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CONGRÉGATIONS

retour. En un mot, la vie reprend dans cette chrétienté qui paraissait morte. »

Dans le Marava le changement était presque prodigieux, témoin l'enthousiasme que les chrétiens firent éclater lors de la seconde visite de MgrCanoz. « Un roi, disaient les païens, ne s'avancerait pas avec plus de pompe et de magnificence ;sa présence n'exciterait pas un pareil tressaillement dans les populations. » L'évêque, pour ces chrétiens qui semblaient n'avoir que les yeux de la foi, c'était le représentant du Souverain Pontife ; c'était l'envoyé du Ciel, l'image de Jésus-Christ. De plusieurs kilomètres les peuples se portaient à sa rencontre ; tous les villages venaient lui offrir leurs présents ; c'était comme une rivalité, à qui le recevrait avec de plus grandes démonstrationsd'honneur et de respect.

Cet heureux changement était dû, en grande partie, aux confréries et aux Congrégations établies dans les chrétientés. En 1843, l'année de deuil, la Mission avait été placée sous la protection du Cœur Immaculé de Marie, et le Maduré entier avait été agrégé à l'archiconfrérie de Notre-Dame des Victoires. Les Congrégations du Saint-Cœur de Marie, du Sacré Cœur de Jésus, de l'Immaculée Conception, de Notre-Dame des Sept- Douleurs, de l'Enfant Jésus, des Saints-Anges, etc., avaient été instituées. Trichinopoly possédait sept de ces associations, ayant chacune leurs statuts et leur objet propre, et englobant, dans leur ensemble, toutes les classes de cette grande chrétienté. Dieu seul connaît combien ces pieuses institutions contribuèrent à ranimer la piété et la ferveur parmi les chrétiens.

Le Maduré. — I.

V. Seize missionnaires européens moururent au Maduré durant les dix années que nous venons de parcourir.

P. C/i. Daugnac. — Le 7 mai 1847, mourut à Pallitaman, dans le Marava, le P. Charles Daugnac, docteur de la faculté de Montpellier. Entré dans la Compagnie en 1842, il arriva trois ans après dans la Mission, et fut d'abord employé au collège à peine naissant de Négapatam. Cet établissement ayant été fermé provisoirement à cause du choléra, en 1846, le P. Daugnac alla chercher du travail au Marava. Là, il fut l'édification de ses Frères par son zèle, sa tendre piété envers la Reine des anges, son amour de l'obéissance. Donné pour compagnon au P. Combe, il le prit pour son supérieur, et mit son bonheur à suivre en tout sa direction. « Vous êtes au gouvernail, lui disait-il ; ordonnez, je ferai tout avec joie, à la plus grande gloire de Dieu. » Voici quelques-uns des sentiments qu'il avait consignés dans son trésor spirituel : « Je me sens prêt à tout souffrir, à tout entreprendre pour suivre Jésus-Christ. Je ressens le désir du martyre, le désir de beaucoup souffrir pour le salut des âmes ; un grand désir de pauvreté, d'opprobres : ce sont les armes du Sauveur ; je les lui ai demandées fortes et bien trempées. » Son vœu de mourir martyr semble avoir été exaucé. Il avait été appelé, la veille de Noël 1846, par les chrétiens de Sarougany. Pendant qu'il entendait les confessions dans une pauvre chapelle de ce village, une bande de schismatiques se rua sur les fidèles. Le Père étant accouru pour rétablir Tordre, reçut un coup de bâton qui faillit

l'étendre mort sur place. Depuis ce moment il ne fit que languir. Le mardi de Pâques de l'année suivante, se trouvant à Calladitidel avec les autres Pères du Marava, il leur dit : « Je me sens accablé ; je vois que je n'ai pas longtemps à vivre » ; et, dans son humilité, il ajoutait : « Je n'ai encore rien fait pour Dieu ». Mais Celui qui exalte les humbles en jugeait sans doute autrement ; un mois après il appelait à lui ce fidèle serviteur.

P. Ch. Pons-Devier. — Une lettre du P. Sales contient les détails suivants sur les vertus et les derniers moments du P. Charles Pons-Devier, mort le 1 1 août 1849, à Trichinopoly. « Le P. Pons-Devier a conquis le Ciel bien promptement, puisqu'il n'était arrivé au Maduré que depuis un an. Mais en ce peu de temps il s'était assez révélé pour nous laisser, en mourant, de bien vifs regrets. Nous perdons en lui un homme de tête et un homme de cœur. Il avait éprouvé une espèce de dysenterie qui, arrêtée d'abord, le reprit ensuite et fit, en peu de temps, des progrès effrayants. Trois docteurs anglais lui prodiguèrent leurs soins ; mais tout fut inutile. Dès qu'il vit que nous concevions des inquiétudes, il nous prévint par ces paroles : « Ah ! comme le bon Dieu voudra ; pourquoi s'inquiéter ? en venant aux Indes je lui ai fait le sacrifice de tout. » Il demanda les derniers sacrements, et les reçut avec une foi et une piété qui nous touchèrent jusqu'aux larmes. Depuis ce moment, sa vie ne fut qu'une douce prière. Jamais je n'ai assisté à une mort plus édifiante. Rien qui indiquât la crainte ; tout en lui respirait la confiance, l'abandon, la paix du juste. »

P. D. Sartorio. — L'année suivante, le Marava envoyait au Ciel le P. Dominique Sartorio, Italien. Après quelques mois de noviciat, il partait pour la Mission du Maduré, en 1847. Ordonné prêtre par Mgr Canoz en 1849, dans une petite église du Marava, il fut adjoint aux missionnaires de ce district. Ce qu'on admirait le plus en lui, c'étaient les ardeurs incroyables de sa charité envers les pauvres Indiens, pour le salut desquels il n'aspirait qu'à se dépenser et à s'immoler, et sa piété envers Marie, simple, naïve, comme celle d'un Stanislas. « O Marie, lui disait-il, le Ier septembre 1849, voici votre Nativité qui approche. Les grandes dames sont généreuses ce jour-là, et donnent des étrennes à leurs serviteurs. L'étrenne que je vous demande, c'est la persévérance jusqu'à la mort dans la Compagnie de Jésus. » Environ six mois après, cet enfant de Marie recevait l'étrenne qu'il avait demandée, étant mort, compagnon de Jésus et missionnaire, le 10 mars 1850.

PP. B. Cauneille, P. Brissaud. — En 1851, le district du sud perdit le P. Benjamin Cauneille et le P. Pierre Brissaud. « C'étaient, lisons-nous dans une lettre du P.Castanier, deux religieux exemplaires, deux missionnaires complètement formés, deux ouvriers infatigables, que l'amabilité de leur caractère et la générosité de leur dévouement rendaient également chers à leurs confrères et à tous les chrétiens. » L'un et l'autre mou rurent à Palamcottah, le P. Cauneille le ier juillet, et le P. Brissaud le 30 novembre ; le premier après quatre ans, le second après neuf ans passés dans la Mission.

P. J. Galtier. — Le P. Jean Galtier était encore

novice, quand il arriva aux Indes, le 29 novembre 1847. Après avoir terminé ses études de théologie à Négapatam, il fut ordonné prêtre et, conformément à son désir, envoyé au Marava, dans le district de Ramnad. Le choléra s'étant déclaré parmi ses chrétiens, il passa de huit à dix jours au milieu des morts et des mourants, et ne consentit à prendre un peu de repos qu'après s'être assuré que tous avaient reçu les secours de la Religion. Il fut lui-même atteint du fléau. Sentant sa fin approcher, il prit la main du P. Laroche qui l'assistait, la porta à ses lèvres et lui dit : « Ecrivez à ma chère famille ; dites à mon père et à ma mère combien je leur suis reconnaissant de la permission qu'ils m'ont donnée d'entrer dans la Compagnie de Jésus. » Peu après, une dernière crise survint, et le bon Père, muni des derniers Sacrements qu'il reçut en pleine connaissance, la joie dans l'âme, rendit son dernier soupir, le 27 octobre 1853.

P. Prosp. Bertrand. — Sur le même champ de bataille, tombèrent, peu après le P. Galtier, les PP. Bertrand, Hugla et Combe.

Le P. Prosper Bertrand, né en Franche-Comté, était prêtre et prédicateur distingué avant d'être Religieux. Epris de l'humilité de la Croix, il sollicita son admission, d'abord dans la Compagnie de Jésus, puis dans la mission du Maduré, 011 il fut envoyé en 1844. « Se faire tout à tous » fut sa maxime. Il fut huit ans chargé du district de Dindigul, et du soin de 8,000 chrétiens. Les visiter les uns après les autres, les instruire et les préparer aux sacrements, était pour son zèle une véritable jouissance. Mais le Sauveur, qui lui

avait donné l'amour de sa Croix, voulut qu'il en savourât les salutaires amertumes. Elles lui vinrent, en abondance, des mille vexations que lui causèrent les partisans du schisme et de l'hérésie, des ingratitudes et des mutineries qu'il rencontra souvent, même chez les chrétiens. Au milieu des contrariétés sa douceur et sa patience ne se démentirent jamais. Ses supérieurs, le sachant épuisé de fatigue, le rappelèrent àTrichinopoly pour s'y reposer. Son repos ne fut pas long. Monseigneur, à son retour d'Europe, lui confia le Marava et les pouvoirs de supérieur dans ce district. C'était l'époque des grandes luttes. L'humble religieux partit aussitôt. Il ne revint à Trichinopoly que pour s'y préparer, en prononçant ses derniers vœux, le 2 février 1854, à consommer son sacrifice. De retour dans sa chère mission, il fut atteint d'une fièvre bilieuse qui le mina de plus en plus, en dépit des remèdes. Le malade envisagea la mort sans crainte, demanda luimême les derniers sacrements, consola les nombreux chrétiens qui pleuraient autour de lui; et, mettant sa confiance dans les Saints Cœurs de Jésus et de Marie, il expira doucement, le 22 mars 1854.

P. Vinc. Hugla. — Le P. Vincent Hugla avait assisté à cette mort édifiante. Il avait aussi accompagné le P. Bertrand dans son dernier voyage à Trichinopoly, et avec lui il s'était uni à Dieu par les derniers engagements. C'était une autre victime ornée pour le sacrifice. Vers la fin de juin 1854, le choléra se déclare parmi les chrétiens de Cliour. Il vole à leur secours, les administre tous, excepté un seul qu'il confie au P. Combe, et court lui-même assister un

confrère malade, le P. Ferdinand Cortez, que la Mission est heureuse de posséder encore.

Vers le milieu de juillet le Père se trouvait à Calladitidel, et se livrait aux épanchements de la charité fraternelle dans la compagnie des PP. Combe et Laroche. Le choléra avait disparu ; le Père était alors en bonne santé. Tout à coup, sans cause apparente, il est saisi de cette maladie traîtresse, qui souvent poursuit son œuvre de mort alors qu'on la croit éloignée. Attaqué le 25 juillet, le P. Hugla mourait le 27, dans les bras du P. Laroche.

P. J. Combe. — Le P. Jean Combe, accouru à la première nouvelle de la maladie, n'arriva que lorsque le P. Laroche venait de terminer les funérailles. Luimême n'avait que quelques jours à vivre. Il est probable qu'une mauvaise eau qu'on lui servit, fut pour lui la cause d'un dérangement d'entrailles, bientôt accompagné des symptômes du choléra. Cependant le Père était admirablement constitué ; même au Maduré il n'avait jamais été malade, et il était dans la Mission depuis douze ans. Des remèdes pris à temps, les soins d'un médecin habile, tout paraissait concourir pour écarter un nouveau malheur. Le Père, en effet, semblait rétabli, quand, tout à coup, le mal se compliqua et prit un nouveau caractère, celui de la fièvre typhoïde. Le 8 août, le bon Père passait à une meilleure vie. C'était un religieux d'une obéissance parfaite, d'une patience qui lui aplanissait toutes les difficultés, d'un entrain et d'une confiance qui ranimaient les courages, d'un dévouement qui le rendait toujours prêt à se charger lui-même pour décharger ses Frères.

P. Ch. du Ranquet. — La dernière victime de cette année 1854 fut le P. Charles du Ranquet, venu au Maduré en 1S45, pour y remplacer son digne frère, mort deux ans auparavant. Après avoir fait à Négapatam ses préparatifs et son apprentissage de la vie de missionnaire, il fut employé successivement dans le Marava, sur la côte de la Pêcherie, à Dindigul, et encore sur la côte. Religieux d'une modestie angélique, d'un abord attrayant, au cœur pur et bon, il avait cette foi simple, cette piété naïve qui unit sans effort l'âme à son Dieu, et transporte en quelque sorte le Ciel sur la terre. Il se dépensait sans réserve au service du bon Maître, lorsqu'une dysenterie violente l'arracha à ses travaux et l'étendit sur un lit de souffrances. Mais, au milieu de ses peines, il abondait de consolations. Jésus et sa sainte Mère semblaient s'être placés auprès de sa couche, et il leur parlait comme s'il les voyait. On l'entendait s'écrier : « Voici Marie ! je la vois ; ô ma bonne Mère, menez-moi en paradis. » Et puis : «Je vois, Jésus ! ô mon bon Jésus! » Parfois il se plaignait amoureusement à la Mère et au Fils : « Vous ne voulez donc pas terminer mes souffrances; eh bien ! que votre volonté soit faite! » Dans le fort de ses douleurs, « si vives, dit un témoin, que je n'ai encore rien vu de pareil », il entonnait un cantique :

J'irai, la croix en main, jusqu'au bout de la terre, Faire connaître Jésus-Christ.

Ainsi mourut ce saint religieux, bien digne d'appartenir à une famille de saints.

P. A. Richard. — L'année 1855 vit mourir le

P. André Richard, enfant de ce Velay qui a donné tant de sujets à la Compagnie de Jésus et tant de missionnaires au Maduré. Nature douce et tranquille, mais souffreteuse, on peut dire que la douleur fut la compagne de toute sa vie. Il n'avait pas fini son noviciat que les supérieurs le jugèrent mûr pour les missions. De 1845 à 1849, nous le trouvons au collège de Négapatam, à la tête d'une petite division d'enfants indiens. Envoyé ensuite à Maleyadipatty, pour y remplacer le célèbre P. Pierre Perrin, il continua et accrut encore le bien commencé par son prédécesseur. Les enfants surtout furent l'objet de ses soins. C'étaient eux surtout qu'il recherchait dans ses visites des villages, qu'il aimait à réunir chaque dimanche dans son cheflieu, au nombre de deux et même de trois cents, pour leur enseigner lui-même la doctrine chrétienne, et les préparer de loin à leur première Communion. Quand l'obéissance le rappela de Maleyadipatty pour l'envoyer à Tanjaour : « Ah! dit-il, mon district devenait comme un parterre émaillé de fleurs ; et il me faut le quitter pour aller dans une ville toute païenne. Eh bien ! que la volonté de Dieu s'accomplisse ! » Il ne devait occuper qu'un an son nouveau poste. Une maladie, dont il avait senti les premières atteintes à Maleyadipatty, le mit bientôt hors de combat et lui fit endurer les douleurs les plus aiguës. Mais il était accoutumé à la patience, et il s'estimait heureux d'avoir quelque chose à offrir à Dieu pour ses chers chrétiens. Il mourut le 9 février, assisté par le P. Gallo.

P. J. Billas. — Treize mois après, c'était le tour du P. Jules Billas, natif de Toulouse. Les récits des luttes

que les apôtres du Maduré soutenaient contre le paganisme, le schisme et l'hérésie, enflammèrent son zèle. Il demanda et obtint de faire partie d'une cohorte de huit missionnaires que l'année 1849 envoya dans cette Mission. Le Marava, Trichinopoly, et le vaste district de Camanayakenpatty, entre Maduré et Palamcottah, furent tour à tour évangélisés par le jeune apôtre. Ses courses apostoliques l'amenèrent au milieu des chrétiens de Viravanellour ; c'était le dimanche des Rameaux, en 1856. Après une matinée employée à célébrer les saints Mystères et à entendre les confessions, il était rentré dans sa pauvre chaumière pour y prendre sa réfection, un peu de riz et de lait caillé. A peine a-t-il fini ce léger repas qu'il se sent saisi de douleurs d'entrailles. Il appelle à son secours le P. Verdier, qui se trouvait à cinq lieues de distance; et, en attendant, il cherche dans la prière un remède à ses douleurs.

Le P. Verdier, en arrivant, trouve le malade immobile, comme paralysé, qui ne peut que lui sourire et le remercier. Il se confesse et reçoit l'Extrême- Onction. Le soir même de ce jour, 17 mars, le P. Jules Billas rendit son âme à Dieu.

Clémente durant l'année 1857, la mort fit quatre nouvelles victimes l'année suivante.

P. CL Compain. — Le P. Claude Compain fut frappé le premier. Élève au Petit-Séminaire de Monistrol, dans la Haute-Loire, il fit la connaissance du P. Maxime de Bussy pendant une retraite, et, suivant le conseil de ce vénéré Père, il entra dans la Compagnie, en 1846. Deux ans après, il avait le bonheur de

faire ses premiers vœux à Vais, entre les mains du Général de la Compagnie, le T. R. P. Roothaan. A peine ordonné prêtre, il partit pour le Maduré, vers la fin de 1854, et fut destiné au Marava. Trois ans durant, il administra les chrétiens de Couttelour. Dans le but de rendre service à un de ses Frères, il s'était rendu à Sousseiperpatnam, pour y célébrer la grande fête deSt Joseph, dont cette chrétienté porte le nom. Il entendit de nombreuses confessions ; il prêcha avec une ardeur extraordinaire ; et, la fête terminée, il voulut s'en revenir à son poste. Sur la route, un vertige le prend ; il tombe de cheval. Revenu à lui, il retourne sur ses pas, et se traîne, aidé de quelques chrétiens, jusqu'à Sousseiperpatnam, reçoit les derniers sacrements, et, le soir du 20 mars, rend son âme à Dieu, tandis que le P. De Lorde et le P. Pierre Perrin priaient à ses côtés.

P. Pierre Perrin. — Le P. Perrin ne lui survécut que cinq mois. Nous avons vu à l'œuvre cet incomparable missionnaire. L'amour de Dieu et des âmes, un oubli complet de lui-même, une soif inaltérable de dévouement, de croix et d'obéissance; une certaine ardeur guerrière et toujours joyeuse qu'il savait répandre autour de lui, voilà ce qui caractérisait le P. Perrin. Il trouvait ses délices à se dépenser, à se sacrifier, à souffrir. C'est parce que la mission du Maduré ouvrait devant ses yeux la perspective de l'immolation et de la souffrance, qu'il la demanda avec instance. Sur le point de s'embarquer, il reçut de Rome un grand crucifix que lui envoyait son Père Général. Il le baise avec transport. « Ce que j'aime dans cette

croix, dit-il, c'est qu'elle est grande ; c'est qu'elle est lourde; c'est qu'elle me vient de par la sainte obéissance. » Jésus, pour lui, c'étaient ses Supérieurs, ses Frères ; c'étaient les âmes rachetées du Sang divin. De là cette soif d'obéissance, de dévouement et de zèle qui semblait le tourmenter. Toute sa vie fut invariablement réglée sur ce principe : « A mes Supérieurs il appartient d'organiser, de diriger, d'ordonner; à moi, d'obéir. » L'obéissance était pour lui « cette sagesse qui perd les âmes en Dieu ». Le dévouement surtout avait pour lui des charmes indicibles. En quelque lieu qu'on l'envoyât, quelque mission qu'on lui confiât, il n'en envisageait jamais les intérêts matériels. Mais ce que ce lieu ou cette mission pouvait lui rapporter de travaux, de peines, de sacrifices, voilà ce qu'il aimait à calculer; et mieux il était partagé de ce côté, plus il s'estimait heureux. Un tel soldat devait mourir les armes à la main. C'est, en effet, du milieu des combats qu'il soutenait pour sa cause, que Dieu appela à lui son serviteur. Il mourut à Shivaguinga, entre les bras du P. Favreux, le 19 août 1858, dans la 5ime année de son âge, après 18 ans d'apostolat.

PP. Léop. Bausoit et E. de Mont. — Au mois de décembre de la même année, moururent les PP. Léopold Bausoit et Eugène de Mont. Le P. Bausoit fut une des conquêtes que Mgr Canoz fit pour sa chère Mission, lors de son premier voyage en Europe. Il était belge de naissance. Pendant cinq ans il se dévoua pour le bien des soldats chrétiens de Trichinopoly, et de cette classe de personnes qui sont de sang moitié indien, moitié européen. Le P. Bausoit était un homme

NECROLOGE.

d'un zèle et d'une constance à toute épreuve. Il mourut le jour où l'Eglise célèbre la fête de saint François- Xavier.

Le P. de Mont, né à Toulouse, vécut moins de deux ans au Maduré. Il prêchait les stations du jubilé aux chrétiens delà côte de la Pêcherie, lorsqu'il fut saisi du choléra. Le missionnaire de Tuticorin, malade lui-même, ne put venir à son secours. Le bon Père appela à son aide Jésus et Marie, dont il baisait amoureusement les saintes images. Que pouvait-il craindre ? On allait célébrer la fête de Noël ; quel bonheur pour lui s'il pouvait naître au Ciel le jour où le Fils de Dieu a bien voulu naître sur la terre! Il mourut en effet le 25 décembre 1858.

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