Domnizo^ Vita Mathild
entra dans Rome comme un lion. » Il tira le pape du château Saint- Ange , et le rétablit dans le palais de Latran. Puis, étant sorti de Rome , il remit en peu de temps plusieurs villes et plusieurs châteaux sous Tobéissance du pontife.
Mais c'étaient de terribles auxiliaires que ces Normands, accoutumés à guerroyer contre les Grecs et les Sarrasins : ils ne purent s'empêcher de piller Rome, par habitude. Sous prétexte qu'une partie du peuple avait soutenu l'empereur, ils réduisirent en esclavage un grand nombre de citoyens, et brûlèrent la ville depuis Saint-Jean de Latran jusqu'au Colysée. C'est depuis cette époque que la cité antique est restée presque déserte , et que la population s'est transportée tout entière au delà du Capitole , dans ce qui formait autrefois le diamp de Mars ' .
Une indicible tristesse s'empara de l'âme de Grégoire, guand il ^t sa ville pontificale aussi maltraitée par ses amis que par ses ennemis. Il eut grand'peine à délivrer l'Église de Saint-Pierre des brigands qui s'en étaient emparés , et qui tournaient à leur profit toutes les offrandes des pèlerins. Il comprenait d'ailleurs qu'il ne pouvait rester en sûreté dans Rome si les Normands ne continuaient à l'occuper; et ceux-ci, chargés de dépouilles, étaient pressés de courir à de nouvelles expéditions. Robert Guiscard rêvait la conquête de l'empire grec et la prise de Constantinople. Grégoire VII suivit à regret ses libérateurs ; il dit adieu à Rome qu'il ne devait plus revoir, et il se retira à Salerne avec ses cardinaux et son clergé. Là, malgré l'Age et le malheur qui s'appesantissaient sur lui , il conservait toute la irigueur de son esprit ; il restait fidèle à sa doctrine sur la suprématie temporelle du saintH^iége; il écrivait aux princes chrétiens , au roi de France, au roi d'Angleterre , comme au temps de la plénitude de sa puissance , en véritable dictateur de la république chrétienne.
Un éclair de joie brilla sur le front du pontife le jour où il apprit que sa chère fille, Mathilde, avait remporté une grande •victoire sur les Impériaux à Sorbara. Mais ses forces étaient épuisées ; bientôt il retomba sur son lit de douleur, et il expira en disant : « J'ai aimé la justice et bai l'iniquité; c'est pourquoi je meurs dans l'exil. »
1. yita Oregùrii VU, auctore Pandulpho Pisano, ex daobus MSS. bibiiothecœ Ambrosianœ. — Tito ejusdem pontificis, ex US. Cardinal. Aragon, ap. fcuratori, Scriptor. Rerum Italie, t. Ul, pars. 1'.
Après la mort de Grégoire VU (1085), le clergé et les laïques qui lui étaient restés fidèles cherchèrent à s'entendi^e sur le choix de son successeur ; mais ils ne pouvaient se réunir ni voter en liberté, et Tantipape Guibert profita de Tinterrègne pour se l'établir dans Rome, en s'appuyant sur le parti impérial. L*abbé Didier, élu pape sous le nom de Victor III, régna et mourut dans son monastère du Mont-Cassin. Urbain II, son successeur^ s*appuya sur Conrad, fils aîné de Henri lY, qui s'était révolté contre son père et s'était fait proclamer roi d'Italie. La comtesse Matbilde, qui avait]|épou8é en secondes noces le jeune Welf de Bavière , soutenait toujours le légitime successeur de Grégoire VII. Cependant Urbain II fut longtemps réduit à exercer la papauté en dehors de Rome et même en dehors de ritalie. On le rencontre voyageant tantôt en Lombardie , tantôt eu France : c'est lui qui prêche la première croisade dans les conciles de Plaisance et de Clermont.
Ces lointaines expédition^ , dont Grégoire VII avait eu la pensée , exercèrent une grande influence sur l'intérieur de la chrétienté. Les soldats du Christ, en traversant lltalie pour se rendre en Orient , prêtèrent main-forte au saint-siége. La comtesse Matbilde alla au-devant du pape Urbain II,. à son retour en Italie, et elle le conduisit jusqu'à Rome, où il rentra triomphant. Il ne restait plus à Guibert que le château Saint^Ange, et bientôt l'antipape fut obligé de se retirer à Ravenne. Henri IV, chassé de Lombardie par les vassatix de la grande comtesse , rentra en Allemagne et renonça à l'Italie (1 097) .
Comme le$ croisades avaient été entreprises sous les auspices de la papauté, le saint-siége espérait obtenir un droit de suzeraineté sur les royaumes conquis en Orient par les chrétiens. Bohémond , prince d'Antioche, et Baudoin , comte d'Édesse, consentirent à recevoir du souverain pontife l'investiture de leurs nouveaux États. Quand Godefroy de Bouillon fut élu roi de Jérusalem , il dédara qu'il ne pouvait porter une couronne d'or, là où le fils de Dieu n'avait porté qu'une couronne d'épines ; et il ne voulait d'autre titre que oelui de défenseur et de baron du Saint-Sépulcre. Ses compagnons le forcèrent d'accepter la royauté , et, selon Guillaume de Tyr, il se reconnut vassal du saint-siége ; il déclara que la tour de David et la Cité sainte appartiendraient en toute souveraineté à l'Église , dans le cas où il mour-