‹ Le MaduréChapitre 121 sur 172 · ORPHELINATS · texte numérisé non relu

ORPHELINATS

il les amène à notre orphelinat qui est le complément de l'œuvre. »

Le P. Sales parle à peu près de la même manière.

<£ Je me suis improvisé médecin. On m'apporte de toute part des malades, me priant de les guérir. Avec l'aide de Dieu, je m'en tire à merveille. J'administre sans inquiétude une pilule de sucre, une friction d'eau de Cologne et autres médecines innocentes. Quand je rencontre des cas mieux connus, je donne des remèdes plus efficaces, et je fais de belles cures qui soutiennent mon crédit. Lorsque le mal me paraît grave, je prends mon flacon d'eau bénite, et j'accomplis la grande opération, sans que personne s'en doute. J'ai baptisé ainsi, depuis un mois, une trentaine d'enfants, dont la plupart sont déjà au ciel, et les autres les suivront probablement. »

En 1856, le P. Frédéric Rapatel fonda l'orphelinat de Dindigul, sorte de ferme-modèle, où une partie des orphelins recueillis à Trichinopoly, étaient transférés lorsqu'ils avaient atteint les années de l'adolescence. Pendant plus de trente ans l'établissement de Dindigul entretint une centaine de garçons, employés, pour la plupart, aux travaux de l'agriculture. En quittant cet asile ils étaient en état de gagner leur vie. Tel chrétien qui fait aujourd'hui un vaste commerce à Dindigul, est un ancien orphelin.

Deux ans auparavant, le 15 janvier, en la fête du Très Saint Nom de Jésus, le P. Jean Bossan jetait les fondements d'une œuvre qui devait être une des plus belles créations de la Mission : l'orphelinat d'Adeikalabouram, où des milliers d'enfants de païens,

achetés par l'obole des enfants chrétiens de France, rachetés ensuite par le Sang de Jésus-Christ, ont grandi dans la foi et la piété, sont devenus chefs d'autant de familles chrétiennes; tandis que d'autres, non moins nombreux, sont allés peupler le royaume des élus. Mais laissons le petit grain mourir en terre; nous le retrouverons quand il sera devenu un grand arbre.

Outre les fruits obtenus au moyen des hôpitaux et des orphelinats, chaque missionnaire fournissait tous les ans son contingent d'adultes convertis du paganisme. Quelques-unes de ces conversions furent accompagnées de circonstances qui méritent d'être signalées. Ecoutons le P. Victor du Ranquet.

«J'ai près de moi quelques païens que je prépare au baptême ; ils m'arrivent d'une singulière façon. J'employais un maçon dont j'aurais voulu récompenser les services par quelque chose de mieux qu'un pauvre salaire ; mais mes avis ne firent qu'augmenter son obstination dans l'idolâtrie. Son jeune frère, plus docile à la grâce, reçut le baptême ; l'aîné se fit son persécuteur. Or, ces jours derniers, ce pauvre entêté travaillait à une maison du village. Une brave veuve, en passant, lui murmure ces paroles : « Maçon, tu perds ton âme.» Le lendemain, le jour suivant, elle revient à la charge et lui répète son refrain. Il est touché de la grâce. Cette bonne femme me l'amène. Je l'instruis ; je le baptise ; et voilà qu'aujourd'hui treize païens de sa famille, de la caste des vellages, demandent le baptême. J'instruis et prépare les hommes ; la bonne veuve se charge des personnes de son sexe. »

Le même Père raconte encore le trait suivant : « Un

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païen, à la poursuite d'un emploi lucratif, faisait force vœux et sacrifices à ses idoles sans rien obtenir. Il s'en plaignit à la veuve dont nous venons de parler. « Quoi d'étonnant ! dit celle-ci : tu parles à des sourds. Veux-tu réussir? fais dire une messe pour l'âme la plus abandonnée du Purgatoire. » Le païen ne comprend pas. La veuve donne des explications ; peine inutile. Elle s'interrompt tout à coup : « Au reste, que tu comprennes ou non, peu importe ; fais dire une messe, et tu verras. »Le païen donne la modique somme ; c'était si peu en comparaison de ce que lui avaient coûté ses idoles. A peine rentré chez lui, on lui apporte sa nomination à l'emploi qu'il avait tant désiré. » Qui n'admirerait la foi de cette femme et le moyen employé par la Providence pour éclairer ce pauvre infidèle !

Un païen de haute caste, très instruit et très orgueilleux, n'avait étudié la religion chrétienne que pour la tourner en ridicule. Il plut à Dieu de faire éclater sur lui sa miséricorde. Il eut, durant son sommeil, des visions extraordinaires. Tantôt il se voyait transporté dans un lieu d'immense tristesse, où il lui semblait qu'il souffrait d'inexprimables tortures; tantôt c'étaient des délices également ineffables qu'il goûtait en compagnie d'une multitude de bienheureux. Impossible à lui de se soustraire à ces apparitions; elles le poursuivirent deux années entières. Il en conclut que c'était un avertissement du Ciel. Il se remit à l'étude de la vraie religion et commença à prier le Dieu qu'il avait jusqu'alors blasphémé. Les protestants lui firent des offres pour l'attirer à leur secte; il les repoussa avec mépris. On le conduisit chez un prêtre schisma-

tique; une sorte d'instinct lui fit comprendre qu'il devait chercher ailleurs le salut. La Providence lui amena un de nos missionnaires ; il lui ouvrit son cœur. Le Père acheva de l'instruire et lui conféra le baptême. Le néophyte ne savait comment témoigner son bonheur et sa reconnaissance. Il avait d'abord résolu de parcourir le pays, pour faire des quêtes dont le produit serait affecté à la construction d'une belle église dans son village; mais il se rangea avec une docilité parfaite à l'avis de Mgr Canoz, qui lui fit remarquer, qu'il ferait une œuvre beaucoup plus agréable à Dieu s'il employait son influence et ses talents à la conversion des païens ses compatriotes. Il convertit d'abord sa mère qui était très âgée, et, grâce à son zèle et à ses prédications que Dieu bénit de plus en plus, un nombre considérable d'infidèles reçurent le sacrement de la régénération.

Les missionnaires firent aussi quelques conquêtes sur le protestantisme.

A l'occasion de la visite de Mgr Canoz dans le district de Pattoucottey, un gros village de Paliers, dont les anglicans ou luthériens de Tanjaour s'étaient, quelques années auparavant, rendus maîtres, rentra tout entier dans le bercail du vrai pasteur.

Il en fut de même de plusieurs villages de Sanars dans les environs de Shivaguinga. Le fait mérite d'être raconté avec quelques détails.

Quelques ministres d'une certaine secte de provenance américaine, dont nous parlerons ailleurs, avaient réussi à s'établir au sein d'une population partie païenne et partie chrétienne. Querelles, procès, prêts d'argent

CONVERSIONS

à des taux fabuleux (Rengagements écrits, ils n'avaient rien omis de ce qui pouvait contribuer à les rendre maîtres des villages et de leurs habitants ; ils avaient même gagné à leur parti le premier ministre du roi de Shivaguinga. Bien des catholiques, poussés par la misère, avaient consenti à fréquenter les conciliabules protestants. Un missionnaire entreprit de les ramener au bercail. Après avoir recommandé cette affaire à Notre-Dame des Sept-Douleurs et au Bx de Britto, il entra en campagne. Dès qu'il parut sur les lieux, les défections commencèrent parmi les adhérents de l'hérésie. Les ministres eurent alors recours à leurs moyens ordinaires : les chrétiens revenus à la vraie foi furent maltraités, traînés devant les tribunaux ; l'église que la Mission élevait alors à Shivaguinga, fut assaillie et presque détruite. Le missionnaire ne se déconcerta point. Sur sa requête, le magistrat anglais fit publier dans tous les villages, au son du tambour, que chacun était libre de suivre sa religion, et que quiconque s'aviserait d'entraver cette liberté serait sévèrement puni. C'en fut assez : plus de deux cents familles se donnèrent au missionnaire catholique. Les ministres (ils étaient cinq) tentèrent encore un effort pour sauver les débris de leur parti. Ils ne sauvèrent rien. Eux-mêmes détruisirent leurs écoles et leurs temples, en vendirent les matériaux à vil prix, et disparurent. Marie et son serviteur Jean de Britto avaient gagné cette victoire. Le lecteur se rappelle le triste état des chrétientés

i. Les taux, dit la relation que nous avons sous les yeux, étaient de trente pour cent ! Les protestants du sud de l'Inde se sont rendus célèbres par leursN prêts d'argent à intérêts exorbitants. Voir le Chapitre 111 delà troisième Partie.

du Maduré à l'arrivée des premiers missionnaires. Grâces à Dieu, leur condition s'était bien améliorée. Déjà en 1849, un missionnaire faisait des chrétiens de Trichinopoly le portrait que voici :

« Je ne puis exprimer la surprise et la joie que j'éprouve, à la vue des progrès merveilleux de cette chrétienté dans la piété et la ferveur. Un grand nombre de fidèles assistent tous les jours au saint Sacrifice. Le dimanche, l'église, qui contient de deux à trois mille personnes, se remplit deux fois pour les deux messes paroissiales. Après midi, quatre ou cinq cents enfants assistent au catéchisme, qui est suivi de la bénédiction du Saint-Sacrement. Pendant le carême, l'église se remplit tous les vendredis pour le Chemin de la Croix, qui dure au moins une heure et demie, et se fait avec une piété touchante, souvent au milieu des larmes et des sanglots. La dévotion au Sacré Cœur de Jésus, les confréries du Scapulaire et du Rosaire, et l'archiconfrérie du Cœur Immaculé de Marie, sont la source et l'aliment de cette ferveur. Nos chrétiens ne s'en tiennent pas à quelques pratiques de piété ; les commandements de Dieu et de l'Eglise sont observés par eux avec une rigueur qui tend même à dépasser la limite.»

A Maduré l'amélioration avait été plus lente ; elle avait été réelle néanmoins. Parlant de cette chrétienté, un Père écrivait en 1856 : « La foi et la piété se sont ranimées dans les âmes. La confrérie du Sacré-Cœur a été instituée et accueillie avec empressement ; les confessions sont devenues plus fréquentes ; la communion du premier vendredi du mois est en usage ; des familles schismatiques nous ont consolés par leur

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