‹ Le Magasin pittoresque (volume 3)Chapitre 123 sur 314 · PRÈS DE MONTPELLIER · texte numérisé non relu

PRÈS DE MONTPELLIER

De Montpellier à Cette, au moment où Ton s*éloigDe de la première station du chemin de fer, on voit s'ouvrir à gauche les calmes horizons de la mer, des étangs et des marais bordés de tamarix ; la silhouette brumeuse de Fan-

La Grotte de la Madeleine, près de Montpellier (Hérault). — Dessin de J.-D. Uurens.

tique église de Maguelone et des amas de sel en forme de pyramides s'élèvent seuls au-dessus de ces lignes plates du paysage. A droite, au contraire, se dressent à peu de distance , au delà de quelques champs de vignes ou d'oliviers et au-dessus de touffes épaisses de chênes verts, des masses calcaires assez abruptes. C'est un site aussi intéressant pour le savant que pour l'artiste. On y rencontre surtout un affaissement de rochers d'une grande valeur pittoresque; ce petit ravin, ou plutôt ce trou, connu dans le pays sous le nom de Creux de Mxége, fit dire une fois à un célèbre paysagiste allemand, que nous y avions conduit, qu'il voyait là une preuve bien palpable que le grandiose ne provient pas toujours de ce qui est grand, et que les plus grandes montagnes sont rarement pour le dessinateur un moyen de produire le grandiose. Ainsi , en môme temps que le géologue médite sur le bouleversement qui a taillé et dressé en l'air ces tours et ces murs naturels, ou que le botaniste les escalade, non sans péril, pour y cueillir la splendide lavatère maritime ou quelques tiges des gigantesques ombellifères du genre Fertda, le peintre peut y faire une riche récolte de motifs pittoresques. Au delà du Creux de Miége et en se rapprochant du domaine de la Madeleine, on arrive devant d'autres anfracluosilés qui

méritent aussi l'attention. Ici sortent des fentes des rochers le laurier- tin et le laurier d'Apollon ; le peintre^ ravi de l'élégance des chênes verts auxquels s'attachent des lianes de vigne sauvage, de clématite maritime ou de smilax, ne conçoit pas un réduit au monde d'un caractère plus poétique. C'est là que se trouve une grotte dont nous avons déjà parlé en 1856. Chaque été cette grotte se remplit, comme celle dite du Chien, aux environs de Naples, d'une grande quantité de gaz acide carbonique, et les phénomènes d'asphyxie s'y produisent de la manière la plus dangereuse pour les visiteurs non prévenus ou imprudents. En hiver, au contraire, on peut s'introduire sans danger jusque dans les parties les plus profondes de la grotte, et y naviguer en barque sur une espèce de canal naturel d'eau limpide et courante. H y a une trentaine d'années, cent personnes environ se promenèrent sur ce canal à la lueur des flambeaux.

Les rayons de la lumière pénétrent dans la grotte par une ouverture encadrée de plantes grimpantes et y créent, à certaines heures du jour, des effets puissants et harmonieux de clair -obscur. L'extérieur charme aussi par un désordre pittoresque de figuiers, de lierres, de clématites, de lentisques et de rochers brisés.

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