‹ Le Magasin de librairieChapitre 151 sur 180 · FolyeucU, acte W, scène v · texte numérisé non relu

FolyeucU, acte W, scène v

0ANâ LE DftAHE. (If

féiflftiè, it (}ull à éonflé là défense dû pluâ déUeat des tientlftietite de r&ëmthë au feeiitiiiiétit lé plus délleait aussi dé là fetiiihe, âpi)uyîttt Y\}û sur Fautre deux scrupules exquis, rbôtineur de la femme ne |)eut jamais êtfe trop ttléticuleulj de ïAême qu'une sentinelle ne fletit Jatilais éiiie trop tigilahte.

Polyeucté, oti le toit^ h'ést paé le illari dédaigné que nous sommed habitués à rencdntret dâtis leë rbmaus, où le lîiari philosophe qui se sacrifie, par esprit de système OU par désespoir, qui a un rôle misé* Mblë tiii ddUloùfédi, Sahft qtlé la dôtiléul* téUsâiSde à nous inspber lA pitié. Pul^eUcte a partout lé premier rang: il remporte sur Sérère peddaht sa tié, grâce à la tertû de Paulitié, et il Teniporte encore après sa mort, puisque Pauline, méMe Veiité, est décidée à refuser Sévère, et qu'enfin, pour mieux attestel' la primauté de Polyeucte, c'est Mh mai^yre qui décidé la cOntersiôU de Pauline; si bien que Pauline accompagne Polyeucie dans sa béatitude, comme elle Ta accompagné dans sa vie, et qu'elle ne s'etl sépare tii sur la tert« ni dans le tieh

J'ai étudié, dans la trdgédié de PdlyêUcté, l'histoire du mari, de la femme et de l'amaUt, c'est-à^ire une trilogie qui fait le fond dé je né sais combien de drames et de romans. Cette trilogie n'est pas le sujet principal de Polyeucte. Le martyre de Polyeucte, et par eonsé^

Îuent l'enthousiasme religieux, voilà le sujet principal de la trdgé^ le, toilà Ce que le poète a surtout toulu représenter. Mais il a su mêler, avec un art profond , l'expression des sentiments humains avec l'eitpresslôd des sentiments divins 4 ne pas étouffer led éitiotions du co^r sotis l'aseendalnt de la fdi religieuse^ conserver Thommè dans le daiM^ la femme dahs la prosélyte; enfin, et c'est ce que j'sii voulu particulièrement étudier, il a su rehausser dans Polyeucte là dignité du mari, et dans Pauline aider à l'enthousiasme de la prosé^ lyte par les vertus de l'épouse.

Marc-Âurèle reproche aUt chrétiens de mourir d'une façon trop tragique ^ Gé que la critique moderne reproche^ au contraire, aux martyrs, c'est de n'être pas propres à la tragédie, à cause de TaT'deur méfme de leilr foi, qui exclut toute émotion et toute agitation humaine. Corneille, dans son examen de Polyeucte^ se demande s'il avait le droit de mêler les sentiments humains aux sentiments divins, l'amour à l'enthousiasme religieux, la fiction à la vérité. Il déclare

i. MarC'Awrèle, liv. XI, mât. m, trad. de M. Pierron.

9^0 DE L'AMOUR COr^JUGAL

qu'il a cru qu*il lui était permis de faire ce mélange, ayant pris pour sujet la vie d'un saint; mais qu'il se le serait interdit, s'il avait pris son sujet dans l'histoire sainte : (c Nous ne devons, dit^il, qu'une croyance pieuse à la vie des saints, et nous avons le même droit sur ce que nous en tirons pour le porter sur le théâtre, que sur ce que nous empruntons des autres histoires; mais nous devons une foi chrétienne et indispensable à tout ce qui est dans la Bible, qui ne nous laisse aucune liberté d'y rien changer. »

Ainsi, selon Corneille, led drames qui ont pour sujet des martyres chrétiens, admettent le mélange des sentiments humains et des sentiments divins^ les martyrs pouvant ressentir et faire ressentir autour d'eux les affections et les émotions humaines. Ils les ressentent, mais il les vainquent, et celles qu'ils inspirent autour d'eux, ils les transforment et les élèvent par leur exemple. Le martyr n'est pas tenu d'être insensible, mais de surmonter la sensibilité; il peut être homme, mais de l'homme il doit s'élever au saint; il doit prendre son point de départ dans les affections humaines, mais il doit s'élancer au delà, a Ceux, dit encore Corneille dans son examen, ceux qui veulent arrêter les héros du drame dans une médiocre bonté, où quelques interprètes d'Aristote bornent leur vertu, ne trouveront pas ici leur compte, puisque celle de Polyeucte va jusqu'à la sainteté. »

Cette prétendue théorie d'Aristote, qui ne veut que des héros de médiocre bonté, c'est-à-dire ne s'élevant jamais au-dessus de la nature humaine ordinaire, cette théorie qui exclut du même coup l'héroïsme et la sainteté, est la plus contraire du monde au génie de Corneille, qui partout vise au grand et à l'héroïque. Mais comment faire sortir des sentiments l'héroïsme et la sainteté humains, sans anéantir ces sentiments eux-mêmes? Corneille, dans Polyeucte y semble avoir voulu nous révéler le secret de cette transformation, j'allais presque dire de cette transQguration. Voyez Pauline : il y a en elle deux sentiments humains, l'un d'tme médiocre bonti^ son ancien amour pour Sévère; lautre d'une bonté déjà plus haute et plus pure, l'honneur conjugal. De ces deux sentiments inégaux de mérite, mais tous deux humains, Corneille prend le plus noble, l'honneur conjugal, et l'élève jusqu'à Théroîsme par la victoire qu'il lui fait remporter sur l'autre. Pauline est l'héroïne, Ou, si vous l'aimez mieux^ la sainte de l'honneur conjugal; car, une fois arrivée à celte hauteur, elle est toute préparée à la sainteté :

DANS LE DRAME. 52i

Elle a trop de vertus pour n'être pas chrétienne.

Prenez Polyeucte : même transformation et toute naturelle. Polyeucte a beaucoup de cœur et d'honneur; il est grand et géué* reux, il sera donc aisément un martyr sublime.

Allons, mon cher Néarque, allons, aux yeux des hommes, Braver l'idolâtrie et montrer qui nous sommes.

Allons briser ces dieux de pierre et de métal; Abandonnons nos jours à cette, ardeur céleste ; Faisons triompher Dieu : qu'il dispose du reste ^.

Le martyr dans Polyeucte se forme dans Tbomme; progrès naturel et de bon exemple. Ayez d'abord un honnête homme, tous aurez plus aisément un saint. Le mari généreux et dépouillé de toute honteuse jalousie a beaucoup aidé au saint. Le saint, à son tour, aidera au mari. Qui donc, si ce n'est un saint, pourrait léguer Pauline à Sévère? et dans qui donc, si ce n'est dans un saint, approuverionsnous un pareil sacrifice?

Ainsi tout se tient et s'enchatne. Dans Pauline, la chrétienne tient à l'héroïne, et rhéroïne tient à l'honnête femme. Elle commence par rbonnêieté conjugale, et elle finit dans renthousia9me de la grâce chrétienne :

Je vois, je sais, je crois !

Dans Polyeucte, tout se tient aussi : la générosité du mari tient à Tenhousiasme du martyr, et le martyr lui-même tient à l'honnête homme. Voilà donc le problème résolu de ce que le grand Corneille, dans la préface de Polyeucte, appelle la tissure des fictions avec la vérité; voilà l'homme retrouvé dans le martyr et le martyr préparé dans l'homme.

Page 1