LES MINISTRES PROTESTANTS
Ier janvier 1877, a pris le titre d'Impératrice des Indes. Depuis lors aussi le gouvernement a accentué encore davantage sa volonté de protéger également tous les cultes.
Quels que soient les droits de la vérité à une protection spéciale, les missionnaires catholiques ne sauraient se plaindre d'un gouvernement qui, tout en faisant officiellement profession de protestantisme, accorde à chacun pleine liberté de professer et d'enseigner sa propre religion ; et ils s'estimeraient heureux s'ils n'avaient rencontré dans ce pays qu'un gouvernement protestant. Mais ils ont rencontré le protestantisme lui-même, agissant, entravant leur marche, faisant des ravages dans leur troupeau. Des légions de ministres, appartenant à toutes les sectes de la prétendue Réforme, se sont jetés sur l'Inde comme sur une proie. Avec les ressources immenses dont ils disposent, ils ont élevé, un peu partout, des temples, des écoles, de grands collèges, des hôpitaux, des orphelinats. Ils ont sous leurs ordres une multitude d'officiers subalternes dont ils stimulent l'activité par la perspective de belles récompenses. Ils ont leur influence personnelle, l'appui ou l'amitié de personnages encore plus influents, le prestige de leur nationalité, que sais-je encore ? En somme, le ministre protestant, ou le protestantisme, semant partout son ivraie, toujours attentif à séduire les catholiques, ayant tout ce qui assure le succès, tout, excepté la grâce de Dieu et la vérité, tel est l'ennemi contre lequel le missionnaire catholique aura à lutter partout et toujours.
Cet ennemi, nous tenions à le signaler en commen-
Le Maduré. — I.
çant cette seconde Partie. Il le fallait, sous peine de laisser croire au lecteur que le schisme goanais, avec lequel nous allons montrer nos Pères en lutte presque constante, fut le seul adversaire qu'ils eurent à combattre. La vérité est qu'ils durent tenir tête à la fois au schisme et à l'hérésie ; ce sont deux guerres qu'ils durent mener de front. Chacune de ces guerres aura son récit à part. Dans cette Partie, faisant, autant que possible, abstraction des missions protestantes, nous parlerons surtout des combats que les missionnaires envoyés au Maduré par le Saint-Père, eurent à livrer au schisme dit goanais.
Qu'était-ce que ce schisme ? Nous ne pouvons répondre à cette question sans rappeler d'abord les dispositions que le Saint-Siège crut devoir prendre à l'encontre du Padroado, ou patronage des rois de Portugal, vers l'époque où il confia la mission du Maduré à la Compagnie de Jésus. Quelques éclaircissements sur le Padroado sont aussi indispensables.
Au XVIe siècle, lorsque le Portugal était le royaume le plus entreprenant de l'Europe, gouverné par des rois qui se faisaient une gloire non seulement d'être chrétiens, mais de propager la foi chrétienne partout où ils portaient leurs armes victorieuses, les Souverains Pontifes, en retour de grands services rendus à l'Eglise, accordèrent à ces rois un droit de patronage sur les chrétientés de l'Orient. En vertu de ce droit, aucun évêque ne pouvait être nommé aux sièges existants, aucun nouveau siège ne pouvait être érigé, sans le consentement du roi du Portugal ; c'était à lui de présenter les candidats aux dignités ou bénéfices ecclésias-
LE l'ADROADO.
tiques ; aucun missionnaire ne pouvait se rendre aux Indes qu'avec son autorisation; il devait s'y rendre sur un navire portugais et se reconnaître sujet du Portugal.
De telles concessions étonnent aujourd'hui; c'est que nous en voyons bien plus les fâcheuses conséquences que les avantages ; c'est aussi que les temps ne sont plus les mêmes. A l'époque où elles furent accordées, un nouveau monde venait d'être découvert, habité par des peuples que l'Eglise avait reçus en héritage, mais qui n'avaient même pas entendu parler d'elle. Entre toutes les nations catholiques, le Portugal s'était signalé par son zèle à propager la foi. Les papes, pour lui témoigner leur reconnaissance, lui accordèrent une sorte de droit exclusif sur les missions du Levant. Mais ce droit imposait des devoirs. Les rois de Portugal assumaient l'obligation de protéger la religion et de travailler à l'étendre ; ils s'engageaient à pourvoir les nouvelles églises des revenus nécessaires pour l'entretien des évêques, de leurs chapitres, de leurs séminaires ; à présenter des candidats dignes d'occuper les sièges vacants, etc.
Le Portugal sut-il faire face à ces engagements ? Non. Il fonda, il est vrai, divers sièges. Celui de Goa, érigé en 1534, devint siège métropolitain en 1557, et reçut pour suffragants, d'abord les évêchés de Cochin et de Malacca, établis, l'un en 1557, l'autre en 1558 ; puis ceux de Cranganore et de Maïlapour qui datent, le premier de l'an 1600, le second de l'an 1606. Mais, à l'exception de l'église métropolitaine, ces églises ne reçurent aucune dotation pour l'entretien d'un chapitre et d'un séminaire. Même les fonds nécessaires pour la