‹ Le Magasin de librairieChapitre 7 sur 180 · TOUS · texte numérisé non relu

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ce On peut, dit Camus en finissant son histoire, tirer plusieurs heaux enseignements des divers événements représentés en cette nar^ ration; mais celui-ci brille sur tous les autres, que les femmes yertueuses et honorables, par la douceur et la patience, ramènent enfin à la raison les maris les plus dissolus. )» Morale excellente; mais surtout belle et touchante création que celle de Palombe et qui a, selon moi, le mérite de toucher de plu9 près aux mœurs et aux aventures de la vie moderne que la Grisélidis du moyen âge et de la Table*» Ronde. Les épreuves de Grisélidis sentent le conte et la fiction, et le marquis de Saluées, qui la prend dans une cabane et l'y renvoie pour réprouver, ressemble aux tyrans ou aux ogres des contes de fées. Palombe et Fulgent, au contraire, sont du monde que nous connais^ sons. Les caprices de l'un, c'est-à-dire son infidélité, les épreuves de l'autre, c'est-à-dire son abandon, ne dépassent pas la proportion des malheurs ordinaires. Que de maris légers I Que de femmes délaissées I Mais l'âme à la fois tendre et élevée de Palombe, son amour que rien ne rebute, sa patience que rien ne lasse, ce dévouement qui devient plus grand par la soufirance, tout cela donne au roman de révèque de Belley une originalité remarquable. Aux grandes qualités de Palombe ajoutez surtout ce don qu'elle a, ou plutôt qu'a le bon évèque, de savoir trouver et exprimer les sentiments les plus tendres et les plus touchants. Elle n'est pas seulement douce, patiente, résignée : elle donne à ces vertus un accent pénétrant, qui touche le cœur de Fulgent et fait plus encore en touchant le cœur du public, qui n'aime pas en général les plaintes de la vertu. Grisélidis agit; Palombe agit et parle, elle a l'action et le discours.

Je veux bien que quelque histoire du temps ait donné à Camus le sujet de son roman ; mais s'il a trouvé l'action dans le monde, il a trouvé le discours dans son cœur et dans son esprit. Quelle profondeur et quelle délicatesse de sentiments il donne à sa Palombe ! Quelle science de l'âme humaine , désolée par le plus amer des chagrins et soutenue par une grande et pure affection ! Quelle connaissance du cœur de la femme, si tendre et si aimant que parfois l'amour y étouffe même la jalousie, et si violent aussi parfois que la jalousio y étouffe l'amour et tous les autres sentiments, comme dans Médce !

Tooia IX. <— 33* Livraison. h

ee DE L'AMOUR CONJUGAL

OÙ donc révéque de Belley aTait-41 pris cette intelligence des pa»* nons? Au confessionnal, là où les passions humaines Tiennent mon-^ tarer leurs plaies et en chercher la guérison. Le prêtre n'est pas chargé seulement de condamner les passions par Tapplication de la 1(h de Dieu ; il est chargé de les guérir. Il n*est pas juge seulement ; il est médecin. Il faut donc qu'il étudie le cœur de l'homme^ (pi'il Tobserve^ qu'il le traite et le manie ayec habileté; il faut enfin qu'il connaisse les maladies de l'âme pour les soulager. De là cette science du cœur humain qu ont en général les prêtres , et surtout les pré^ très catholiques^ à qui le confessionnal sert d'étude et de clinique* Cette intelligence ne pouvait manquer à Camus, qui, élève et ami de saint François de Sales, était de l'école qui professait que, pour guérir les maux de l'humanité, il fallait y compatir. Cette école indul-gente et affectueuse pouvait amener le relâchement; elle s'acheminait yers la dévotion aisée : c'était son écueil. Mais, tant qu'elle resta indulgente sans devenir complaisante, c'était la vraie direction chrétienne. Elle attirait les âmes^ et elle ne les attirait que parce qu'elle les connaissait, parce qu'elle savait quels sentiments infinis et divers contient le cœur de l'honune. Aussi, quand, avec cette science des passions humaines, les docteurs de cette école montaient dans la chaire chrétienne , ou que même ils consentaient à écrire des romans, le grand moraliste devenait aisément, conune Camus, un prédicateur éloquent ou un romancier ingénieux et touchant ^#

4« En lisant lés admirables lettres de Palombe à Fulgent, je me suis bien sonTent rappelé les lettres de madame la duchesse de Praslin k son mari^ Elles sont aussi belles et aussi touchantes que celles de Palombe, avec uq degré de résignation de moins, qui les rend plus réelles. Qians ces lettres, rhistoire égale le roman. Cent fois j'ai été sur le point de faire la comparaison : Je me suis arrêté, parce qu'il est de tristes et d'affreux souvenirs qu'il faut écarter.

(La suite à la proobaioe lifraiwa.)

DU

PAR M. FILON

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