ALIMENTATION
L'exercice de nos fonctions entraîne des pertes continuelles que nous devons sans cesse réparer : la nature nous offre, dans le règne organique, ces moyens de réparation, et les substances qui jouissent de cette propriété ont reçu le nom d'aliments. Ces substances ne se bornent pas à entretenir la vie en réparant nos pertes : elles servent encore à notre accroissement. Le règne inorganique ne fournit aucune matière alimentaire, à moins qu'on ne veuille attribuer cette qualité à l'air atmosphérique, auquel quelques auteurs ont donné le nom de pabulum vitœ.
L'homme abuse des aliments, moins parce qu'il n'en connaît pas l'usage, que parce qu'il ignore les suites de cet abus; aussi les anciens disaient que les maladies aiguës venaient du ciel, et celles de longue durée de notre propre faute.
Quelques règles sont à observer à eet égard. La première est de ne jamais prendre d'aliments ni de boissons sans y être sollicité par la faim ou toute autre sensation qui s'y rapporte.
La nature nous prévient, par eet instinct réparateur, des besoins qu'elle éprouve, et il y a souvent beaucoup d'inconvénients à boire et à manger sans qu'on y soit invité par elle. Plus périssent par la gourmandise que par le glaive, disait un ancien; il arrive, en effet, plus de maladies mortelles par suite d'intempérance que par d'autres causes. Les aliments pris sans appétit digèrent difficilement; l'estomac a moins d'activité; les sécrétions, qui abondent quand il est sollicité par la faim, sont presque taries, et n'imprègnent plus le bol alimentaire.
Une seconde règle à observer est de calmer la faim avant qu'elle se fasse sentir d'une manière trop pressante. On a vu différentes affections de l'estomac être déterminées par une abstinence trop prolongée. Les personnes faibles surtout doivent se hâter d'apaiser la faim quand elle se fait sentir. Il ne faut pas cependant confondre un désir peu accusé, un appétit factice, avec le véritable besoin d'aliments.
Quoique certains philosophes aient voulu assimiler en tout l'existence de l'homme à celle des autres animaux, il est cependant plus salutaire pour lui de s'habituer à un certain nombre de repas pris à des heures fixes et régulières, que de manger un grand nombre de fois dans la journée et à la plus légère apparence d'appétit. L'exemple de tous les temps, de tous les peuples, témoigne en faveur de cette disposition alimentaire. Trois repas par jour suffisent généralement aux travailleurs, dont le dîner doit être le plus copieux.
L'homme des champs, celui qui se livre à un exercice très-actif, qui se lève dès le matin, sentira plus souvent la nécessité de réparer ses forces que le citadin oisif, Irouvant le bonheur dans l'inertie et le sommeil !
Il est difficile de régler la somme de nourriture qui cou-
\ient à chaque individu. On donne comme précepte à suivre dans ce cas, de manger une quantité que l'on puisse digérer facilement.
Il existe un choix d'aliments propres à certains individus plutôt qu'à d'autres. Ici c'est encore l'observation particulière qui trace les préceptes à suivre : en général, les substances animales sont plus promptement digérées que les végétales; les viandes passent mieux que les légumes, dont quelques-uns sont à peine altérés par l'estomac. Autant que possible, on étendra le cercle des aliments, afin de ne pas trop accoutumer l'économie à l'usage de la même substance.
Après les repas, il convient de faire un exercice modéré, une promenade au grand air, et l'on se gardera de se livrer au sommeil.
On évitera, immédiatement après avoir mangé, de se livrer au travail, aux exercices violents et au coït. Les bains, les lavements, les impressions vives troubleraient également la digestion quand elle est à peine commencée.
Enfin, pour peu que l'on soit indisposé, il est bon de diminuer la quantité des aliments et même de s'abstenir de toute nourriture. Les convalescents de maladies graves doivent s'en tenir scrupuleusement aux prescriptions du médecin; plusieurs sont morts en peu d'heures pour n'avoir pas suivi le régime indiqué et pour avoir mangé plus qu'ils ne le pouvaient.