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SUD

L'iNDE AU XIXe SIÈCLE.

ils en tirent bientôt des forteresses puissantes. Par une habile tactique qui consistait, tantôt à prendre part aux petites guerres que les roitelets indiens se faisaient entre eux ; tantôt à se concilier l'amitié de tel ou tel de ces princes et à leur faire épouser leurs propres querelles, les Anglais étendirent de plus en plus leur souveraineté sur la péninsule ; et après deux cents ans de lutte patiente, l'Inde, avec ses 280 millions d'habitants, est devenue le domaine de la Grande- Bretagne.

Nous n'avons pas à apprécier les résultats de cette conquête en ce qui concerne la condition matérielle des peuples conquis. Il suffit de dire que les Indiens n'ont pas à regretter et, en général, ne regrettent pas leurs anciens maîtres. On peut, sans doute, trouver à redire à une politique d'agrandissement qui, de l'aveu des Anglais eux-mêmes, ne fut pas toujours exempte de machiavélisme ; on peut ne pas approuver en tout leur système de gouvernement dont le plus grand tort, croyons-nous, est de faire peser sur le pauvre peuple des impôts fort onéreux, moins onéreux cependant que ceux qu'il devait payer à ses souverains d'autrelois. Mais une chose est certaine : c'est que les guerres qui jadis désolaient la contrée, ont cessé ; l'ordre règne avec la paix. La condition du petit peuple, de la femme, du paria tend à s'améliorer. Le talent a des occasions de se produire ; il peut s'élever aux positions honorables, à la fortune. L'Indien sait apprécier ces avantages. Ce n'est pas qu'il se plaise naturellement sous le joug d'un maitre étranger ; mais il en sent la nécessité. Avec leurs divisions presque infinies

de races, de langues, de castes, de croyances, et partant d'intérêts, les Indiens sont dans l'impossibilité de se gouverner eux-mêmes. Si les Anglais se retiraient, l'anarchie prendrait aussitôt leur place.

Au point de vue religieux, celui qu'il nous importe le plus de considérer, l'Anglais a pris diverses attitudes, selon la diversité des circonstances ou des intérêts de sa politique. Dans les commencements, il ne se fit pas scrupule de favoriser ouvertement le paganisme, parfois de s'associer à ses fêtes. Lorsqu'il vit sa puissance assez affermie, il fit des lois pour interdire certains usages trop manifestement odieux et inhumains, les Suttiesy par exemple ('). En même temps il se déclarait neutre ou indifférent en matière de religion. Depuis la grande insurrection de 1857,1a seule qui ait mis le pouvoir britannique en danger, le gouvernement de la péninsule est passé, des mains du Conseil des Directeurs de la Compagnie des Indes, aux mains d'un secrétaire d'état, duquel dépendent le gouverneur général ou vice-roi des Indes résidant à Calcutta, les gouverneurs de Madras et de Bombay, les lieutenantsgouverneurs du Bengale, des provinces du Nord- Ouest, du Penjab, etc.; et tous, secrétaire d'état et gouverneurs, sont censés exercer leurs fonctions au nom de Sa Majesté, la reine Victoria qui, depuis le

1. On appelait Sutlies le sacrifice ou l'immolation des veuves sur le bûcher qui consumait les restes de leurs maris. Les Sutlies étaient jadis très fréquents et ressemblaient parfois à des hécatombes. Le P. Pierre Martin raconte que le vieux roi Renganadadeven étant mort, ses quarante-sept femmes, couvertes de pierreries et couronnées de fleurs, après avoir tourné plusieurs fois autour de l'immense fosse où brûlait le cadavre du défunt, se précipitèrent dans les flammes.

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