédispose aux congestions, aux inflammations. Elle est surtout à éviter par les constitutions apoplectiques, les liquides tendant alors, par cette diminution de pression, à faire effort contre les parois de leurs vaisseaux. Les mêmes effets ont lieu quand on s'élève dans un aérostat. Certains individus éprouvent des hémorragies du nez et des bronches. Une augmentation dans la pression de l'air ne peut être que salutaire à l'économie ; elle est rare et surtout peu considérable.

La fluidité de l'air amène les mouvements qu'on appelle vents. Ceux-ci, de même que tous les courants d'air, agissent sur l'économie par le choc qu'ils lui impriment, par l'impression d'une température nouvelle, par la spontanéité avec laquelle ils déplacent dans les cavités naturelles l'air qui s'y trouve à une température supérieure. Le choc des vents est comparé à une douche qui frappe une partie du corps; l'effet n'en est pas bien constaté; de même que celui de la douche, on le dit tonique.

Il est cependant bon d'éviter l'influence des grands vents en général; ils déterminent souvent des inflammations des voies aériennes, gutturales, surtout chez les personnes

sujettes à ces sortes d'affections. Les courants sont plus dangereux, en ce que souvent ils amènent, sur certaine partie du corps, un air d'une autre température que celle de l'air qui l'entoure. Ge contact prolongé occasionne des inflammations, des douleurs rhumatoïdes ; l'effet du courant d'air est d'autant plus pernicieux, qu'il agit sur le corps plus imprégné de chaleur, ce qui arrive alors qu'assis près d'un feu ardent, on reçoit d'une porte mal fermée un vent coulis sur la partie du corps opposée à celle qui est échauffée par le foyer.

L'air sec, à la température modérée, est celui qui convient le mieux à la santé ; c'est quand il réunit ces qualités qu'il faut le faire pénétrer dans les habitations en ouvrant largement et pendant longtemps les bouches d'aérage naturelles : les portes et surtout les fenêtres; et c'est aussi cette température qu'on doit choisir de préférence pour sortir et pour se promener.

L'air humide apporte de grandes modifications dans l'exercice de nos fonctions ; l'effet en est différent selon que l'air est humide et froid ou humide et chaud : le premier est fort, malsain; il supprime la transpiration et occasionne des affections catarrhales et rhumatismales; le second est également nuisible : il rend mou et énerve, prédispose aux affections bilieuses et détermine des fièvres putrides et intermittentes. Aussi est-il fort imprudent d'aller respirer l'air le soir dans les prairies humides et dans les lieux marécageux.

Il arrive souvent que les diverses modifications de l'air dont nous venons de parler se succèdent d'une manière plus ou moins rapide. Dans ces cas, l'action de la constitution atmosphérique est de la même nature, mais elle est d'autant plus énergique que la transition d'un état à un autre est plus brusque. Ainsi, un froid considérable succédant à une température chaude ou fort douce, agit non-seulement comme le froid, mais en raison de la différence d'impression qu'il détermine. Il en est de même quand c'est l'économie

qui présente ces différentes modifications d'après les circonstances diverses où elle se trouve. Que l'homme reçoive l'impression d'un froid subit quand il est couvert de sueur, l'effet sera à peu près le même, que l'état de sueur où il se trouve ait été produit par l'élévation de la température ou par un exercice violent. D'un côté comme de l'autre, il y aura suppression de transpiration, suivie des accidents ordinairement consécutifs à cette révolution de l'économie : pleurésies, pneumonies, angines, bronchites, rhumatismes, diarrhées, etc. De toutes les vicissitudes de l'air, la plus nuisible à l'homme est sans contredit le passage brusque du chaud au froid ; elle est surtout dangereuse pour les personnes sujettes aux inflammations des bronches et des poumons, pour les personnes fortes, celles dont la transpiration est abondante, et semble être le véhicule de principes contraires à l'économie; tels sont les goutteux, les convalescents. L'abaissement subit de la température favorise aussi le développement des épidémies, en ce que cette variation atmosphérique rend tout à coup l'air humide, et que l'humidité est le véhicule et l'agent principal des émanations miasmatiques.

Le passage du froid au chaud est moins dangereux; il occasionne cependant un trouble général de l'économie en imprimant un mouvement brusque à la circulation, du centre à la circonférence ; des saignements du nez, des crachements de sang, des évanouissements, sont les effets les plus ordinaires qu'on observe en pareil cas. On a vu des apoplexies foudroyantes en être la conséquence. Toutes les règles qu'il y a à prescrire en cas de vicissitudes atmosphériques, consistent à prolonger artificiellement l'état primitif de l'économie. Est-on obligé de passer d'un lieu très-chaud dans un lieu froid, on marchera quelque temps avant de se reposer, et on exécutera quelques mouvements qui entretiendront l'état de transpiration de la peau. On agira d'une manière analogue dans les autres cas.

L'homme doit s'habituer, dès son jeune âge, à résister au x changements de l'air; il doit s'endurcir, insensiblement et sans commettre d'imprudence, aux températures dont il doil subir le plus souvent l'influence.

2. Les effets de la lumière et de la chaleur solaires sont différents selon que l'influence en est modérée, qu'elle est habituelle, qu'elle manque tout à fait ou qu'elle existe au plus haut degré.

La chaleur et la lumière solaires contribuent au bien-être de l'économie ; sous leur double influence, les fonctions s'exécutent plus librement. De même que les végétaux, les animaux en ressentent les plus grands bienfaits. La chaleur et la lumière solaires épanouissent 1 ame de l'homme comme les fleurs. Il se sent plus disposé aux plaisirs, plus content de la vie, que sous un ciel brumeux et frais. Le convalescent, celui que de longs chagrins ont miné, se rattachent avec plus de charme à l'existence quand un beau ciel s offre à leurs regards.

La lumière exerce en particulier une double action sur l'économie. L'organe de la vision ressent la première, et toute l'étendue de la peau la seconde. C'est pendant l'absence des rayons solaires qu'on en apprécie toute l'influence sur l'économie. Loin d'eux, l'homme, comme les plantes, s'étiole; il tombe dans la langueur. La privation prolongée de la lumière exalte la sensibilité visuelle; le prisonnier finit par distinguer des objets qu'il n'apercevait pas d'abord; sa peau blanchit, ses chairs deviennent molles; son caractère perd de son énergie ; les individus qui habitent des lieux où le soleil n'arrive pas, — des rues basses, des impasses, des rez-de-chaussée obscurs , — éprouvent à peu près les mêmes effets.

On obvie en partie aux inconvénients de pareilles habitations en se promenant souvent au grand air, sur les places publiques, dans les endroits ouverts et bien éclairés, et surtout dans la campagne.

Une lumière trop vive, émanant du soleil, des éelairs ou de foyers, occasionne souvent des maux d'yeux; et dans quelques cas, rares, il est vrai, elle peut déterminer la cécité.

L'action instantanée des rayons du soleil sur une partie de la peau peut amener un érysipèle appelé coup de soleil.

Les moissonneurs, les couvreurs et les maçons y sont très-sujets. Quand l'action directe des rayons solaires a lieu sur la tète, il peut en résulter des congestions cérébrales, l'apoplexie et la mort : témoin les malheureux soldats du régiment de chasseurs qui succombèrent, il y a quelques années, sur la route de Beverloo à Hasselt.

La chaleur et la lumière artificielles exercent à peu près les mêmes effets que la chaleur et la lumière solaires. 11 est peut-être difficile d'obtenir artificiellement les degrés d'intensité qu'il faut pour ne pas irriter nos organes. Ainsi, la chaleur ar tificielle parvient rarement à donner à un appartement une température égale.

Pour éviter tout inconvénient, lorsqu'on se chauffe au moyen de poêles ou d'étuves, il est bon de placer dans la chambre un vase rempli d'eau qui, en s'évaporant, rend l'air moins irritant. Il faut surtout éviter de se chauffer avec du charbon ou des braises au moyen de réchauds, alors qu'il n'existe pas de cheminée dans la chambre, car l'asphyxie, la mort, peuvent en être le résultat.

Les rayons lumineux que fournissent les lampes ou les bougies ne remplacent jamais complètement ceux du jour Tantôt la lumière d'une lampe est trop vive et affecte la sensibilité de l'œil; tantôt le reflet vacillant d'une bougie le fatigue, et finit souvent par l'enflammer. On ne voit que trop combien les personnes hal ituées à travailler à la lumière artificielle ont l'œil et ses dépendances irrités.

3. Les effets de l'électricité atmosphérique sont le plus souvent pernicieux ; il est bon d'employer tous les moyens possibles pour les éloigner.

Lorsque la foudre gronde, il faut éviter de se mettre à

l'abri sous un arbre élevé, surtout s'il est isolé; de se réfugier dans les églises; de se placer près des murs et des métaux qui se trouvent dans l'appartement, ou d'établir un courant d'air en ouvrant les portes et les fenêtres.

L'abolition des sonneries, à l'approche d'un orage ou pendant sa durée, ne peut non plus être assez recommandée, car la foudre frappe les objets élevés et surtout la pointe des clochers; la corde de chanvre attachée à la cloche conduit la décharge électrique jusqu'à la main du sonneur, et produit des accidents dont il y a malheureusement trop d'exemples. Un moyen simple de se mettre à l'abri de la foudre, c est de se placer sur une chaise au milieu de la chambre, ou sur un lit éloigné de la muraille.

Quant aux moyens à conseiller pour diminuer les effets nerveux produits par l'électricité atmosphérique, il n'en est guère que l'on puisse employer avec certitude de succès. On s'abstiendra, en pareil cas, d'une alimentation forte, de liqueurs spiritueuses, de tout ce qui tend à irriter le système nerveux et à augmenter la gêne des fonctions.

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