JUIN
Le disque du soleil est évidemment assujetti à des variations apparentes selon les diverses positions que nous occupées pendant noire course autour de lui. Il semble grossir visiblement lorsque notre distance diminue, et diminuer notablement lorsque nous nous éloignons. Vers le 31 décembre dernier. lors de l'éclipsé totale, le disque sous- tendait sur la splière céleste un arc-de 32' 34*. Vers le mois de juin, d'après les' chiffres insérés dans la Conmmanee des tempi, et calculés à l'avance avec une exactitude rigoureuse, il n'occn|pera plus qu'une distance angulaire de 31' 31". A ce moment son rifre apparente sera réduite environ aux *7it de sa grandeur primitive.
Quelque considérable que paraisse déjà cette différence, elle est pour ainsi dire insignifiante relativement à celle que l'on constate dans l'observation des planètes. Ainsi Mars, qui, vers le commencement de rannoo, n'avait un diamètre que de 4'',4 seulement, aura atteint 22 secondes vers le mois d'octobre. Ses dimensions apparentes auront plus que quintuplé. &i surface sera au moins vingt-cinq fois plus grande.
Vénus n'offre pas des variations de diamètre moins considérables, car, du mois de février, où elle possède un peu plus de 54 secondes, jusqu'au mois de septembre, oi'i elle n'a plus environ que 10 secondes, elle décroît d'une manière continue et arrive à ne plus avoir que le vingtcinquième de la ^surface qu'elle offrait à notre vue primitivement, pendant que Mars devient vingt-cinq fois plus étendu.
Il arrive un moment, vers le mois de mai, où les diamètres apparents de ces deux planètes, si différentes de volume i de densité, de position, paraissent égaux l'un à l'autre.
Les variations de Jupiter sont comprises entre 32 et 46 secondes, de sorte que Vénus, qui peut le dépasser d'une manière sensible, tombe souvent au-dessous. Au mois de mai, c'est Jupiter qui l'emporte, son diamètre étant de 42 secondes. Au mois de septembre, le diamètre sera tombé bien au-dessous de celui de Saturne ,
qui est d'environ i 5 secondes, tandis que Vénus n*aura plus alors que 10 secondes environ.
En tous cas, même dans la période de leur plus grande splendeur, les disques apparents de ces astres n'offrent qu'une faible fraction de la surface du soleil : Mercure en serait à peine la Vtsoo partie, et Vénus la 7,6o- Quant à Mercure, les observateurs qui ont réussi à le voir lors de son passage sur le disque solaire ont pu juger de son extrême petitesse.
Lorsque notre satellite vient s'interposer entre notre globe et l'astre qui nous éclaire, il se place souvent de manière que l'interposition n'est pas visible pour les habitants de Paris. C'est ce qui arrivera pour l'éclipsé du 12 juin, qui ouvrira la série des trois éclipses de l'année. Ce phénomène, qui commencera à 4 h. 33 m. du matin, et finira h 9 h. 10m., sera donc observable dans le grand Océan du Sud, depuis le cap de Bonne-Espérance jusqu'en Australie. Le premier contact sera apparent au sud de Madagascar, et le dernier près des côtes australiennes. Quoiqu'elle ne doive être que partielle, cette éclipse sera pourtant fort intéressante; car le diamètre du soleil étant représenté par wn, la longueur de la corde éclijîsée sera de 0,924. Pour nous servir d'une ancienne locution , c'est une éclipse de onze doigts.
Le mois de juin 1862 offrira, par extraordinaire, le phénomène qui se reproduirait deux fois à chaque lunaison si l'orbite de la lune n'était pas inclinée sur le plan de l'écliptique : une éclipse de lune lors de la pleine lune, qui aura lieu le 12 juin, et une éclipse de soleil lors de la lune nouvelle, qui arrivera le 27 du mém« mois.
Les éclipses de lune, bien différentes, comme nous l'a-* vons remarqué déjà, des éclipses de soleil, sont visibles à la fois dans tous les lieux pour lesquels la lune se trouve audessus de l'horizon. Cependant l'éclipsé partielle du 12 juin 1862 ne sera pas visible pour nous autres Parisiens. Notre satellite commencera à entrer dans la pénombre précisément au moment où le mouvement diurne le fait descendre au-dessous de riiorizon. C'est encore un intéressant phénomène qui nous échappera, et dont nous ne pourrons que lire la description.
Suit«. — Voy. p. 98, 127.
CHIMIE
Alcalis artificiels. — Depuis le jour où, dans son laboratoire, M . Zinin a produit des substances alcalines analogues à celles que nous présente la nature vivante, et a donné une méthode générale qui s'applique à la production d'un grand nombre d'autres; depuis que M. Wurtz est venu ajouter une nouvelle méthode à la précédente, et que M. Hoffmann a considérablement étendu les procédés découverts, un grand nombre de chimistes sont entrés dans ces voies si merveilleusement ouvertes. Ce qui a puissamment excité l'ardeur des recherches, c'est l'importance théorique de la question et ce sont les espérances d'un résultat pratique de grande valeur. Le chimiste ne cesse de s'émerveiller de voir se construire par ses mains ces corps tout semblables à ceux qui n'avaient été composés jusque-là que par l'action des forces vivantes; il se sent i créateur, autant que l'homme peut créer du moins, et l'enthousiasme le soutient dans les plus pénibles travaux, comme il a soutenu les alchimistes ses ancêtres. Il a même désormais l'espoir de ne pas rester simplement imitateur, et de produire un jour non plus seulement les analogues des alcalis naturels, mais hien ces alcalis eux-mêmes. Un
jour viendra, on en a la certitude, où ces substances actives sur l'organisme, qui, employées sagement, soulagent les souffrances du* malade, ou excitent les forces de l'homme valide, ne seront plus tirées à grands frais des pays lointains : le chimiste les fera sortir de ses appareils. La quinine qui guérit la fièvre, la morphine qui calme les souffrances, la caféine, principe actif du café, toutes ces matières ne vont pas tarder à se constituer par le seul effet des forces chimiques. D'abord , il est vrai , elles ne s'obtiendront que par des procédés longs et coûteux; mais plus tard les méthodes se simplifieront et l'industrie s'en emparera.
M. Rossi a tiré du cumin trois alcaloïdes; ce sont des composés qui ne contiennent pas d'oxygène. Il les appelle des cuminammines.
M. Cannizzaro, de son côté, a préparé deux alcalis qui sont plus voisins des alcalis naturels qu'aucun de ceux que l'on a obtenus jusqu'à ce jour; ce sont des alcalis oxygénés. Il les appelle anisammines.
M. Hohmann a indiqué une méthode toute nouvelle, qui permet de détruire un alcaloïde en partie, mais qui permet aussi d'en former un nouveau aux dépens des débris du premier; c'est l'inverse de ce que l'on avait fait jusqu'ici.
Enfin , M. Kuzent a trouvé un alcali nouveau dans le kava.
Matière colorante préparée par un alcali. Fuchiine. — De tous ces alcalis artificiels, aucun jusqu'à ce joO^lprnvait trouvé d'emploi dans les arts, lorsque, dans ces temps derniers, des expériences heureuses firent découvrir une matière colorante nouvelle, qui s'obtient avec l'un des alcalis les plus économiques à produire, et cette découverte est une cause d'émotion très-vive dans les contrées d'où viennent les matières colorantes et dans celles où elles s'emploient.
La nouvelle matière colorante, que l'on a nommée fuchsine , s'obtient par l'action du bichlorure d'étain sur l'aniline, alcali que l'on prépare au moyen de la benzine, connue aujourd'hui de tout le monde. Elle est d'un rose magnifique, et M. Chevreul, si compétent en pareille matière, écrit : « Aucune matière colorante, à ma connaissance, n'est comparable à la fuchsine pour l'éclat, l'intensité et la pureté de la couleur. » Auprès du rose de la fuchsine, celui de la cochenille et même celui du carthame semblent ternes. Qui a vu celui-là ne veut plus des autres. Aussi, en quelques mois, le prix de la cochenille a-t-il baissé de moitié sur nos marchés; le carthame ne s'y montre plus, et, par contre, la benzine, dont le prix (en gros, bien entendu) était peu élevé, va toujours en montant, et cette substance, qui n'était qu'un résidu de la fabrication du gaz, prend une valeur extraordinaire. Le jour n'est peut-être pas éloigné où l'on distillera la houille pour en extraire la benzine : alors le gaz d'éclairage produit par surcroît sera donné à vil prix.
Cette découverte a été accompagnée d'autres du même ordre. Ainsi la cinchonine, alcali qui se trouve dans le quinquina et que rejette le fabricant de quinine, a donné un très- beau bleu, mais qui n'est pas encore dans le commerce; on n'est pas parvenu à le rendre d'assez bon teint.
Ces exemples ont éclairé les chimistes et leur ont indiqué une méthode encore mal définie pour produire des matières colorantes.
On ne saurait pressentir le plus ordinairement toute l'importance d'une expérience bien réussie. Un chimiste ignoré peut, de son laboratoire, faire sortir telle découverte qui déjoue tous les calculs de la politique et change tout à coup les relations des peuples. Déjà la fuchsine, si elle enrichit nos industriels, a ruiné les pays qui pro-
duisent la cochenille. Que Ton découvre une matiéce colorante qui puisse remplacer l'indigo , et ce sera un désastre pour les Indes.
Combustibilité du tabac, — Les recherches que M. Schlaesing a sounQises à TAcadémie sont relatives à la combuiti" bilité du tabac.
Sous ce nom , les fabricants désignent la faculté que les tabacs possèdent, à des degrés très -variés, de demeurer en ignition pendant un certain temps après chaque aspiration du fumeur.
A quoi tient la plus ou moins grande combustibilité d'un tabac? Voici ce qui résulte des recherches que nous analysons :
i<* Les parties solubles des cendres d'un tabac combustible contiennent toujours du carbonate de potasse (le tabac ne renferme pas de soude), et généralement plus un tabac est combustible, plus ses cendres sont alcalines.
^'* Les parties solubles des cendres d'un tabac incom-buslible ne contiennent pas de carbonate de potasse; le plus souvent on y trouve de la chaux.
3<* Un tabac incombustible devient combustible quand on lui incorpore un sel organique de potasse (malate, citrate, oxalate, tartrate, etc.), en proportion telle que la potasse , dans les cendres , se retrouve à l'état de carbonate.
4*" Uj^ tabac combustible devient incombustible quand on lui «rorpore un sel minéral, sulfate ou chlorure, à base de chaux, de magnésie, d'ammoniaque, etc., en proportion telle que la potasse se trouve combinée avec les acides sulfurique et chlorhydrique , et non à l'état de carbonate.
Voici comment l'on incorpore un sel quelconque dans du tabac : on plonge un instant les feuilles dans une dissdlution du sel ; on les secoue et on les abandonne dans un vase fermé pendant vingt -quatre heures; on les sèche ensuite à l'air libre : leur aspect primitif n'est point changé par ces traitements. Cet avis peut être utile aux fumeurs.
Ces faits s'expliquent, d'après les expériences de M. Schlaesing, par les considérations suivantes, dont il a éprouvé l'exactitude.
Quand un cigare est bien pourvu de sels organiques de potasse, ceux-ci, décomposés avec boursouflement par la chaleur, produisent par eux-mêmes un charbon poreux, et servent , en outre , à diviser, à désagréger le charbon des autres matières auxquelles ils sont mêlés. Le charbon du cigare devient poreux, et, comme tous les charbons poreux, ïl garde le feu. Mais si le cigare contient peu ou point de sels organiques de potasse, si l'alcali combiné aux acides sulfurique et chlorhydrique ne forme que des sels passifs pendant la combustion, les matériaux du tabac n'éprouveront point de boursouflement et laisseront un charbon compacte, peu poreux, qui n'entretiendra pas l'ignition. Dans ce cas, le cigare charbonnera, et les parties carbonisées conserveront en apparence l'organisiition du tissu de la feuille.
La suite à une autre livraison.
à l'intérieur du cloître même. Le vieux bénitier, fort simple, est surmonté d'une lanterne de pierre encore toute noire de la fumée de la lampe qu'on y tenait allumée jour et nuit. Au-dessus est un bas-relief à deux scènes, qui parait l'ex-voto de deux personnes échappées ii un naufrage : sous