‹ le magan d'antiquitesChapitre 8 sur 28 · LS MAGASIN lyAMTIQtTlTËS · texte numérisé non relu

LS MAGASIN lyAMTIQtTlTËS

— Moa désespoir! réjdiqua la femms, mais c'est yoqs qi^ en êtes l'auteur. Rendez-moi mon fils , afin qu'il puisse trayailler pour ses enfants sans proteeteur. Soyez équitable, md&sieur, et, pour i'amour au ciel ^ de môme que yovs ayei eu pitié de œt enfant, rendez-moi mon fils I y

Nelly en avait assez tu et enteoidii peur comprendre que oe n'était pas là qu'il fallait demander l'aumône. Elle tira doucement le TieiUard hors de la porte, et ils ooBtinii^Mit leur voyage.

Perdant de pltls en plus l'espéranee ou la force, à mesure qu'ils marchaient, mais gardant tout entière sa fetme résolution de ne témoigner par aucune parole, par aucun regardson état de soui&anee aussi longtemps qu'elle conserverait asse2 d'éner^ gie pour se mouvoir , Nelly , à travers le reste de ce jour cruel, se contraignit à mareher. Elle ne s'arrêtait mêtne plus {)Ottr se reposer aussi fréquemment qu'auparavant, car eUe voulait compenser jusqu'à un certain point la lenteur obligée de son pas.

Le soir s'avançait, mais la nuit n'était point encore deso^ii^e quand, passant toujours au milieu des mÔmeS objets r^oussants, ils arrivèrent à une viHe populeuse.

Faibles, abattus comme ils l'étaient, les rues de cette ville leur parurent insupportables. Après avoir humblement imploré du secours à un petit nombre de portes et s'être vus repoussés, ils se décidèrent à sortir de ce lieu le plus tôt possible , et à essayer si les habitants de quelque m^son isolée auraient plus de compassion pour leur état d'épuisement.

De se traînaient le long de la dernière rue, et l'enfant sentait que le tempe approchait où ses ressorts affaiblis ne pourraient plus la sout^ir. £n ce moment, apparut devant eux un voyageur à pied suivant la même direction* Il portait sur son dos w valise c^ta^ée avee une courroie, s'appi^alt mur un gros bâton et lisait dans«un livre qu'il tenait de Tautre Biain«

Ce n'était pas chose aisée que de le rejoindre et de lui demander assistance, car il marchait rapidement, et il était à quelque distance en avant. Enfin, il s'arrêta pour lire avec plus d'attention un passage de son livre.

Animée d'un rayon d'espérance , l'enfant se mit à eourir avec son grand-père, et étant arrivée près de l'étranger sua avoir éveillé son attention par le l^uit do ses pas « eUe commença à solliciter son assistance P r auelques motsproBoncés

LE MAOASm D'ANTIQUITES. $1

n tontfta la tète ; l'^ibnt j oignit les mains , poussa on cri i»erfaiit et tomba saas eoanaissaxiGe aux pieds de rétraager*

CHAPITKE IX.

C'était le pamTra maître d'école; oui, le pauyre maître d'ëcok eu personne. A peine moins émm et moins surpris par la Yua de l'enifant que eellë-ei n'avait éprouvé de surprise et d'émotion ^n le reconnaissant I il garda un moment le silence, confondu par eette apparition inattendue, sans trouver même la présence d'esprit nécessaire pour relever Nelly étendue à terre.

Mais revenant bientôt à lui-môme , il jeta livre et bâton ; et s'agenouillant auprès de l'enfant, il essaya ^veo les simples moyens qu'il pouvait avoir en son pouvoir de lui rendre l'usage de ses sens, tandis que le grand-père, debout devant lui et incapable d'agir, se tordait les mains et suppliait sa petite-fille avec toutes les expressions de la plus vive tendresse de lui parler, ne fût-ce que pour lui dire un mot.

t Elle est presque épuisée de fatigue, dit le maître d'école, en examinant le visage de Nelly. Tous avez trop présumé de ses forces, mon ami.

— Elle se meurt de besoin 1 répondit le vieillard. Jusqu'à ce moment je ne me doutais pas qu'elle fût si faible et si malade.»

Le maître d'école , jetant sur lui un regard moitié de reproohe, moitié de compassion ,. prit l'enfant dans ses bras; puis invitant le vieillard à ramasser le petit panier et à le suivre, il emporta Nelly de son pas le plus rapide. ^

Il y avait en vue une modeste auberge, vers laquelle, selon toute) apparence, l'instituteur se dirigeait quand il avait été surpris d'une manière si inattendue. Ce fut de ce côté qu'il courut aveb son fardeau inerte ; il entra à la bâte dans la uuîsine , et invo-' quant pour l'amour de Dieu l'assistance des gens qui se troii^ vaient là , il déposa Nelly sur une cbaise devant le feu.

La compagnie , qui s'était levée en désordre à l'approcbe du maître d'école, fit ce qu'on a Tbabitude de faire en pareille cir- Gonstance. Gbacun ou chacune indiquait son remède , que per-

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sonne n'apportait ; chacun criait qu'il fallait donner plus d'air, et en môme temps on avait soin de raréfier Tair qu'il y avait dans la salle en formant un cercle pressé autour de l'objet de cette sympathie , et tous s'étonnaient que personne n'eût fait ce que nul d'entre eux n'avait l'idée de faire. '*

Cependant l'hôtesse , plus alerte, plus active qu'aucun des as- 'sistants , et qui avait compris aussi plus vite les causes de l'accident , ne tarda pas à revenir avec un peu d'eau chaude mêlée d'eau-de-vie. Elle était suivie de sa servante qui portait du vinaigre , de la corne de cerf , des sels odorants et autres ingrédients propres à restaurer les forces. Ces secours, administrés à 'iropos, mirent l'enfant en état de remercier d'une voix faible et Ib tendre sa main au pauvre maître d'école , qui se tenait tout f rès d'elle , l'anxiété peinte dans tous ses traits. Sans laisser Nelly prononcer un mot de plus ou remuer seulement un doigt, 1^ femmes aussitôt la portèrent au lit; puis après l'avoir chau- «iement couverte, après lui avoir bassiné les pieds qu'elles enveloppèrent de flanelle, elles dépéchèrent un exprès chez le docleur.

Le docteur, gentleman au nez rubicond, porteur d'un gros '^quet de breloques qui dansaient au-dessous de son gilet de ^tin noir à côtes, arriva en toute hâte, s'assit près du lit où était la pauvre Nelly, tira sa montre et tâta le pouls de la ma^ lade. Puis il regarda sa langue , tâta de nouveau son pouls , et après toutes ces formalités il jeta un coup d'œil comme au hasard sur le verre à moitié vidé.

c Je lui donnerais dé temps en temps, dit-il enfin, une cuiller ie d'eau-de-vie chaude mêlée avec de l'eau.

— Eh bien, c'est justement ce que nous avoAs fait, monsieur! dit l'hôtesse enchantée.

— Je voudrais aussi , dit d'un ton d'oracle le docteur, qui . en montant l'escalier avait frôlé la bassinoire, je voudrais aussi qu'on lui fît prendre un bain de pieds , qu'ensuite on les lui enveloppât de flanelle. Je lui donnerais encore , ajouta-t-il avec une solennité croissante, quelque chose de léger pour son souper, une aile de poulet rôti, par exemple.

— Eh bien ! monsieur, s'écria l'hôtesse , voilà qui se trouve à merveille; justement il y a un poulet qui rôtit en ce moment au feu de la cuisine. »

£t c'était vrai; .c'était un poulet commandé pas- le maître

d'école ; et il était présumable que le docteur, ayant d'ordonner le poulet, en avait d'abord flairé l'odeur.

c Tous pourrez enfin , dit le docteur se levant avec gravité , lui donner un verre de vin de Porto chaud et épicé, si elle aime le vin.

— Et avec cela une rôtie? insinua Thôtesse.

— Hum I dit le docteur, du ton d'un homme qui failrune grande concession.... Et une rôtie de pain. Mais ayez bien soin, madame, qu'elle soit de pain, s'il vous plaît. »

Le docteur partit sur cette dernière recon|mandation prononcée lentement et d'un accent très-solennel, laissant tous les gens de la maison dans l'admiration de cette science profonde qui s'accordait si bien avec leur première inspiration. Chacun disait que c'était un docteur habile , qui savait très-bien connaître le tempérament des malades; et, dans ce cas du moins, il faut admettre qu'il ne s'était peut-être pas trompé.

Tandis que son souper se préparait , l'enfant tomba dans un sdmmeil réparateur d'où l'on fut obligé de la tirer quand le repas fut prêt. Gomme elle témoignait une grande anxiété en apprenant que son grand-père était en bas , et qu'elle était extrêmement troublée , à l'idée qu'il resterait séparé d'elle , le vieillard vint souper avec s^ petite-fille. On fit encore, à sa demande, un lit au vieillard dans une chambre intériexire où il s'installa. Heureusement, cette chambre se trouvait communiquer avec celle de Nelly : l'enfai^ eut soin d'enfermer à clef son compagnon dès que l'hôtesse se fut retirée, et elle se mit au lit le c<Bu|^ soulagé.,

Le maître d'école resta longtemps à fumer sa pipe devant le feu de la cuisine. Chacun s'était retiré. Libre de méditer, il pensait, l'esprit rempli de satisfaction, à cette heureuse chance qui l'avait amené si à propos pour secourir l'enfant. Autant que possible , c'est-à-dire autant que le lui permettait sa simplicité naïve, il cherchait à échapper aux questions réitérées et subtiles de l'hôtesse , dont la curiosité n'était pas médiocrement éveillée à l'enclroit de Nelly et de son histoire. Le pauvre maître d'école avait tellement le cœur sur la main , il était si peu au courant des subtilités et des feintes les plus vulgaireâ , que son interlocutrice n'eût pas manqué de réussir avec lui au bout de cinq minutes : mais il ignorait complètement ce que la bonne dame désirait connaître , et ne put par conséquent en dire davan<-

tage. Loin d'être satisfaite de cette réponse , qu'elle considérait comme un moyeu ingénieyx d'échapper à' la quectîon , Thôtesse répliqua qi;'il ayait apparemment ses raisons pour se taire.

c Dieu me garde , dit-elle , de scruter les affaires de mes pratiques ; ce ne sont pas mes affaires d'ailleurs , et j'en al bien asses^^pomme ça. C'est une simple question polie que je youlais faire, et certainement la question méritait une réponse polie. Ce n'est pas que je sois contrariée , oh ! point du tout , mai^ j'eusse QÛeux aimé que vous m'eussiez dit tout do suite qu'il ne vous convenait pas d'être plus communicatif ; au poins ç'e(^{ été clair et net. Cependant, je n'ai nullement snjet d'être lî}essée de votre réserve. Yous savez ce que vous lyvez à faire, et vp.us avez hien le droit de dire ce qu'il vous plaît, personne Bf| pent vous le contester^ personne. Ohl mon Dieu, non.

— Je vous âffîrme, ma bonne dapae , répondit le t>rave maître d'école, que je vom? ai dit l'exacte vérité. Comm^ fespèrç $tre sauvé dans V^ntr^ monde , je vons a^ dit la vérité.

— £h bien alors , je crois que vous parlez sérieuseipent , dit l'hôtesse reprenant sa bonne humeur , et je regrette de vpus avoir tourmenté. Mais , vou^ sayez , la curiosité est le défaut de notre çexe. Yoilà l'affaire. »

{l'hôtelier se gratta la tête , comme s'il pensait que l'a^tr^^ sexe n'était ^^^ non p}us à l'abri de ce déiavit ; pais il n'eut pas le temps de donner carrière à l^ siennes \^ niaîtri» 4'^cole ayant repris ain^i la parole :

c Tous m'interrogeriez durant six heures de suite , que je n^ vous en voudrais pas pour cela , et je vous répondrais aussi patiemment que le mérite la bonté que vous aye^ montrée ce soir. En attendant, veuillez avoir bien soin d'elle demain matin , et faites-nioi savoir dp bonne heurç comment e}le va; il est entendu que je payera} pour nous trois» »

, On se sépara donc en d'excellente termes, surtout d'après l'effet de ces dernières paroles ; le maître d'éqole alla se mettre au lit , tandis que l'aubergiste ef sa femme ^n fiaient autapt.

Le rapport du matin fut c[up l'^n^^nt allait mieux, mais qu'elle était extrêmement faible , qu'il Ini f^u^rait au nioins un jour de repoi? et une alimentetion prudente ftvant qu'elle pût continuer son voyage. Le maître d'école reçut cette coinmunication ave<{ une parfaire tranquillité , disant qu'il avait biçn W jpiir, iox^ jours même à consacrer à Nelly , et qu'il attendait. Comme lia

LE MAGASIN D'ANTIQUITÉS. tl

malade devait se lever le soir , il se promit de lui faire visite dans sa chambre à une heure fixée, et, sellant avee son livre, il ne revint qu'à l'heure dite.

Nèllj ne put s'empêcher de pleurer quand ils furent seuls ensemble. De son côté , à la vue de ce visage pâle , de ces traits bouleversés , le pauvre ma! tre d'école versa lui-même quelle larmes tout en prouvant , par d'excellentes raisons tirées 4^ !& philosophie^ que e'était un véritable enfantâlage, et que ripu n'était plus facile que de s^en empêcher, quand on voulait.

c Ce qui me rend malheureuse , méine au milieu de vos bontés , dit l'enfant, c'est de penser que nous pouvons éère une charge pour vous. Gomment vous remercier? Si je ne vous avais pas rencontréisi loiii de votre maison, je serais morte; et M y il serait resté seul.

— Ne parlons pas de mort, dit le maître d'école ; et quant à tme charge, sachez que j'ai fait, fortune depuis la nuit que vous avez passée dans mon cottage. ^ ^

— Vraiment? s'écria l'enfant avec joie.

-» Oh ! oui, répondit son ami. J'ai été nommé derc et maître d'école d'un viUage loin d'ici , et bien plus loin encore de mon ancien séjour, comme vous pouvez le supposer ; j'^ura} huit cent soixante^quinze fraises par ani... Huit cent soixante-ouinze francs I

— Oh, que j'en suis contente I dît l'enfant; que j'en suis cpn* tente!

— Je me rends actuellement à mit nouvelle résidence , reprit le maître d'école. On m'a alloué des frais de dUigence..*. 4es frais de diligence sur l'impél^iale pour tot^te ma route. Dieu merci, l'on ne me refuse rien. Mais, comme l'époque oit je suis attendu dans mon nouveau domicile me laisse un ample loisir, je ipe suis déterminé à faire le vo^^ge à pied. Quel bonheur que j'aie eu cette idée 1 *

— Et nous donc , (jttel l^ontio if pour nous !

— Gui, oui, dit le maître d'école qui ne teiiait pas sur 8$ chaise, c'est la vérité. Mais vous, où aùiez-vôus ainsi? p'où venez-vous? Qu*avez-vous âiit depuî§ que yous m'avez quitté? Qu'aviez-vous fait au]^aravant? 'Racontez-le-moi, voyons, racontez-le-moi. Je connais peu le monde ; et peut-être seriez-vpuf( plus en état de m'en apprendre là-dessus qrie moi de vous eï\ rien dire ; mais je sxiis la sincérité même , et j'ai des raisons ,

vous ne Tayez pas oublié , pour vous aimer. Depuis ce temps , il m'a semblé que mon amour pour celui qui est mort s'était transporté sur vous qui vous êtes tenue près de son lit. Si , ajouta-t-il en élevant son regard vers le ciel , c'est cette belle ftine que j'ai tant pleurée , qui renaît en vous de ses cendres mortelles , puisse sa paix descendre sur moi en retour de ma tend|f sse et de ma compassion pour le pauvre enfan^t I »

La franche et loyale amitié de l'honnête maître d'école , l'affectueuse chaleur de ses paroles et de ses gestes, l'accent de yérité qui animait son langage et son regard, inspirèrent à Nelly une con^ance en lui que n'eussent jamais pu faire naître chez elle les plus subtils artifices de tromperie et de dissimulation. Elle lui confessa tout : qu'ils n'avaiett ni sAni ni parent ; qu'elle avait fui avec le vieillard pour le soustraire à la maison des fous et à toutes les tortures qu'il redoutait; que n^intenant elle fuyait de nouveau pour le sauver de lui-même ; et qu'elle cherchait un asile dans quelque pays écarté, aux mœurs primitives , où jamais ne se produisît la tentation devant laquelle il avait succombé , où les derniers chagrins, les amertumes qu'elle avait ressentis , ne pussent pas revenir l'éprouver encore.

Le maître d'école l'avait écoutée avec une profonde surprise, c Une enfant I... pensait-il. Une enfant 1 et avoir héroïquement persévéré à travers les épreuves et les périls , en butte à la misère et à la souifrance, soutenue qu'elle était seulement par une forte affection et par la conscience du devoir li... Et cependant le monde est plein de ces traits d'héroïsme : ai-je besoin d'apprendre que les plus rudes comme les plus nobles épreuves sont celles que n'enregistre aucun souvenir humain, et qui sont supportées jour par jour avec une patience infatigable ? Ahl je ne devrais pas être surpris d'entendre rhistoire de cette enfant I »

Mais ne nous occupons pas de ce qu'il «çut penser ou dire. Il fut convenu que Nell et son grand-père accompagneraient le maître d'école jusqu'au village où il était attendu , et que ce dernier tâcherait de leur trouver quelque humble occupation qui put les faire suosiste^. c Nous sommes sûrs de réussir, dit gaiement le maître d'école. La cause est trop bonne pour n'être pas gagnée. »

Ils se disposèrent à continuer leur voyage le lendemain soir. Eue diligence, qui suivait justement le même chemin; devait

s'arrêter à Tauberge pour changer de chevaux; le cocher, moyennant une petite rétribution , donnerait à Nelly une place dans rintérieur. Le marché fut promptement conclu à Tarrivée de la diligence ; puis la voiture repartit avec l'enfant confortablement installée parmi les paquets les moins durs , le grandpère et le maître d'école se mirent à côté du conducteur , tandis que l'hôtesse et tous les braves gens de l'auberge jetaient %u vent leurs adieux et leurs souhaits affectueux.

Quelle douce , fastueuse et commode façon de voyager , que d'être couché à l'intérieur de cette montagne mollement agitée ; que d'ouïr le tintement des grelots des chevaux, le claquement du fouet que le cocher fait retentir de temps en temps ,.le grondement sourd des hautes et larges roues , le frôlement des harnais, l'afTectueuse : bonne nuit! des piétons x^ui dépassent les chevaux, lorsque l'attelage va au petit pas! Le vague même des idées n'est pas sans charmé sous l'épaisse toiture qui semble faite pour protéger la rêverie indolente du voyageur jusqu'au moment où il s'endort t Le sommeil aussi a ses charmes ; la tête balancée sur le coussin , le voyageur garde l'idée confuse qu'il avance, qu'il est transporté sans trouble ni fatigue , et perçoit tous ces bruits divers comn^e la musique d'un rêve qui amuse ses sens. Ylent-il à s'éveiller doucement? il se surprend à regarder à travers le rideau à moitié tiré et agité par le vent : son œil se lève vers le ciel brillant et froid où étincellent des étoiles innombrables , puis s'abaisse sur la lanterne du cocher , faible luminaire qui sautille et se balance, comme le feu follet des marais; sur les côtés de la route, il passe en revue les arbres noirs et sévères ; en avant, c'est la route elle-même qui, longue et nue, s'étend, s'étend, s'étend, jusqu'à ce qu'elle soit arrêtée brusquement par une montée rapide et escarpée , comme si au delà il n'y avait plus de route, mais seulement l'horizon. Et la halte à l'auberge où l'on va se restaurer I Être bien accueilli , passer dans une bonne chambre où l'on trouve du feu et des lumières, bien clore ses yeux, et se rappeler, souvenir agréable, que la nuit était froide'^ se la figurer plus froide encore pour ajouter au bien-être qu'on éprouve à présenti Quel délicieux voyage qu'un voyage en diligence 1

On repart : d'iJ)ord on est frais et alerte, puis on tombe d'assoupissement. On est tiré de son profond sommeil , lorsque la midle-poste vient à passer bruyamment, telle qu'une comète

T dans Tespace , ayec ses lanternes brillantes , avee le g'àlop so-

nore de ses cheyauz , avec l'apparition da condueteur qui derrière se tient debout pour garder ses pieds chaude, et du gen« tleman au bonnet fourré qui ouvre ses yeux et jette autour de lui des regards d'ëtonnement. On s'arrête au tourniquet : précisément le gardien de la barrière s'est mis au lit. On frappe à la porte jusqu'à ce que }'homme ait répondu par un grogne»* ment sourd, du fond de ses couyertures dans sa petite chambre d'en haut où brûle une faible lumière, et qu'il descende, ayee sen bonnet de nuit et grelottant, ouyrir la barrière toute grande, en maudissant toutes les yoitures qui se présentent autrement que pendant lei jour. D'autres tableaux yont se succéder : e'est l'espaoe de temps rapide et froid (pi sépare la nuit du matin ; c^est la bande loiiitainç dé lumière qui s'élargit et s'étend sans cesse m tournant du ^s au blanc, du blanc au jaune , et du jaune a« rouge pourpre ; e'est la renaissance du jour ayec sa gaieté, ayee la yie qu'il répand ; ce sont les hesmies et les chevaux à 1a ohavrue , les oiseaux dans les arbres et sur les haies , et , dans les champs déserts , les jeunes garçons effrayant les oisaaus avec leurs crécelles pour protéger les grains.

Qn arriye à une yille : là, c'est la foule alhdrée qui se presse au marché ; ce sont les petites charrettes et les yeitur es légères rangées tout autour 'd'une cour d'auberge ; des marchands de« bout sur le seuil de leur porte; des maquignons qui font couiix leurs chevaux d'un bout de la rue à l'autre pour tenter les dia» lan4s ; des porcs qui se vautrent en grognant dans le ruisseau, ou <pi\ cheminent avec de longues eordes attachées k leurs

Sieds, se. ruant contre les brillantes boutiques des apothicaires 'où Us sont chassés à coups de balai par les gap^ns; la dili* gençe, qui a roulé toute la nuit, changeant de chevaux au relais ; les voyageurs ennuyés, refroidis, laids , de mauvaise humsar, avec des cheveux qui semblent avoir pris en une auit une crue de trois mois; le conduoteur au oentvaire, frais cemme s'il sortait d'une boîte, et magnifique par comparaison.... Que d'agitation! que de choses en mouvement I quelle variété d'incidents dans un voyage aussi délicieux qu'un voyage en diligence I / De temps en temps , Nelly marchait l'espace d'un mille ou deux, après avoir fait monter son grand*père dans l'intérieur de la voiture ; parfois même elle obtenait du maître d'éooie qu'il prft sa place et se repesftt. EUe continua de voyager aii|si hm^

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reusement, jusqu'à une grande ville où la diligeàoe s'arrêta et où ils passèrent la nuit. Ils laissèrent de côté uHe Vaste église. Les rues offraient grand nombre de maisons bâties en ime espèce d^ terre ou de j)làtre avec quantité de poutres noires ^i se croisaient en tous sens : ces maisons donnaient à la ville ua air d'antiguité remarquable. Les portes étaient basses et cin« trëes; quelques-unes mteie étaienî des porches en chêne, gar* nis de bancs d*étraQge forme, où Jadis les habitants étaient venus se reposer par un soir d'été. £es croisées à losanges pré« sentaient d^ tout petits carreaux de vitre taillés en diamant qui semblaient cligner de l'osil en 'regardant les passants, comme s'ils avaient la vue affaiblie. Depuis longtemps, ils étalent à l'abri de la fuipée et de la vapetur des manufactures : à peine, en effet, y avait-il une ou deux fabriques dans des endroits écarté?, di^s les ohmp^i V^ exemple, où une usine desséchait tout l'espace situé autour d'elle, comme une montagne de feu. Au sortir de cette ville, les voyageursf entrèrent de nouveau daxi4 \b, çampagnç, 9l çoipQ^fnçèrent à approcher du terine dé leur course. '

liC ))ut n'était pas cependant si près^ que Nelly et ses deux compagnons n'eussent à passer encore une nuit en route : ce n'était pas» il eçf vrai, rigoureusement indispensal>le; mais à quelques milles de son village, le maître ^'école, tourmenté par le sentiment de la dignité de ses pouvelles fonctions de clerc, ne voulut pas faire son entrée ayec des souliers poudreux et unQ toilette qui sq ressentait du désordre d'u|i voyage.

Ce fut par une belle et lumineuse matinée d'aufomne qu'ils arrivèrent »m liei; qi\ U pQattre d'école ét^t ^tte^idu. Ils s'arrêtèrent pour en contempler les l^^^utés,

c Yoyesl s'écria-t-il d'une yo|:| éome et ^repipli de jpie, yoici l'église; et oe vieux bâtiment tpuf près de l'église est la maison d'école, je le parierais. Hu|t Qent soixante-tjuinze frfuics par an dans oe chano^nf endJrpi^ | »

1)4 admiraient le vieux pprche h, 1% \em\^ grisai les meneaux des fraêtres, \es vénérafi^leii piçrrçs sépulcrales qui se dessinaient su? )a verdure du piipetièire, l'ancienne tour, le coq qpii la dominait; les toits de ckançie b^uni ^a cottage, de li^ grange et du ohUteau, ffort^nt dn sein 4es arbres; le cours d'eau qu'i;n meulin laiiait boni}lûQnar ^ qn^Ql^e dist^ce, et au Iqia les cimes bleuâtres des monts du pays de Galles. Quel but ravissant

pour toutes les peines dans lesquelles Tenfant s'était consumée à traverser les fétides et noirs repaires du travail I Sur son lit de cendres et parmi tant d'horreurs infectes , c'était le mirage de ces campagnes , si beau (ju'il fût dans son esprit , à peine égal à la douce réalité, qu'elle avait toujours eu présent à l'imagination. Ces visions avaient semblé se perdre ensuite dans une lointaine et sombre atmosphère , à mesure que l'espérance de les atteindre reculait aussi : mais plus elles semblaient reculer» plus Nelly était obstinée à les poursuivre ie toute l'ardeur de ses désirs.

c II faut que je vous laisse quelques minutes, dit le mattre d'école rompant enfin le silence d'extase où les tenait leur joie. J'ai une lettre à présenter, des renseignements à demander, vous comprenez. Où vous retrouverai-je? A cette petite auberge que je vois là-bas ?

— Permettez-nous d'attendre ici , dit Nell. La porte est ouverte. Nous nous asseyerons sous le porche de l'église jusqu'à ce que vous soyez de retour.

— C'est un excellent endroit, » dit le maître d'école en les y conduisant.

n se débarrassa de sa valise, la plaça sur le banc de pierre et ajouta :

c Soyez sûrs que je reviendrai avec de bonnes nouvelles et que je ne serai pas longtemps absent. » ^

Là-dessus , l'heureux mattre d'école tira une paire de gants tout battant neufs qu'il avait, durant le voyage, portés dans sa poche en un petit paquet , et il s'éloigna rapidement , plein d'ardeur et de vivacité.

Du porche où elle étai\ restée , l'enfant le suivit des yeux jusqu'au moment où le feuillage l'eut dérobé à sa vue; et alors elle pénétra doucement dans le vieux cimetière , qui était si paisible et si grave , que le simple frôlement de la robe de Nelly sur les feuilles tombées qui jonchaient les allées et amortissaient le bruit des pas semblait une violation de son silence respectable. C'était un lieu antique et fait pour des histoires de revenants. Il y avait bien des siècles que l'église avait été construite; jadis elle dépendait d'un monastère y attenant ; car des arcades en ruine, des restes de fenêtres ogivales et des fragments de murs noircis étaient encore debout, tandis que d'autres parties du vieux bâtiment qui avaient croulé, étaient maintenant confondues aveo

la terre du cimetière et recouvertes d'herbe comme si elles aussi réclamaient un tombeau et cherchaient à mêler leurs cendres à la poussière des hommes. Près de ces pierres tumulaires des années défuntes , au milieu de ces ruines , qu'on avait dans les derniers temps cherché à rendre habitables, on voyait deux petits corps de logis avec des croisées disjointes et des portes de chêne; ils étaient dans le plus mauvais état, vides et désolés.

C'est sur ces misérables débris que l'attention de l'enfant se fixa exclusivement. EUe ne savait pas elle-même pourquoi. L'éjglise, les ruines, les tombes antiques avaient bien un droit au moins égal aux méditations d'une étrangère : mais du moment où ses yeux eurent d'abord aperçu ces maisons , Nelly ne vit plus autre chose. Même lorsqu'elle eut fait le tour de l'enceinte et que, revenue au porche, elle s'y assit pensive en attendant leur ami , même alors elle choisit xine place d'où elle pût regarder encore les deux maisons , attirée en quelque sorter vers cet endroit par une fascination invincible.

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