CHAPITRE XXVIÏ
la cour de Rome confiât exclusivement sa direction à un seul ordre religieux. Le saint-office devenu rapidement une sorte de service administratif du saint-siége, le plus important de tous puisqu'il comprenait le gouvernement des âmes, la politique ordonnait de le partager entre deux ordres dont la rivalité diminuerait la puissance. C'est ainsi que, en 12S4; Innocent IV divisa l'Italie entre les dominicains et les franciscains. En 125S, Alexandre UI en fit autant de la France. Mais si les exigences dictaient une pareille conduite à la papauté, les vrais inquisiteurs, les inquisiteurs selon son cœur, furent toujours les dominicains. Alzog constate cette préférence et en donne en même temps le motif : a Afin, dit-il, que les évéques ne fussent point tentés de ménager leurs subordonnés, Grégoire IX choisit des moines étran* gers, et surtout des dominicains ^ pour remplir les fonctions d'inquisiteurs pontificaux. »
A Dieu ne plaise que je cherche à diminuer les mérites des franciscains : sur les trois cent quarante et un mille individus de tout âge et de tout sexe que l'inquisition a fait périr en Espagne dans l'espace de trois siècles (en moyenne onze cent trente-six par an ^), ces vénérables religieux .peuvent en réclamer une bonne part; mais la meilleure revient aux dominicains, quoique pendant près d'un siècle et demi, par des raisons dans lesquelles il serait trop long d'entrer, ils aiaat été exclus de toute participation aux travaux de l'inquisition. Le nom d'un Torquemada suffit à la gloire d'un ordre; il éclipse à lui seul celui de tous les franciscains du monde. Ce n'est pas en Espagne seulement que les franciscains se sont laissé damer le pion par les dominicains. Partout où ces deux ordres se sont rencontrés, la supériorité du [second s'est manifestée. Les dominicains, grâce au feu, à la verve, au brio qu'ils tenaient de leur fondateur, ont été les artistes du genre : on ne saurait brûler avec plus de maes^ tria. La tradition et l'histoire sont unanimes sur ce point. Dominique, du reste, semble prédestiné à ce triomphe. Sa mère, nous dit le R. P. Lacordaire, pendant qu*elle était enceinte de lui, rêva qu'elle accouchait d'un petit chien [catulus) portant dans sa gueule une torche enflammée. La légende vient encore ici au secours de la tradition et de l'histoire. Tout concourut à faire des frères pré^
1. Âlzog, Éistùire de VÉglise, t. 11^ p. 664. — Il est bon de dire que cet Alzog n'est nullement un rationaliste. Son livre est approuvé par on grand. nombre d'évéques^ et enseigné dans plusieurs séminaires.
cheurs et de leur fondateur les types et les synonymes d'ioqaisiteurB. Ce n'est donc pas sans raison que la bannière de Tinquisition à Cîoa, entre un rameau d'olmer et un glaive^ portait la tête de saint Doinî- ' nique. En voilà assez sur ce point. Le numéro tout entier de cette revue ne suffirait pas à contenir les témoignages qui prouvent que le peu de mots du tableau du musée de Florence s'applique parfaitement aux dominicains» Dommi canes.
Ne venez plus nous dire maintenant , révérend père Lacordaire, que votre robe blanche est sans tache. Vous aimez à l'étaler, je le sais ; vous l'avez traînée dans les clubs électoraux de 1 848 ; elle a para sur les bancs de l'Assemblée constituante , maintenant vous la semés de palmes vertes. C'est toujours la robe des dominicams. J'y Yois encore le sang des Albigeois et celui de Jeanne d'Arc ^ ; toute votre adresse et toute votre rhétorique ne parviendront pas à effacer taches. ^