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L INDE SOUS UN VICE-ROI

dans un Durbar ou grande assemblée des princes indiens, tenue à Allahabad, sous la présidence de Lord Canning, qui le premier exerça les fonctions de viceroi. Lecture fut donnée d'une proclamation de la reine Victoria. Sa Majesté déclarait qu'elle prenait sous sa protection également tous ses sujets, sans distinction de races, de castes ou de croyances, et enjoignait à tous ceux qui tenaient ou tiendraient d'elle n'importe quelle autorité, d'observer, en matière de religion, une neutralité parfaite. C'est par cette dernière clause surtout que la proclamation royale est importante pour les Missions catholiques. Le principe de neutralité religieuse a reçu une force nouvelle, non sans d'heureux résultats. L'esprit public naturellement s'est mis à l'unisson avec celui du gouvernement. Le ton des journaux et des revues à l'endroit des choses catholiques, s'il n'est pas devenu bienveillant, a cessé d'être hostile (I). Si d'être membre de l'Eglise catholique et romaine n'est pas encore une recommandation pour obtenir un emploi, ce n'est plus un obstacle. Ce qui eut été impossible avant 1858, savoir, un pair catholique et un converti, occupant le poste élevé de vice-roi des Indes, s'est vu depuis, et a rencontré l'approbation générale. En somme, les assurances de protection universelle, données au début du régime sous lequel l'Inde est aujourd'hui placée, n'ont pas été lettre morte; elles offrent au missionnaire catholique, qui serait lésé dans ses droits, une base sur laquelle il pourra toujours s'appuyer pour obtenir justice.

1. Nous exceptons les journaux et les revues dont le but avoué est la défense et la propagation du protestantisme.

Vers la fin de cette même année 1858, Mgr Canoz fut chargé par le Saint-Père d'une mission aussi inattendue qu'elle était honorable pour lui.

Mgr Hartmann, de l'ordre des Capucins, Vicaire Apostolique de Bombay, était, depuis plusieurs années, en instance auprès du Saint-Siège et du Général des Jésuites, en vue d'obtenir pour son Vicariat, et particulièrement pour la fondation à Bombay d'un grand collège catholique, le secours des Pères de la Compagnie. Le pape s'était montré favorable à cette demande, et Mgr Canoz, informé du désir de Sa Sainteté, avait, en 1853, envoyé à Bombay le P. Antoine Pereira pour traiter avec Mgr Hartmann de cette grave question. Divers plans furent essayés, mais n'aboutirent point. Finalement, un décret de la Propagande (13 août 1858) assigna la mission de Bombay aux PP. Jésuites. Mgr Hartmann, aux instances duquel ce dénouement doit être attribué, ayant cru devoir se démettre de sa charge de Vicaire Apostolique, Pie IX nomma Mgr Canoz administrateur provisoire du Vicariat de Bombay.

Cette nomination, qui montrait bien en quelle haute estime Mgr Canoz était tenu auprès du Saint-Siège, n'en imposait pas moins à Sa Grandeur un bien pénible sacrifice. L'évêque allait se séparer de sa chère Mission et de ses bien-aimés collaborateurs, et personne ne pouvait dire combien de temps durerait cette séparation. Rome parlait bien d'une administration provisoire ; mais « qu'en sera-t-il de ce provisoire ? se demandait MgrCanoz. Rome a souvent des provisoires qui sont bien longs, et ce qui me reste de vie est un

MGR CANOZ A BOMBAY.

provisoire qui peut être bien court. Que le bon Dieu ait pitié de nous ; je m'abandonne à sa providence. »

A la douleur de se séparer de ses Frères, s'ajoutait, comme surcroît de peine, l'état de pénurie et de souffrance où l'évêque laissait son vicariat. Depuis 1852, la Mission n'avait reçu que cinq nouveaux Pères, et depuis cette même année, la mort lui avait enlevé douze ouvriers déjà formés pour le saint ministère. Deux autres avaient dû rentrer en France pour rétablir leur santé. De plus, le P. Charles Laroche, l'un des missionnaires qui s'étaient le plus signalés dans les grandes luttes du Marava, avait été cédé à Bourbon pour l'apostolat des Indiens, et le P. Saint-Cyr venait d'y être envoyé, à titre de Visiteur, par le T. R. P. Général. Le cadre des missionnaires du Maduré était donc loin d'être complet. En écrivant ces détails au R. P. Provincial de Toulouse, Mgr Canoz s'écriait : « Mon Révérend Père, vous sentez tout ce qu'il y a d'amertume et de douleur dans les adieux que je vais faire à mes Frères, et vous me permettrez de vous adresser, en leur faveur, les paroles que le divin Maître adressait à son Père : « Pater, serva eos... quos dedisti mihi. »

De plus, la mission dont le Saint-Siège chargeait Mgr Canoz n'avait certes rien d'attrayant. Au Maduré, il se trouvait en pays connu ; il était au milieu de ses Frères ; il avait conquis une paix relative. A Bombay, à part un ami dont nous parlerons bientôt, il ne connaissait personne. Il savait seulement qu'il y avait là aussi des chrétiens et des prêtres schismatiques obstinés, violents ; qu'ils avaient abreuvé Mgr Hartmann

Le Maduré. — I.

d'avanies et de chagrins. Mais le Vicaire de Jésus- Christ avait parlé ; Mgr Canoz mit sa confiance en Dieu, nomma le P. Bruni (*) Supérieur de la Mission durant son absence, et, accompagné du P. Pierre Mecatti et d'un F. Coadjuteur, prit la mer à Négapatam. Après une longue et pénible traversée, où son bon ange le sauva d'un naufrage imminent, il débarqua à Bombay, le 23 décembre 1858.

Pendant que Mgr Canoz s'acquittait de son mieux de la charge que lui avait méritée la confiance du Souverain Pontife, le Vicaire Apostolique de Pondichéry, Mgr Bonnand, était investi par le Saint-Siège d'une autre mission également importante : celle de visiter les vicariats de l'Inde. Accompagné de M. Laouenan, son secrétaire, plus tard archevêque de Pondichéry, Sa Grandeur parcourut l'île de Ceylan, la côte Malabare, conféra avec Mgr Canoz à Bombay, revit et parcourut le Maduré, où il fut reçu comme un père au milieu de ses enfants. Nous n'avons pas le compte-rendu de cette visite; mais nous savons que la vue des conquêtes faites sur le schisme et du bien opéré parmi les chrétiens, remplit son cœur de joie, qu'il en bénit Dieu et en exprima aux missionnaires ses vives félicitations. Il venait de quitter le Maduré pour se rendre dans le nord, quand la mort vint interrompre ses courses apostoliques (1861).

Dans les premiers mois de l'année précédente, le Maduré avait reçu un puissant renfort d'ouvriers et d'auxiliaires. Le P. Saint-Cyr, après avoir réglé les

1. Le P. André Bruni fut transféré, en 1877, de la Mission du Maduré à celle du Bengale occidental.

M';R steins.

affaires de la mission de Bourbon, s'était rendu à Rome pour rendre compte de son office de Visiteur au nouveau Général de la Compagnie ('). De Rome il était passé en France, d'où il était reparti pour le Maduré. Il était accompagné de six missionnaires qui, ajoutés à quatre autres précédemment envoyés, achevèrent de combler les vides causés par la maladie ou la mort. En outre, le P. Saint-Cyr avait amené avec lui une colonie de sept religieuses de Marie-Réparatrice, principalement destinées à frayer les sentiers de la vie parfaite aux vierges indigènes que Dieu appellerait à cette vie.

Mais la joie ne pouvait être complète tant que le premier pasteur était absent. Un an, deux ans s'étaient écoulés, et pendant ce temps, les lettres qu'on recevait de Mgr Canoz ne parlaient que de son vif désir de revenir au milieu des siens, sans fixer l'époque de son retour. Aussi, grande fut l'allégresse, quand le P. Mecatti, rentrant au Maduré, put annoncer l'arrivée prochaine de Sa Grandeur. A force de patience et de tact, et grâce au concours précieux du R. P. Walter Steins, dont il avait fait son grand vicaire, l'administrateur provisoire de Bombay avait réussi à régler les affaires les plus importantes de ce vicariat. Laissant au P. Steins, devenu bientôt après Mgr Steins, le soin d'achever ce qu'il avait si bien commencé, il reprit le chemin du Maduré, et arriva à Trichinopoly après les fêtes de Pâques. Son absence avait duré deux ans et demi.

i. Le T. R. P. Pierre Beckx, élu le 2 juillet 1853, pour succéder au T. R. P. Jean Roothaan, décédé au mois de mai de cette même armée.

Nous venons de nommer le P. Steins. Il avait d'abord été destiné au Maduré, et le R. P. Maillard, en l'annonçant, disait : «Ce n'est pas un homme que je vous envoie ; c'est une légion. » Cette première destination ne fut pas maintenue ; le P. Steins fut donné à la mission de Bombay. Après avoir puissamment assisté Mgr Canoz dans la tâche difficile que le Saint-Père lui avait imposée, il fut lui-même nommé Vicaire Apostolique de Bombay et de Pouna. Il exerça cette charge jusqu'en 1867, et fut alors transféré à l'archevêché de Calcutta qu'il occupa pendant dix ans. Homme de zèle et de dévouement, excellent administrateur, MgrSteins était encore un linguiste distingué et un théologien émérite. Il fut une des lumières du Concile du Vatican qui l'élut membre de la commission de Fide. Le mauvais état de sa santé l'ayant obligé de se démettre de ses fonctions de Vicaire Apostolique, il se rendit à Rome et se présenta au Pape Léon XIII, peu après le commencement de son glorieux pontificat. « Saint- Père, lui dit-il, voici un pauvre soldat qui est tout confus de se retirer du combat à l'âge où Votre Sainteté prend en main le commandement de la milice de Jésus-Christ. » Mais le Pape consola l'illustre vétéran, lui dit qu'il avait bien mérité de l'Eglise, et fit des vceux pour le prompt rétablissement de sa santé. Aumônier du Sacré-Cœur de Conflans, Mgr Steins ne put se faire aux douceurs de la retraite; dès que ses forces furent un peu rétablies, il s'offrit au Souverain-Pontife pour travailler encore. Léon XIII lui confia la mission de la Nouvelle-Zélande. Il partit aussitôt pour son nouveau vicariat; mais à peine arrivé, il tomba malade.

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