NORVÈGE
Il n'est pas d'usage en Norvège que, le matin du mariage, la fiancée fasse sa toilette au domicile de ses parents, à moins qu'ils n'habitent prés de l'église : ordinairement c'est au presbytère, ou dans la demeure du vicaire, et de très-bonne heure, que l'on pare la future épouse. On apporte de l'éghse la couronne de vermeil qui doit
ceindre sa tôle. Cette couronne , enrichie de breloques et de feuilles également en vermeil , passe de génération en génération sur le front des fiancées, riches ou pauvres. Le reste du costume offre un ensemble singulier : cheveux bouclés, enrubanés, flottant sur le cou; parfois même, au lieu de cheveux , une perruque de lin en guise de chevelure d*or; colliers à plusieurs rangs de perles en verre, verroteries, gants brodés, robe antique de satin noir, fichu émaillé de bijoux.
La veille du mariage (ordinairement un samedi), on voit arriver en longue file les parents et les amis, à cheval, en voiture, à pied, et chargés de provisions, qui consistent ordinairement en beurre, en fromage, en jambons.
Quelquefois les conviés sont au nombre de trois cents ; lorsque la maison nuptiale est pleine , les voisins se disputent l'honneur de donner Thospitalité à ceux qui n'y peuvent pas trouver place. Le dimanche matin , quand la toilette de la fiancée est terminée , le futur se rend à cheval au presbytère, avec tout son cortège ; là se régie la marche de la procession vers l'église : en tête, les musiciens, précédés du bedeau tenant à la main une baguette ou un fouet, puis le marié en habits de fête, ayant à ses côtés le plus notable de ses parents, ou bien escorté du soldat du quartier (reduman); à la suite, les chevaliers de la noce, huit ou dix demoiselles d'honneur, ayant pour costume un jupon vert, une camisole noire, des colliers de
La Toilette de la Fiancée, en Norvège, par Tidemand. — Dessiu de Dargent.
perles en verre à plusieurs rangées, les doigts chargés de bagues de vermeil a breloques, les cheveux en longue tresse roulée et laissant pendre sur le dos, à profusion, de longs rubans de soie aux mille couleurs, à bordure argentée ou dorée. Après les filles d'honneur, la fiancée , dans sa toilette étrange ; près d'elle marche une femme raafiée, l'une de ses proches parentes, comme auprès du fiancé quelque parent notable ; puis, à la suite, la foule des invites. Le cortège s'arrête devant l'église, et le prêtre vient bénir les futurs époux. Après la célébration du seryce feligieux, la procession se reforme dans le même ordre, et toute la noce se rend à la maison du festin. Sur le perron de cette maison , le cortège est reçu par deux femmes : l'une est la mère de l'époux ou de l'épouse, l'autre est la cuisinière en chef. La première introduit les convives dans les salles du festin, la seconde s'empare de la mariée et va dans la cuisine lui faire déguster les plats.
Est-ce un avis indirect des devoirs du ménage? est-ce une sorte de libation d'honneur? est-ce un vieil usage consacré par quelque superstition? L'épouse revient s'asseoir à table, entre son époux et le curé; une place d'honneur est réservée au soldat du quartier. Vers la fin du repas, le curéj[)rononce un discours de circonstance; puis la jeune épouse va faire le tour des tables, escortée du soldat du quartier et d'un musicien ; elle présente à chacun des convives une timbale d'argent nommée skœnkkosa et remplie de bière forte. Chaque convive la vide et la replace sur un plateau que porte le soldat; il annonce à celui-ci de quelle manière il prétend contribuer à l'établissement des jeunes époux, et le soldat proclame à haute voix les libéralités de chacun. Pendant ce temps, le musicien joue l'air c des présents. »
Au festin succède la danse ; c'est le curé qui ouvre le bal avec la mariée par une sorte de valse à lente cadence.
Les fiUes d'honneur attendent la nuit pour enlever la jeune épouse et la conduire à son mari. Les réjouissances ne se terminent pas ce jour-là : les peuples du Nord aiment à prolonger les fêtes de famille ; celles des noces durent parfois jusqu'au vendredi. Le musicien est chargé d'égayer, par ses propos, ses chants et ses concerts, cette réunion patriarcale; il a tous les privilèges des bouffons à la cour des rois, et ses extravagances de parole ou de costume sont les bienvenues. Le lundi, la nouvelle épouse offre à toutes les familles présentes des rubans, du fil, des mitaines, et chacun de ces dons est proportionné à la valeur de celui qu'elle a reçu la veille. Les jeunes gens n'assistent pas à cette répartition : ils sont au bois , et ils y abattent un grand pin qu'ils amènent en le traînant jusqu'au milieu de la cour , où ils le dressent ; le marié préside à cette plantation de l'arbre, et il sert lui-même de Feau-de-vie aux travailleurs. Le lendemain ou le surlendemain au soir, ceux-ci enlèveront le jeune époux comme ils ont enlevé le pin à la forêt, et ils le mèneront à la mariée. Le dernier jour des réjouissiuices , un garçon de cuisine arrive dans la salle du banquet : il tient sous son bras une marmite vide ou un robinet h la main ; il a l'air triste d'un maître d'hôtel qui congédie les voyageurs parce qu'il n'a plus rien dans son cellier ni dans sa cuisine. Les convives entendent ce congé muet mais expressif, et reprennent le chemin de leurs demeures. Quant â la couronne de la mariée, on l'a reportée à l'église pour d'autres cérémonies nuptiales, et les bijoux de verre sont renfermés dans leur écrin.