QUI AIENT DATE CERTAINE
La collection du Magasin pittoresque fournit trop de détails sur Tarefaitecture et lés antiquités de tous les peuples pour que nous revenions sur les monuments celtiques, mexicains, cyclopéens, ass^Tiens, Scandinaves; nous renvoyons le lecteur à la TïiHe des vingt premières années ; il ne trouvera ici qu'un aperçu général et sommaire.
On sait que la Bible attribue h Caïn et à sa race la construction des premières villes, et l'invention de tout ce qui se fait avec la pierre oiî le cuivre. L'idée d'une architecture antédiluvienne n'a jamais été abandonnée; mais elle ne peut guère s'appuyer que sur de vagues hypothèses, car les mers ont dû recouvrir toutes les œuvres des premiers hommes et gardent peut-être dans leurs abimes les secrets du passé. Toutefois, les savants donnent une fabuleuse vieillesse aux monuments qui» d'abord nommés celtiques, se sont retrouvés dans le monde entier, notamment au Mexique et dans l'Etat de New-York. Cromlechs, dolmens» menhirs, ont cessé d'être attribués
aux druides : ils semblent appartenir à une race primitive qui aurait, à une époque inconnue, couvert le globe, depuis l'Europe et l'Asie jusqu'au nouveau monde, aussi vieux que /'ancien, selon l'expression d'un poète illustre. A ces vestiges étranges se rattachent probablement les haches de silex , ovales grossièrement aiguisés qu'on rencontre souvent dans nos campagnes, sans compter le reste de la terre habitée. Cet ensemble de monuments a fait naître l'ingénieuse hypothèse d'un âge de pierre, antérieur aux âges métalliques de la fable ; c'est aux géologues à prononcer.
Si l'âge de pierre a précédé le déluge , il a légué aux hommes des traditions dont on reconnaît l'influence dans certains récits de la Bible. Les amas de pierre que les patriarches vouaient à Dieu , et qu'ils destinaient à la commémoration des événements, ont, ce semble, quelques rapports avec les cromlechs et les pierres levées. Les constructions cyclopéennes elles-mêmes, formées de blocs énormes, irréguliers, dénotent, chez les Pélasges, une réminiscence de l'architecture primitive.
Si nous descendons vers les temps historiques, nous devrons nécessairement chercher en Chine, en Egypte, en Assyrie et dans l'Inde les édifices les plus anciens. Mais le fabuleux Cathay, la Sérique, l'Empire du milieu enfin, ne s'est pas encore laissé pénétrer; et que peut-on savoir de certain sur ses tours de porcelaine et ses pagodes gracieuses? Cependant les nombreuses révolutions qui ont bouleversé la Chine ont respecté des vases de belle forme et couverts d'ornements, qui datent, assez probablement, du dix-septième siècle avant notre ère, des armes et des poignards dont les archéologues chinois font remonter la fabrication jusqu'à l'an 1200 avant le Christ. Sur les vases dont nous parlons se retrouve, comme sur les vases étrusques ou grecs primitifs, la ligne repliée sur elle-même à angles droits , que nous nommons grecque. C'est un fait singulier dont la 'science ne peut encore rien conclure. La grande muraille de la Chine, élevée par Chi-hoang-tl entre les provinces septentrionales de son empire et les pays occupés par les Tartares, fut, selon M. Pauthier, coma»encce l'an 213 avant notre ère. Elle existe encore dans presque toute son étendue. C'est un vaste rempart long de 600 lieues, haut de 20 à 25 pieds; l'épaisseur en est telle que six cavaliers peuvent le parcourir de front; il est flanqué de tours placées chacune à la distance de deux traits de flèche. On croit qu'il fut bâti en dix ans, par pinceurs millions d'ouvriers, dont quatre cent mille périrent.
L'Egypte est féconde en obéHsques, en pylônes, en colonnades, en portes, dont l'âge eff'raye et déconcerte notre civilisation d'hier. En vain l'histoire remonte dans le passé, elle retrouve l'Egypte avec ses dieux et ses palais; sous les ruines vieilles de trente-six siècles, on reconnaît des débris plus antiques. Nous citerons les pyramides de Sakkarah et de Daschour, attribuées à la troisième dynastie raemphite, qui régna, selon Manéthpn, 5318 ans avant le Christ; celles de Gizeh , près de Meraphis, élevées par la quatrième dynastie (5000 aps av. J.-C.) ; à peu de distance le grand sphinx monolithe taille dans la chaîne libyque, et qui mesure 1 1 7 pieds de longueur. S'il reste peu de chose des splendeurs de Memphis, qui florissait entre le cinquantipme et le trentième siècle avant notre ère, Thébes a conservé jusqu'à nos jours les merveilles de Karna^, Louqsor et Médiuet-Abou ; c'est de Thébes que sortirent environ dix illustres dynasties, depuis la dixième jusqu'à la vinp:tième. Les étrangers, Juifs et Hycsos, qui dévastèrent l'Egypte vers l'an 2000, ne nous ont liissé que peu de monuments des premières dynasties Ihébaines; mais la dix-huitième, celle des Rhamsès, a laissé des traces ineflaçables; c'est à elle qu'il faut attribuer les grands
édifiées de Médinet, d*El-Assasif (reine Araersé); les obélisques de Karnac, les plus beaux de l'Egypte; les temples d'Edfou et de Karnac, d'Ombos, d'Ouadi-Halpba; les obélisques de Saint-Jean de Latran, d'Alexandrie, de Constantinople (Mœris, 4732 av. J.-C. : de ce règne date le plus ancien manuscrit connu , Musée de Turin), Le fondateur du palais de Louqsor est Aménophis-Memnon (même dynastie). Son fils Horus, et après lui Rhamsès I*' et Sésostris (Rliamsès III ou le Grand), couvrirent la Thébaïde d'édifices et de stitues sans nombre. Nous ne pouvons que renvoyer le lecteur au livre intéressant de Champollion-Figeac, dans la collection de l'Univers pittoresque. Nous serions débordé par la multitude des colosses et des nécropoles; déjà la tête nous tourne pour avoir mis le pied sur le seuil de ces antiquités inouïes. Que dire maintenant de l'Inde, qui n'a pas conservé de chronologie , et de FAssyrie , dont les plus anciens monuments ne remontent guère qu'aux temps de Sémiramis (1900 av. J.-C.) ou de Nabuchodonosor (Nebucadnetsar, 690 av. J.-C.)? Ninive et Babylone seraient humiliées devant Thébes et Memphis. Il est vrai que la tradition nous montre encore les débris de la tour de Babel; mais au sortir de l'Egypte, la tradition ne sufiit plus : il faut des dates précises, ne seraient-elles écrites qu'en hiéroglyphes !
Qui dispose en rien de son existence? Une seule chose est fixe en ce monde, c'est oe que l'on peut faire pour le devoir. M"* de Stael.
faïences de HENRI II