CHAPITRE XXVIU
de terrible. On yU un paquet <k plumes noires et rousses pouler sur la table pendant quelques secondes, puis tout devint inounobile. Le Petit- Vigueron était dessous... on le croyait mort, et Hans Gartner fit entendre une exclamation de triomphe ; mais quand on le releva , il était plein de vie et tenait la tête du Grand-Charbonnier entre ses griffes... la crête pendante, Fœil éteint : un de ses éperons avait pénétré dans le crânel Alors une immense acclamation s'éleva de tous les points de la cour; on aurait dit que chaque tuile, chaque pierre avait une voix pour célébrer la victoire du Petit- Vigneron. Msdtre Sebaldus, levant son broc des deux mains, le vida jusqu'à la dernière goutte.
« Au même instant, le coq resté maître du champ de bataille leva
la tête et knça <lans l'espace son chant de triomphe. Tout le monde
se prit k rire. On emporta le Grand-Charbonnier sans vie^ et Hans
Gartner, fort triste, vint apporter^ses cinquante goulden à maître
•Sebaldus Dick. »
Hélas! le brave Petit-Vigneron, le vainqueur du grand combat auquel vous venez d'assister, périt le même jour dans un duel avec un hibou, qui n'était autre que Tâme du vieux Robin Jonas Ce n'est pas pour rien, comme vous le pensez bien, que M. £rck«manu-Chatrian a intitulé son livre Contes fantastiques. Le sur«naturel se mêle toujours un peu à ces scènes si réelles^ si franches, si vraies, et c'est cette alliance de la réalité et de la fantasmagorie qui lui donne un charme particulier. Plusieurs de ces conées sont vraiment terribles, un entre autres, les Trois Ames, où Ion voit le logicien Wolfgang Scharf soutenir que lliomme a trois âmes : Fâme végétale, Time animale et l'âme humaine, tliéorie fort innocuité en a{^rence, mais des plus dangereuses, en ce qu'elle pousse le susdit WoUgang Scharf à voler des hommes et des femmes, à les enfermer et à les soumettre aux tortures de la faim pour démontrer la triplidté de leur ânie. La doctrine de Wolfgang Scharf est fort déve-* iqppée dans le récit de M. £rckmani>--Chatrian. l'y renvoie les métaphysiciens. La Montre du doyen n'est pas un drame moins effrayant. De la folie du mysticisme nous passons à la monomanie du meurtre. Je vous recommande l'histoire de l'honnête bourgmestre Daniel van den Berg, qui assassine les gens pendant qu'il est en état de somnambuli^ne; vos cheveux se dresseront sur votre tête. L'Araignée crabe produira sur vous le même effet; ainsi que l* Esquisse mystérieuse et le Rêve de mon cousin Elof, Pour moi, je l'avoue, je
recherche les impressions plus douces, et j^aime mieux écouter les histoires iaterrompues de Grispinus, les plaintes amoureuses du Tieux conseiller Zacharias, et danser à la noce de Gretchen.
Trois compagnons passaient le Rhin Gais et portant la tête haute.
Us s'arrêtent au seuil de l'hôte :
Holà I bière fraîche et bon via !
Passons le Rhûi à notre tour. Nous voici en Alsace. C'est un beau pays. M. Alexandre Weill va nous en faire les honneurs. Ce n*est pas le premier venu que notre guide : il est poëte , historien, romancier, publiciste , philosophe ; il a écrit dans les grands et les petits journaux ; c'est le polygraphe d^s toute sa splendeur ; il a fait des drames et des comédies qui n'ont pas été joués, mais cela viendra; en revanche, pas un de ses ouvrages qui ne soit complètement épuisé chez tous les libraires. On en trouve la liste complète sur la couverture de son dernier volume : Mismorismes (en langue primitive, mismor veut dire poème sacré ; le pluriel de mismor est mismorismes, voilà pourquoi, ajoute l'auteur, j'ai choisi ce titre). Nous tâcherons de suivre un cours de langue primitive avant de parler des Mismo^ rismes ; nous laisserons également de côté la Ckcerre des paysans (réimpression), pour ne nous occuper que des Histoires de village. Ces trois volumes viennent de paraître à la fois. On voit que M. Alexandre Weill aime à donner de l'occupation à la critique. Il s'en plaint souvent, il trouve qu'elle ne lui rend pas suffisamment justice. C'est un peu sa faute : si M. Alexandre Weill affichait moins de prétentions , on lui ferait peut-être la part plus belle. D ne lui suffit point , par exemple, d'écrire de jolis romans champêtres, il veut encore être le créateur du genre, oc Le premier j'ai écrit des histoires de village. Né dans un hameau alsacien , élevé parmi les campagnards de différentes religions, j'ai, dès l'âge de vingt ans, essayé de retracer du village les peines et les joies, les amours et les haines, les labeurs et les fêtes , les mœurs et les coutumes , en un mot , la double vie du corps et de l'esprit. »
Nous voilà donc avertis : avantM. Alexandre Weill, le paysan n'existait pas en littérature, c'est lui qui Ta inventé. Je ne lui en fais pas mon compliment. Je ne me sens pas une bien vive sympathie pour le