Tome XXX.- Mai
pleine de rues à pic et en zigzag, livrée au vacarme assourdissant des nymphes ou des eaux, — nymphts, lymphis, transcrivez Horace comme vous voudrez, — et au tapage des laveuses. »
Telle est l'opinion d'un voyageur moderne, M. Victor Hugo, sur la petite ville de Schaflhausen. Telle était aussi
Magasin pittoresque.
l'impression d'un autre voyageur non moins illustre, Goethe, qui y vint passer quelques jours en 1797, et qui s*y logea à Y hôtel de la Couronne, devenu ainsi une auberge historique.
Schaffhouse mérite les éloges qu'on a adressés à sa position pittoresque. Elle n'a pas plus de 7000 habitants; mais cette population lui suffit, et elle n'en demande pas une plus considérable. N'a-t-elle pas eu, d'ailleurs, l'honneur de voir naître Jean de Mùller, l'historien national de la Suisse, un écrivain digne de l'antiquité? N'a-t-elle pas, en outre, tout comme tant d'autres plus grandes villes, un collège académique, un gymnase, une société de médecine et de chirurgie , une riche bibliothèque , un hôtel de ville, des églises, etc.? Si elle n'a plus son célèbre pont en bois construit en 1758 par le charpentier Grubeiimann, et brûlé, le 13 août 1799, par les Français qui se retiraient devant les Autrichiens, n'a-t-elle pas, en revanche , pour satisfaire à son amour-propre et à la curiosité des touristes, le château de Laufen qui se trouve dans son voisinage, et le château de Munnoth qui se trouve dans son sein même?
Du château de Laufen nous n'avons pas à parler ici, quoiqu'il soit remarquable par la belle cascade du Rhin qui s'y précipite d'une hauteur d'environ 80 pieds. Nous ne voulons parler que du château de Munnoth, q^e notre dessin représente , dominant de ses ruines imposantes la partie de la ville qui se baigne dans le Rhin.
Qu'est-ce que ce château, et quelle est son histoire? C'est l'histoire de la plupart des châteaux qui bordent le vieux fleuve : il a été quelque chose de formidable d'abord; il n'est plus rien, aujourd'hui, qu'une nfme pittoresque. Les antiquaires prétendent que Munnoth vient de Mnnitio, à cause d'une citadelle romaine qui était là jadis; mais munitio est un mot général signifiant fortification, rempart, et n'a jamais eu, ce nous semble, de signification particulière. Quoi qu'il en soit, Munnoth ou Munitio, lorsqu'on examine attentivement ces énormes débris du passé, dont il ne reste debout, à celte heure, qu'une grande tour et une immense voûte casematée qui peut couvrir plusieurs centaines d'hommes, il parait évident que ce château a été un château fort, un nid féodal, un burg, comme tous ceux dont les ruines gisent sur les bords du Rhin, 11 est trèsintéressant à visiter. Les pierres ont l'éloquence des livres ; le château de Munnoth est une page de la féodalité écrite en lettres moulées.