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Le Maduré

/~* 'EST pour satisfaire un désir de Monseigneur ^ Canoz, votre vénéré prédécesseur, que ce livre a été écrit. Le regretté Prélat avait bien voulu en lire les feuilles manuscrites, et donner, spécialement aux récits qui résument les événements de son long épiscopat,sa haute approbation. Hélas ! V auteur ne se doutait gîière, lorsqu'il écrivait ces pages, que le jour était proche où celui qui avait, durant près d'un demi-siècle, présidé aux destinées de la Nouvelle Mission du Madtiré, serait ravi à cette Mission. Mieux qtie tout autre vous savez, Monseigneur, dans quel deuil le diocèse de Trichinopoly se trouva plongé par le décès de son premier Pasteur. Puisse la divine Bonté lui épargner longtemps une perte aussi doulouretise ! Mais c'est le propre de notre Père céleste de placer la consolation à la suite de l'épreuve. Après avoir rappelé à lui son fidèle serviteur pour le couronner dans la gloire, comme nous en avons la ferme confiance, il lui a choisi dans votre personne, Monseignerir, un successetir en qui nous aimons à retrouver l'esprit et le cœur du Père qui nous a quittés. Dieu bénira votre épiscopat, Monseigneur, nous en avons l'assurance. Il nous a donné comme tin gage des bénédictions qu'il vous destine, dans les démonstrations de joie et d' affection avec lesquelles les fidèles de Trichinopoly ont accueilli letir nouveau Pontife. Oui, Monseigneur, le

ciel souriait visiblement à cette terre de l'apostolat des Xavier, des Nobili, des Britto, au jour à jamais mémorable et béni où, avec un éclat dont nous n'avions pas encore été témoins, au milieu de V allégresse tiniverselle, Votre Grandeur jit son entrée dans sa ville épiscopale. Ce que le cœur du bon Maître réserve à V. G. de joies et de consolations, sans doute aussi d'épreuves, car les consolations pleur issent d1 ordinaire au pied de la Croix, d autres le diront un jour ; et leurs récits seront la continuation de ce travail. Mon seul mérite sera de leur avoir donné l'exemple. C'est à ce titre que je viens humblement vous prier, Monseigneur, de vouloir bien permettre que ce livre, malgré ses imperfections, paraisse sous les auspices et avec la bénédiction de Votre Grandeur,

Dont je suis,

Avec le plus profond respect,

le très obéissant serviteur enJ.-C.

A. Jean, S. J.

iiettre ne ^gt r<2Bucquc De Cucbinopolp.

Trichinopoly, le 29 août 1892.

Mon Révérend Père,

yE ne saurais trop louer la pensée que vous avez eue d'écrire le livre: Le Maduré, l'Ancienne et la Nouvelle Mission. Cet ouvrage était désiré et attendît avec îine vive impatience depuis longtemps par les Pères Missionnaires, par les amis et les bienfaiteurs de la Mission du Maduré. Aussi votre livre ne peut manquer de recevoir le meilleur accueil et de produire de grands frîrits pour le bien des âmes et la gloire de Dieu.

Vous nous rappelez les grands travaux, les actes héroïques d" abnégation, de dévouement et de zèle qui ont immortalisé les noms des Nobili, des Britto, des Lainez, des Bouchet, des Beschi et de tant d'autres dignes héritiers de r apostolat de St François-Xavier, au temps de V Ancienne Mission ; les luttes, les difficultés inouïes qui furent le partage des fondateurs de la Mission Nouvelle: luttes, difficultés dont nous avons souvent entendu le récit de la bouche même de celui qui y prit une si bonne part, qui fut lui-même pendant plus de quarante ans famé de toutes nos œuvres, notre vénéré et si justement regretté Monseigneur Canoz. De tels récits, Mon Révérend Père, ne sauraient manquer & exciter dans nos ouvriers apostoliques tine nouvelle ardeur et tuie sainte émulation ; ils vottdront se montrer de plus en plus les dignes frères de leurs glorieux devanciers en imitant leurs 7iobles exemples.

Notre Seigneur se servira aussi de la lecture de ce

livre, je rien doute point, pour déposer dans des cœurs bien préparés l'étincelle de la flamme apostolique qui les fera s élancer tin jour eux-mêmes dans la carrière ouverte par les Xavier et les Britto.

Aussi, Mon Révérend Père, j'accepte avec reconnaissance la dédicace de votre livre et lui souhaite, dans l'intérêt des âmes, un grand sticcès.

Veuillez agréer t" expression de mes sentiments bien affectueux.

Votre /m mêle serviteur en J.-C.

►î< Jean-Marie,

Évêque de Trichhiopoly.

INTRODUCTION

D'APRES une tradition qui remonte aux premiers siècles et s'est transmise d'âge en âge,l' Evangile fut apporté aux Indes par l'apôtre S. Thomas. Suivant les anciens témoignages, S. Thomas, après l'Ascension de Notre-Seigneur, parcourut l'Ethiopie, la Perse, l'Hyrcanie, et en dernier lieu la péninsule qui s'étend au delà de l'Indus. Le premier, au prix d'immenses travaux et de courses laborieuses, il éclaira les peuples de ces contrées de la lumière de l'Evangile, et, après avoir donné au suprême Pasteur des âmes le témoignage de son sang, il alla recevoir la récompense éternelle.

« L'Inde n'a jamais cessé entièrement d'honorer son insigne bienfaiteur. Le nom et les louanges de S. Thomas sont célébrés dans les liturgies les plus anciennes et dans les monuments qui nous restent des églises de cette contrée. Dans la suite des siècles, lorsque ces terres furent envahies par de lamentables erreurs, elles ne perdirent pas le souvenir de l'illustre Apôtre ; et, bien que le flambeau de la foi qu'il avait allumé ne brillât plus d'un vif éclat, il ne fut jamais complètement éteint. »

Ainsi parle Sa Sainteté Léon XIII dans la Bulle Htunanae Salutis qui établit la hiérarchie ecclésiastique dans la grande péninsule. Comme on le voit, le fait de l'évangélisation de l'Inde par S. Thomas, que quelques auteurs ont voulu contester, ne fait aucun doute pour le glorieux Pontife dont nous n'avons pas à faire valoir la haute autorité. Il ne devait faire aucun doute pour S. François-Xavier, qui se rendit en pèle-

INTRODUCTION

rinage au lieu où la tradition place le tombeau de l'Apôtre, et y pria avec tant d'ardeur pour les peuples auxquels il apportait la Bonne Nouvelle. Les Anciens en parlent comme d'un fait universellement admis. S. Grégoire de Nazianze, auquel les Ariens reprochaient d'être un étranger à Constantinople, disait pour se justifier : « Et les Apôtres n'étaient-ils pas des étrangers ? Ou'v avait-il de commun entre Paul et les Gentils, Luc et l'Achaïe, André et l'Epire, Jean et Ephèse ; entre Thomas et l'Inde, Marc et l'Italie (') ?» Le témoignage de S. Jérôme n'est pas moins formel. Parlant de l'immensité du Sauveur en tant que Dieu, « Il était, dit-il, avec ses Apôtres en même temps qu'il était et dans le sein de son Père, et avec les anges, et aux extrémités du monde, et en tous lieux ; présent avec Thomas dans £ Inde, avec Pierre à Rome, avec Paul dans l'Illyrie, avec Tite en Crète, avec André en Achaïe, avec chacun des Apôtres et des ministres de l'Evangile en quelques lieux qu'ils fussent (2). » Théodoret, dans une énumération qu'il fait des peuples qui reçurent le bienfait de la prédication évangélique, nomme expressément les Indiens, et confirme ainsi indirectement les témoignages de S. Grégoire et de S. Jérôme (3). D'autres écrivains disent que S. Thomas mourut à Calamine, ville de ! Inde (4). Enfin, dans le Martyrologe romain nous lisons, à la date du 21 décembre :

« A Calamine, la fête de S. Thomas apôtre, qui prêcha l'Évangile aux Parthes, aux Mèdes, aux Perses et aux Hyrcaniens : ayant ensuite pénétré jusqu'aux Indes et instruit ces peuples des maximes de la religion chrétienne, il fut, par ordre de leur roi, percé de plusieurs coups de lance, dont il mourut. »

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