‹ Le MaduréChapitre 83 sur 172 · LES GERMES DE VIE · texte numérisé non relu

LES GERMES DE VIE

leur avaient laissé une organisation puissante et les avaient munies d'excellents préservatifs. A la tête de chaque chrétienté ils avaient établi un catéchiste dont l'office, héréditaire dans une famille, était de veiller sur les chrétiens, de présider à leurs réunions, d'apprendre le catéchisme aux enfants, de baptiser les nouveau-nés et d'entourer de soins les moribonds. Partout où se trouvait un groupe de familles chrétiennes, ils avaient élevé une chapelle, et les fidèles avaient le pieux usage de s'y rassembler pour faire en commun la prière du matin et du soir, entendre une lecture, réciter le rosaire, etc. Un préservatif peut-être encore plus efficace consistait dans les excellents livres que les Pères avaient composés pour leurs néophytes, et dans les formules de prières qu'ils leur avaient enseignées ('). Grâce à ces moyens de préservation, bien des néophytes, nonobstant leur état d'abandonnement, gardèrent leur foi intacte. On dirait que le P. de Nobili et ses successeurs avaient prévu les malheurs qui de-

1. Ces formules ont cela de particulier qu'elles rappellent au chrétien ce qu'il doit croire, en même temps qu'elles expriment ce qu'il doit demander à Dieu. Pour donner un exemple, le pécheur qui fait un acte de contrition, est d'abord mis en présence de Dieu, le Bien suprême et la Bonté infinie, digne par conséquent de tout amour. C'est contre cette Souveraine Majesté qu'il a osé se révolter ; il le confesse ; il en exprime sa vive douleur ; il proteste que c'est son grand, son unique regret ; il promet de ne plus pécher à l'avenir. Mais il se garde bien de compter sur sa faiblesse ; sa confiance est dans le Sang de JÉSUS-Christ dont il prie Dieu de lui appliquer les mérites. Par la vertu de ce Sang il espère que ses péchés lui seront pardonnes et que le Ciel lui sera rendu : cet espoir même est fondé sur les vérités que J ésus-Christ a enseignées à son Eglise, vérités que le pécheur repentant proteste de croire fermement. Les autres prières portent le même cachet ; toutes, en exprimant les sentiments de l'âme, tendent à rappeler et à fixer dans la mémoire les grandes vérités de la foi.

vaient fondre sur leur œuvre. Le résultat de leurs sages précautions fut que le Maduré, malgré les maux inévitables occasionnés par la disette de missionnaires, conserva en abondance des germes de vie, qui devaient fructifier au jour où les missionnaires lui seraient rendus.

Ce jour, les chrétiens du Maduré l'appelaient de tous leurs vœux, et leurs désirs étaient fortement appuyés par les zélés ouvriers de la mission de Pondichéry, trop peu nombreux pour suffire même aux besoins de cette mission. Le nouveau Vicaire Apostolique, Mgr Hébert, évêqued'Halicarnasse, qui avait succédé à Mgr de Tabraca, ne cessait d'appeler du renfort. Il le sollicitait surtout pour le Maduré dont il déplorait le triste abandon, et d'où lui venaient sans cesse des demandes de secours spirituels. Mais d'où pouvait lui venir ce renfort si nécessaire ? La France, patrie des hommes apostoliques, se guérissait lentement des maux que lui avait causés la tourmente révolutionnaire. Les vocations à l'apostolat étaient rares dans le royaume très chrétien, et ses besoins spirituels, immenses. Le Séminaire des Missions Etrangères lui-même, nouvellement rétabli, ne fournissait encore que de rares recrues. Toutes les lettres de demande recevaient la même réponse: « Hominem non habeo ; priez le Maître de la moisson qu'il nous envoie des ouvriers». Enfin, la prière du vénérable Prélat allait être exaucée, quand Dieu le rappela à lui. Mgr Hébert mourut en 1836, après 27 ans d'épiscopat et 47 ans de travaux apostoliques dans l'Inde.

En cette même année, Mgr Hébert eut pour succès-

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