‹ Le Magasin pittoresque (volume 3)Chapitre 110 sur 314 · PLUS HAUT, TOUJOURS PLUS HAUT · texte numérisé non relu

PLUS HAUT, TOUJOURS PLUS HAUT

(EXCELSIORÎ)

Les ombres de la nuit tombaient vite sur terre comme passait à travers un village des Alpes un jeune homme portant an milieu des neiges et des glaces* une bannière sur laquelle était inscrite cette étrange devise : Excelsior ! (Plus haut!)

Son front était triste; en dessous, son œil brillait comme un fauchon (^) hors de sa gatne, et, pareils au son d'un clairon d'argent, jaillirent de sa bouche les accents de cette langue inconnue : Excelsior!

Dans les heureuses maisons du village, il vit la lumière du foyer des familles rayonner chaude et vive, et, au-dessus, les glaciers se dresser comme des spectres, et de ses lèvres un gémissement s'échappa : Excelsior ! ' • Ne tente point le passage, lui dit le vieillard, la sombre tempête va dçv^cendre sur ton front, le torrent mugissant est profond et large » ; et , retentissante , la voix qui ressemblait à celle d'un clairon repartit : Excelsior !

< Oh! arrête-toi, lui dit la jeune fille, et viens reposer ta tête fatiguée sur mon sein ! » Et une larme étincela au bord de son œil bleu ; mais le jeune homme répon^lit en soupirant : Excelsior!

• Prends garde aux branches desséchées du pin, prends garde a l'avalanche terrible! » tel fut le dernier bonsoir du paysan. Et une voix répliqua au loin, sur la hauteur : Excelsior !

Au point du jour, tandis que les pieux moines du Saint- Uemard élevaient au ciel leur prière souvent répétée, une voix cria à travers l'air ému : Excelsior !

Un voyageur à demi enseveli dans la neige était trouvé par le fidèle chien des moines ; il ^rrait toujours dans sa main glacée la bannière à l'étrange devise : Excelsior î

Lé, dans le crépuscule gris et froid, il repose sur le sol, privé de vie mais plein de beauté, et, du fond du ciel, sereine et lointaine, une voix tomba comme une étoile filante : Excelsior ! Longfellow.

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