DE TOUS LES ÉTATS DU GLOBE
Le timbre-poste est un papier-monnaie créé , fabriqué et émis par l'Etat. Le timbre porte l'indication de sa valeur; il est vendu et reçu au pair par l'administration des postes; il ne peut servir légalement qu'à acquitter par avance la taxe postale de la lettre sur laquelle il est apposé, mais, en fait, il est devenu, dans chaque pays, d'un usage général pour le payement de sommes minimes.
Les timbres-poste sont de petites images gravées, imprimées en noir sur papier de couleur ou en couleur sur papier blanc, de forme et de grandeur diverses, gommées au revers; presque toutes les nations dif globe ont adopté ce mode d'affranchissement des correspondances. Depuis vingt ans qu'il est en vigueur, les changements de gouvernement ou de règne , d'unité monétaire ou de taxe postale, les perfectionnements apportés à la fabrication de ces timbres et des circonstances particulières ont déjà porté à quatorze cents le nombre des enveloppes timbrées et des timbres ; ce nombre s'accroît sans cesse.
Le timbre peut se détacher de la lettre sur laquelle il a été placé, et, dans ce cas, le destinataire doit payer la taxe déjà acquittée au départe aussi, dans plusieurs pays, l'administration des postes met en vente des enveloppes timbrées, il est même à remarquer que sir Rowland Hill, l'auteur de la réforme postale en Angleterre, et, avant lui, M. Stead, de Yarmouth, avaient proposé d'abord l'emploi des enveloppes, et qu'en Russie les enveloppes timbrées ont été seules en usage pendant dix ans pour l'affranchissement des correspondances.
On a entrepris, depuis quelques années, de recueillir et de réunir tous les timbres, et le goût de ce genre de collection est devenu très-répandu et trés-vif. Il donne lieu à un commerce de timbres étrangers et de timbres anciens qui n'est pas sans importance ; une des branches les plus intéressantes de l'industrie de Paris, la fabrique des objets de maroquinerie, s'est empressée de faire de petits albums élégants et commodes, disposés expressément pour ces collections. Des catalogues de timbres ont été pubhés ; plu- ' sieurs autres catalogues sont imprimés, mais ne sont pas mis en vente.
On aurait tort de penser que la recherche et la collection de ces timbres soient une entreprise puénle et vaine; le mouvement a commencé dans les écoles et les collèges, ' il s'est continué dans les salons et les cabmets. Ce goût a pour les enfants et les jeunes gens ce côté précieux qu'il leur rend l'étude de la géographie et des monnaies plus facile et plus attrayante , et qu'une partie de l'histoire de notre temps leur devient familière sans effort, grâce à ce petit et singulier moyen.
Les enfants ne sont pas les seuls auxquels les timbres donnent utilement ces enseignements; le nombre est grand des curieux qui n'apprennent que par les timbres l'existence et la situation de bien des États, et comme les amateurs ne veulent pas ignorer la valeur des timbres dont ils font montre, ils abordent, pour la connaître, un ordre de recherches qui ont leurs difficultés et qui étendront certainement le cercle des partisans de l'uniformité des monnaies.
Le timbre-poste prend place, à titre de papier-nMmnaie,
(*) Recherches faites, pour le Magasin pittoresque, par M. Ni- WisRoiMjot. '
dans les collections de monnaies, et, dans Tavenir, les timbres apporteront à lliistoire autant de preuves que les monnaies Cette remarque peut être déjà faite aujourd'hui : les gouvernements intérimaires à Florence, à Parme, à Modéne, à Bologne, n'ont pas frappé de monnaies, mais ont émis des timbres-poste, et des timbres sortis des presses de Kiel en 1850 conservent aussi le souvenir de la guerre insurrectionnelle des duchés de Sleswig et de Holstein.
L*art lui-même n'est pas désintéressé à ces collections. Les timbres sont de petites estampes qui portent généralement soit l'effigie du souverain, soit les armes de la nation, soit quelque figure allégorique. La typographie, la gravure et la lithographie sont employées à leur confection ; plusieurs timbres sont d'une rare distinction et d'une exécution parfaite , il en est aussi de gaufrés à sec dont les reliefs sont charmants. 11 est facile de prévoir que, par le renouvellement fréquent des types, une collection de timbres-poste présentera bientôt, de la façon la plus saisissante, le tableau des progrés de la gravure et de l'impression. On voit, en rapprochant les timbres élégants de la Grèce et de l'Ile Ceyian de ceux du Mexique et des ties Sandwich , les extrémités d'une échelle curieuse dont les degrés sont nombreux, et l'on peut faire d'instructives comparaisons.
Une collection de timbres devient chaque jour une entreprise plus difficile et plus coûteuse. On connaît, comme nous l'avons dit plus haut, prés de quatorze cents timbres différents qui ont été émis dans une centaine d'États, provinces ou colonies. Le prix de tous ces timbres, au pair, représente une somme de plus de six cent cinquante francs; mais il faut considérer que la plupart, les timbres anciens surtout , ont une valeur conventionnelle supérieure à leur valeur d'émission, et qu'il est toi timbre qui se vend cent fois plus qu'il n'a coûté.
On ne saurait s'occuper des timbres-poste sans s'attacher au mouvement prodigieux d'échange des correspondances par tout le globe , qui fournit en quelque sorte la mesure , et la mesure la plus vraie , du progrès du commerce, du bien-étre, de l'instruction et de la civilisation. C'est là le côté utile, intéressant, de la recherche de ces petites images; leur étude au point de vue de la géographie, des monnaies, de l'histoire, de l'industrie, de l'art, est dominée par l'étude plus attrayante des relations et des communications postales. Les collections de timbres-poste entraîneront des curieux dans cette voie , et ceux-ci trouveront une nche moisson dans cette partie à peine explorée du domaine économique.*
Les états des postes jettent une vive lumière sur la condition et le progrès des peuples. Ainsi, le nombre moyen de lettres par habitant et par annéç est de 19 dans la Grande-Bretagne (*), de 11 en Suisse, de 8 en France, de 7 en Prusse et en Saxe, de 6 en Hollande, de 5 en Belgique, de 4 en Bavière, de 3 en Italie, de 2 en Autriche et dans le grand-duché de Bade, et de moins d'une lettre en Russie. D'un autre côté, l'augmentation des correspondances, de 1854-55 à 1859-60, est de 38 pour 100 en Prusse , de 37 pour 100 en Autriche, de 29 pour 100 en Hollande, de 28 pour 100 en Italie, de 26 pour 100 en Belgique, de 23 pour 100 en Angleterre et en Suisse, de 21 pour 100 en Bavière, de 19 pour 100 en Russie, et de 13 pour 100 en France ; mais si l'on compare deux périodes septennales, 1847 à 1853 et 1854 à 1860, en Angleterre et en France, on constate une augmentation de 41 pour 100 en Angleterre et de 57 pour 100 en France.
On attribue à sir Rowland Hill Tidée des timbres-poste, et l'on indique l'année 1840 comme date de cette création.
(*) tt en Angleterre , 8 en Irlande, et 11 en Ecosse. — 43 à Londres, 36 à Edimbourg, 34 à Dubbn, 28 à Manchester et à Bumingham.
L'histoire des timbres commence au moins deux siècles plus tôt.
Il faut, en effet, reporter au dix-septième siècle l'ongine des timbres et des enveloppes timbrées. En France, sous Louis XIV, quand le roi était éloigné du lieu où la cour résidait, les personnes de sa suite se procuraient, assuret-on, des marques qu'elles apposaient sur les lettres destinées à Pans pour faire recevoir et porter celles-ci par les courriers du roi. M. Feuillet de Conches possède une lettre écrite à M"« de Scudéry par Pellisson-Fontanier, et sur laquelle on trouve cette espèce de timbre-poste.
L'Angleterre a eu pendant longtemps un système de franchise postale qui, avec le principe de la gratuité, n'était pas sans analogie dans la pratique avec le mode actuel d'affranchissement par les enveloppes timbrées. Les membres du parlement avaient obtenu, vers 1635 ou 1642 (l'époque est incertaine), le privilège du port gratuit de toutes les lettres écrites par eux et à eux adressées; la franchise était accordée de droit à toute lettre dont l'enveloppe portait la signature d'un membre du parlement. Les enveloppes de lettres signées en blanc de la sorte devinrent l'objet (l'un véritable commerce, et un très-grand nombre portaient même des signatures contrefaites : on évaluait à un million en 1730 et à 4250000 francs vers 1760 la perte du trésor par suite de ces abus. Ce privilège fut aboli en 1840.
M. G. Treffenberg proposa, le 23 mars 1823, aux États de la noblesse de Suède, de vendre un papier timbré dont on ferait l'enveloppe des lettres et qui leur donnerait la franchise; cette motion fut rejetée à une très-forte majonté, et plusieurs années après l'administration des postes d'Angleterre écartait une proposition pareille faite par M. Stead, de Yarmouth. Le projet de réforme postale de sir Rowland Hill a été exposé par lui en 1837, adopté par le parlement en 1839 et mis à exécution au commence* ment de 1840.
Quoique nous ayons été aidé puissamment dans nos recherches, nous avons passé trois ans à réunir un millier de timbres et les renseignements qui sont.inséparables, à notre avis, d'un travail de ce genre; la communication obli-* géante de plusieurs collections nous a permis de rendre la nôtre aussi complète que possible.
Nous avons donné la préférence à Tordre géographique pour le classement des timbres par plusieurs motifs :
En premier lieu, l'ordre géographique est un enseigne* ment;
En second lieu, cet ordre rapproche les États qui font usage de la même monnaie;
En troisième lieu , l'uniformité des timbres s'est établie ou s'établit, par l'effet de circonstances politiques diverses, dans un certain nombre d'États voisins' : c'est ce qui est arrivé en Italie et ce qui se produit en Allemagne.