Cardia. Aragon., Vita Leonis IX
Saiot-Pierrc ; il déclara qu'il était venu non oomme pape , mais comme chrétien; que, sdion les lois canoniques, le choix du peuple et du dei^ devait [urécéder tout autre suffrage, et qu'il était prêt à retourner dans son pays si son élection n'était ratifiée par le consentement de tous. Les évéques lui répondiFent d'une voix unanime : a C'est vous, vous seul que nous voulons pour pontife. » L'arclùdiacre , se tournant vers la ioule, dit, ^on la formule consacrée : « Saint Pierre a choisi Brunon. » Le clergé et le peuple répéterait ensemble ces paroles, et le nouvd élu fut sacré sous le nom de Léon IX. Ce fut ainsi que l'Église commença à s'affranchir de h tyramûe germanique, et que, tout en adoptant le choix impérial, dJe rentra en possession de son droit d'élection •
Léon lÈ. se garda bien de heurter la volonté du prince qui l'avait choisi : il avait besoin de son patronage, pour rétablir Taiitorité du pape dans tous les domaines de l'Église. A son arrivée à R<»ne, les oofiBres de la chambre apostolique étaient vides. Les Normands, qui s'étaient d'abord montrés les alliés fidèles du saint-siége, ne respectaient pas toujours les couvents ni les églises. Ils s'étaient emparés de plusieurs possessions qui appartenaient au monastère du Mont- Gasfiin. Ils ravageaient souvent le territoire de Bénévent ; les habitants de ce pays se donnèrrat au pape, pour obtenir son appui ^ Tel fut le motif qui décida Léon IX à se déclara contre les Normands, a II conunença, dît le cardinal d'Aragon, par lancer contre eux un décret d'excommunication ; il résolut ensuite de les frapper du glaive temporel. )» Il obtint de l'empereur Henri III un secours de cinq cents bonmies d'armes. Un grand nombre d'Italiens se rangèrent sous sa bannière. Les Grecs eux-mêmes, qui avaient tant de griefs contre les Normands, se joignirent au pape dans cette circonstance; et, lorsque l'armée fut réunie, Léon IX commença son expédition par un pèlerinage au Mont-Cassin.
Les troupes que les Normands pouvaient opposa à l'armée pontificale étaient moins nombreuses, mais plus aguerries et commandées par des chefs plus habiles, tels que Onfroi, Richard, comte d'Aversa^ et Robert Guiscard. Us tentèrent d'abord de négocier, offirant de se reconnaître* vassaux du saint-siége pour toutes les terres qu'ils avaient
1. Beneventum Beato Petro et apostolicœ sedi tradentes, ab eodem pontifice (Leone IX) protectionis auxilium impetrarunt. (Cardia. Aragon, Ftto Leonis II.)
usurpées. Mais le pape Youlait leur imposer pour condition de rendre tout ce qu'ils possédaient, et de renoncer pour toujours à Tltalie. La bataille s'engagea près de Giyitella, dans la Capitanate (10S3). La victoire ne fut pas longtemps disputée : l'armée du pape manquait de général. Les Italiens se dispersèrent au premier choc; les Grecs étaient accoutumés à fuir devant les Normands. Les Allemands seuls se défendirent avec vigueur ; mais, enveloppés par les Normands, ils périrent presque tous sur le champ de bataille.
Au moment de la déroute, le pape s'était retiré dans Givitella; les habitants, effrayés par les menaces des Normands, le firent sortir de la ville, et le laissèrent sans défense en dehors des murs. Les chefs normands s'approchèrent avec de grandes démonstrations de respect; ils se jetèrent aux genoux du pontife, le supplièrent de leur pardonner, et tout en lui demandant sa bénédiction, l'emmenèrent prisonnier dans leur camp. Léon IX fut trop heureux de leur accorder après sa défaite ce qu'il leur avait refusé avant le combat : il leur donna l'investiture, au nom de saint Pierre, de tout ce qu'ils avaient conquis, et de tout ce qu'ils pourraient conquérir encore dans la Fouille, dans la Galabre et dans la Sicile.
Six ans après la bataille de Givitella, Robert Guiscard reconnut qu'il possédait comme fiefs de l'Église romaine les duchés de Fouille et de Galabre, et il prêta serment au pape Nicolas II, selon la formule féodale : a Moi, Robert, par la grâce de Dieu et de saint Fierre, duc de Fouille et de Galabre, et par la même protection, bientôt duc de Sicile, je serai fidèle à la sainte Église romaine, et à vous, mon seigneur, pape Nicolas, i» Le nouveau duc s'engageait à remplir envers le saini-siége toutes les obligations qui liaient un vassal à son suzerain. U promettait d'aider en tous lieux, et de tout son pouvoir, l'Église romaine à conserver et à acquérir les droits régaliens et les domaines de saint Fierre ^ Une redevance annuelle de douze deniers pour chaque paire de bœufs devait être levée, au profit du saint-siége, sur toutes les terres données en fief à Robert Guiscard et à ses compagnons.
L'alliance des papes et des Normands amena la rupture définitive de l'empire d'Orient avec l'Église romaine ; mais les Grecs allaient perdre leurs dernières possessions dans l'Italie méridionale ; l'indépendance de la péninsule semblait assurée, et la puissance temporelle
i. Léo Ostiens. Chron, Cassin.^ lib. III, cap. xu.
<ltt saintr-siége était affermie. Le pape, en concédant aux Normands des proyinces sur lesquelles il n'avait lui-même que des droits assez <]outeux^ se réserva la propriété de fiénévent , et iLeut désormais une milice dévouée pour défendre toutes ses possessions. Nicolas U ne tarda pas à s'en servir. Une révolte avait éclaté dans les territoires de Préneste, de Tusculum et de Nomento ; les Normands vinrent y rétablir l'autorité pontificale. Ils passèrent le Tibre, et ruinèrent tous les châteaux d'un certain comte Gérard, qui était devenu la terreur àe la campagne romaine. Us s'avancèrent jusqu'à Sutri, et commen- -oèrent ainsi à délivrer Rome des petits seigneurs qui la tyrannisaient depuis longtemps ' .
Deux événements contribuèrent à fortifier le pouvoir temporel au milieu du onzième siècle : l'établissement des Normands en Italie, et la mort dé l'empereur Henri III. Pendant la minorité de Henri IV, l'influence germanique se fit à peine sentir au delà des Alpes, et Hildebrand en profita pour fonder l'indépendance de l'Église. La première mesure à prendre était de garantir les élections pontificales des influences qui jusqu'alors en avaient gêné la liberté. Le concile de Latran posa sur ce point des règles précises (1059). Les évéques cardinaux devaient les premiers traiter ensemble de l'élection, et choisir le plus digne. Ils devaient ensuite appeler les cardinauxclercs ^ à en délibérer avec eux. Le reste du clergé et le peuple n'avaient plus qu'à appuyer l'élection par leur consentement. Quant an droit de confirmation, qui avait été réservé aux empereurs, il était maintenu, mais d'une manière équivoque. Le décret, après avoir réglé la forme de l'élection, ajoutait : <t Sauf l'honneur et le respect dus au roi Henri, futur empereur, ainsi qu'à ses successeurs, à qui le siège apostolique aura personnellement accordé le même droit '. » Ainsi restreint, ce privilège n'existait plus qu'en apparence, ei l'élection des papes, dévolue aux chefs du clergé romain, était affranchie en même temps des intrigues populaires ou aristocratiques et de l'influence étrangère.
Tous les peuples, catholiques, tels que la France, l'Espagne et
4. Cardin. Aragon.,F»fa iVicotoi JJ, ap. Muratori, Rerumftafec. Script, t. III, part. I, p. 301.
3. On désignait sous le nom de cardinaux-clercs les sept éyôquôs du territoire romain et les vingt-huit prêtres ou clercs qui administraient les principales églises de Rome.