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LES PERRUQUES

Le perruquier pouvait se croire, sous Louis XV, d'une importance considérable. C'était son art qui semblait assi-

(*) Petite fauiç.

gner à chaque personnage son rang dans le monde ; on se distinguait les uns des autres par |a perruque : noblesse , tiers état, clergé, autant de degrés hiérarchiques de la société, autant de perruques diverses. Là ne se bornaient pas les attributions du perruquier : il était en même temps barbier, baigneur, étuviste. En un mot, il était le factotum de la toilette, le serviteur des grâces et de la beauté, par privilège du roi.

« La beauté que nous avons assignée à nos cheveux, dit un perruquier du dix-huitième siècle, est une beauté rare ; peu de personnes, surtout les hommes, se trouvent les avoir avec toutes les qualités nécessaires, dont voici les conditions, qui sont d'être raisonnablement épais et forts, d'une belle couleur châtain, plus ou moins foncée, ou d'un beau blond argenté, d'une longueur moyenne, descendant jusqu'à la moitié du dos. Il faut encore que, sans être crêpés, ils frisent naturellement, ou du moins qu'ils tiennent longtemps garnis. L sujets à bien des accidents et porter ou du moins pallier a^ imaginée. Plusieurs se trouv a des maladies qui les font quelquefois sans aucune ma que non-seulement les persoi le sont pas encore, deviennei fallait donc se résoudre à port( et plates , surtout quand aucur Ce fut pour remédier à ce d( commencement du règne de calotte des cheveux postiches tables. On parvint ensuite i

toilé étroit de tisserand , comme aussi dans un tissu de frangé qu'on nomme le point de Milan, On cousait par rangées ces entrelacements sur la calotte même, rendue plus mince et plus légère; pour cet effet, on se servait d'un canepin (l'épiderme de la peau de mouton), sur lequel on attachait une chevelure qui accompagnait le visage et tombait sur le cou : c'était alors ce qu'on appelle une perruque. » {Art du perruquier,)

On faisait d'abord les perruques à tresses sur trois soies et cousues sur rubans; puis on parvint à imiter complètement une chevelure naturelle. Cette découverte parut « si bonne et si secourable », qu'en 1656 le grand roi créa quarante-huit charges de barbiers perruquiers suivant la cour; deux cents charges étaient établies en faveur du public. Un autre édit en ajouta deux cents autres en 1673. La mode nouvelle fit "sortir beaucoup d'argent de France ; il fallait se procurer des cheveux à l'étranger, la production indigène ne sufTisantplus. Colbert s'émut de ces exportations de numéraire; il voulut abolir l'effet dans sa cause et remplacer les perruques par des bonnets , dont on essaya même des modèles devant le roi. Les perniquiers se hAtèrent d'adresser au roi leurs doléances et représentations respectueuses : « L'argent sorti de France pour l'importation des matières premières y rentrait et au delà par l'exportation des produits manufacturés; la ville de Paris fournissait de perruques l'Espagne, Tllalie, l'Anj^leterro, l'Allemagne et autres États. » Colbert abandonna le projet des bonnets, eVies perruquiers grandireîit en prospérité : vers la fm du dix-huitième siècle, ils étaient au nombre de huit cent cinquante, avaient un prévôt, des gardes, des syndics, et charge héréditaire. « Ils ont droit et lour est attribué le commerce des cheveux en gros et en détail , comme aussi leur est permis de faire et vendre poudre , pommade, opiat pour les dents; en un mot, tout ce qui peut servir à la propreté de la tête et du visa^çc. »

Le rasoir étant instrument de chirurgie, le chirurgien avait aussi le droit de faire la barbe; mais sa boutique

devait être peinte en rouge ou en noir, couleur de sang ou de deuil, sur laquelle se détachaient les bassins de cuivre jaune qui servaient d'enseigne; le perruquier avait à sa porte des bassins blancs, en étain ; la fantaisie seule choisissait la couleur de sa boutique. Et conune lui-même était moins grave, moins pesant que le barbier chirurgien! Comme il nous paraît, dans les estampes, apprécier tous les privilèges de son art : faire les cheveux aux dames, les étager de manière à leur donner un aspect agréable, combler les lacunes et les cacher sous des nuages de poudre; fabriquer tours, toupets, chevelures entières pour messieurs les gentilshommes, gens de cour, d'église, de justice ou d'épée ; bref, débarrasser chacun des soins journaliers du corps! Entrez dans cette boutique où travaillent les tresseuses, où Ton monte les coiffures préférées par les merveilleux, où Ton frise en crêpe, où Ton frise en boucles, où l'on répète les nouvelles que l'on sait, où l'on invente

celles qu'on ne sai^ P^S; faites- vous mettre suivant votre condition , votre âg^ et ia mode du jour, les cheveux en bourse, en cadenette, en cadogan, à la grecque, perruque à la Fontange , à la brigadière, en bonnet , nouée à oreille, d'abbé, de palais, à marteaux, à simple nœud, à queue de rubans, etc.; examinez cette collection d'outils : fers à friser (pince à longues branches à mâchoires plates en dedans), fers à toupet (à branche ronde entrant dans une creuse), cardes de toute sorte pour les cheveux, champignons à perruques, coquemard à faire chauffer l'eau, bouilloire, bouteille de fer-Uaac pour porter l'eau chaude en ville , cornet à œil de verre et masque à poudrer, melons (étuis à perruque), zeste (bourse à tuyau pour poudrer), etc., 'etc.; regardez, écoutez, n'oubliez pas que cet artiste en cheveux est en même temps votre barbier, votre baigneur, qu'il descend peut-être du |rand Binetlo (celui qui disait : Je dépouille la tête des sujets pour en

Intérieur d'une boutique de pecruquier sous Louis XV. — D'après une estampe du temps. — Dessin de Dargeut.

couvrir celle du souverain); que peut-être vous vous trouvez dans la boutique de maître André , fabricant de perruques et de vers tragiques à la manière de ceux-ci :

En tel état que j*aille, à pied comme en carrosse, U nren souviendra du — premier jour de mes noces.

Songez pour un moment qu'en vous faisant accommoder, vous entendez parler du récent ouvrage de M. Diderot ou de M. d'Alembert, ou même du chapitre de l'Encyclopédie sur les perruques, ou des dernières audaces de M. de Voltaire ; et comparez , si vous l'osez , la boutique du perruquier du dix-huitième siècle avec celle du coiffeur du dix-neuvième. Figaro est mort; son petit-fils n'a pas son esprit : il fait la barbe, taille les cheveux, coiffe au goût du jour et sait fabriquer des postiches sur tulle, imitant à perfection la nature ; mais aujourd'hui les hommes gardent leurs propres cheveux tant qu'ils peuvent. L'art des perruquiers serait en danger de se perdre chez nou$

sans les postiches et les fausses nattes h l'usage des (lames.

Les travaux que l'on vient d'exécuter sur le quai de l'Horloge ont bien modifié l'emplacement qu'y occupaient, au dix-huitième siècle, par ordre, les perruquiers en vieux. Ceux-ci ne rasaient point : ils n'étaient pas de barbene; nu lieu de bassins, ils avaient pour enseigne un marmot, espèce de vieille tète de bois avec une très-vieille perruque. Ils pouvaient faire du neuf, mais à condition de mêler du crin aux vrais cheveux et de mettre au fond de la coiffe cette inscription : perruque mêlée. C'étaient les perruquiers des pauvres gens.

Nous aurons à compléter et rectifier ce qui a été écrit, dans nos volumes précédents, sur le château de la Bocbe- Paron et sur la ville de Montbéliard.

LAROQUE, PRÉS BOUILLAC

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