Sophron., Gaudentius
INTRODUCTION
Nous ne voyons pas ce qu'on pourrait opposer à ces témoignages. L'objection commune, que sous le nom des Indes les anciens entendaient tous les pays orientaux, nous paraît dénuée de fondement. En tout cas Théodoret ne l'entendait pas dans ce sens, lui qui, énumérant les peuples de l'Orient, savoir les Ethiopiens, les Perses, les Hyrcaniens etc., mentionne et distingue parmi eux les Indiens. Il est vrai que le lieu où l'on place le martyre de S. Thomas ne s'appelle plus Calamine ; mais on sait que la plupart des villes indiennes ont perdu leur ancien nom. De plus l'Inde a passé sous tant de maîtres, et les villes y ont été si souvent détruites et rebâties ! Calamine est du reste un mot indien ; c'est le nom d'une espèce de poisson que l'on pêche en quantité le long de la côte de Coromandel, où se trouve aujourd'hui San-Thomé ( la ville de St-Thomas ), autrement dit Maïlapour ( la ville du Paon ). Calamine aura été jadis le nom d'un village de pêcheurs.
Léon XIII a donc raison de dire que l'apostolat de S. Thomas dans l'Inde est attesté par des témoignages d'une haute antiquité. Le Saint-Père fait aussi allusion à des monuments anciens qui confirment l'autorité de ces témoignages. En effet, voici ce que racontent les historiens portugais.
Vers le milieu du seizième siècle, lorsque Jean de Castro gouvernait les Indes portugaises, quelques chrétiens de Maïlapour formèrent le dessein de bâtir une église à l'endroit même où, d'après la tradition, saint Thomas avait été mis à mort par les idolâtres. Or, tandis que les ouvriers travaillaient à creuser les fondements du nouveau sanctuaire, l'un d'eux mit à nu une pierre de marbre blanc de deux pieds de long sur un pied et demi de large. Cette pierre était marquée d'une croix en relief qu'entouraient des fleurs de lis. Au sommet de la croix était représentée une colombe becquetant le signe sacré. Le marbre et la croix pré-
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sentaient çà et là comme des taches de sang qui, touchées avec un linge, le marquaient de leur empreinte. Enfin, sur les contours se voyait une inscription en forme d'arc, tracée en caractères si étranges que personne ne put d'abord en donner la signification. Il n'y avait pas de doute : on était en présence d'un monument sacré. Recueillie avec respect, cette relique fut déposée plus tard sur l'autel de la nouvelle église, dite de Notre-Dame-du-Mont, à cause du monticule sur lequel elle avait été bâtie. Dieu en fit bientôt l'instrument de faveurs miraculeuses. Le 1 8e jour de décembre, le prêtre étant à l'autel, au moment de l'évangile, on vit des gouttes de sang se détacher de la croix, et durant le reste du sacrifice cette croix parut aux assistants se colorer de teintes diverses. Le même prodige se renouvela plusieurs fois les années suivantes, à pareil jour. Il se reproduisait encore au commencement du siècle dernier, comme l'atteste le P. Tachard dans une lettre écrite en 171 1. « On ne peut nier, dit-il, qu'il ne se fasse de continuels miracles à N.-D. du Mont... Huit jours avant Noël, les Portugais célèbrent avec beaucoup de solennité une fête qu'ils appellent de l'Expectation de la Sainte Vierge. Il arrive quelquefois, en ce jour-là, un prodige qui contribue beaucoup à la vénération que les peuples ont pour ce saint lieu. Ce prodige est si avéré, si public, il a été examiné de si près par les chrétiens et les protestants, que même les plus incrédules ne peuvent le révoquer en doute (*). » Comme preuve, le P. Tachard raconte au long un miracle qui avait eu lieu en 1704, en présence d'une multitude de personnes.
Mais cette pierre, cette croix miraculeuse, à quoi se rapportaient-elles ? Quelle en était l'origine ? L'interprétation des caractères mystérieux dont nous avons