‹ Le Magasin pittoresque (volume 3)Chapitre 137 sur 314 · Tome XXX.— Juin · texte numérisé non relu

Tome XXX.— Juin

I blancheur, ont leur rôle dans la Fable, et Ton sait quel I char tiraient les pigeons dans l'azur du. ciel de la Grèce. Nous aimons, pour notre part, ce pastiche aimable des légendes antiques, et nous avons un moment tremblé que l'édilité parisienne ne voulût nous l'enlever. Ce fut avec un sentiment de regret et dé sympathie que nous recherchâmes les origines et l'histoire de la fontaine dont nous donnons aujourd'hui le dessin.

Telle qu'elle est aujourd'hui, la fontaine du Luxembourg se compose de trois niches séparées par des colonnes toscanes dont le fût est coupé au milieu par un anneau qui se profile en bandeau sur toute la façade, contourne les niches H forme les archivoltes. La niche principale est précédée d'un màigi^e rocher qui sert de piédestal à une Vénus accompagnée d'un dauphin. Les petites sont vides et n'ont d'autre ornement que des masques de satyres. Au-dessus de l'attique et de la corniche s'élève un fronton moins large que le corps de l'édifice, soutenu par des pilastres et finissant en demi-cercle. Colonnes, niches, fronton, toute la surface, en un mot, est couverte de congélations, les seuls ornements, à vrai dire, qui indiquent ici une fontaine: c'était jadis un moyen à la mode pour dissimuler la nudité des murailles; la niche du château d*eau du Palais-Royal, construit par Lemercier à la fin du dix-septième siècle, présentait des stalactites analogues; on en voit encore aux fontaines Sainte-Avoye (1687), Saint-Martin (1712) et du Trahoir, au coin des rues de l'Arbre-Sec et Saint-IIonoré : celle-ci, construite sous François I", déplacée en 1636, fut rebâtie en 1776, sur les dessins de Soufflet. Notre fontaine est large de 12 mètres; elle a du pied à

la corniche 8",80; le fronton, isolément, a 4",90. Les niches ont sous clef 6", 35 et 3",40 de haut sur une largeur de So'.SO et 1*",45. La Vénus au dauphin a 2 métrés ; le rocher, 2 mètres sur 2«,40. Deux grandes statues dont nous n'avons pas parlé, un Fleuve et une Nymphe couchés sur leur urne renversée, de chaque côté du fronton où elles s'appuient, peuvent avoir 4 métrés environ. Les dimensions de la fontame n*ont guère varié, mais ses accessoires ont subi des changements.

Marie de Médicis acheta en 1612, pour 90000 livres, les terrains où s'élève le palais ; Tannée suivante, elle agrandit sa nouvelle propriété. Dés 1613, l'architecte Jacques Debrosse dessina le jardin , tandis qu'on démolissait plusieurs bâtiments, entre autres un hôtel presque neuf construit pour Robert de Harlay vers 1560, et un pressoir aquis de THôteUDieu en 1613, qui occupait à peu prés l'emplacement de la fontaine. Le palais fut commencé en 1615, achevé en 1620, mais non pas tel qu'on le voit aujourd'hui, alourdi par deux épaisseurs de constructions plus modernes. Dans l'état primitif, la façade méridionale était longée par une avenue droite dont il existe encore deux tronçons, l'un devant l'orangene, l'autre aboutissant précisément à la fontaine. A cette époque, il n'y avait aucune fontaine de ce côté de l'eau ; Debrosse , chargé de refaire l'aqueduc d'Arcueil, en fit poser la première pierre par Louis XUI et la régente, le 17 juillet 1613, et ne l'acheva qu'en 1624. L'aqueduc devait amener trente pouces d'eau ; le roi en prit dix-huit pour les jardins du Luxembourg.

Notons que la même eau avait jadis alimenté les thermes de Julien ; d'ailleurs le souvenir de cet empereur galloromain, le premier qui ait aimé et constamment habité notre Pans, est lié intimement au terrain qui nous occupe. Il avait là son camp ; c'est là que dans un repas nocturne il fut proclamé par ses soldats. En 1801-1813, lors des grands travaux de terrassement exécutés dans la partie orientale du jardin, on recueillit des indices certains, tels que harnais de chevaux, ornements d'habits, petites idoles, médailles, miroirs, cure-oreilles, aiguilles en ivoire et en bronze, bracelets, clefs, dés à coudre, anneaux et styles; enfin des vases de cuisine, des cuillers, des fourchettes, des manches de couteaux , tous ustensiles qui peut-être avaient joué leur rôle dans l'élection d'un empereur.

La fontaine, construite sur les dessins de Debrosse, fut ornée de statues par un des meilleurs sculpteurs du temps de Henri IV, Pierre Biart ; on le disait élève de Michel- Ange. Il était l'auteur d'un bas- relief placé au-dessus de la grande porte de l'hôtel de ville; son œuvre, détruite à la fin du dernier siècle , est aujourd'hui remplacée par un basrelief en bronze. Le Musée a de lui deux morceaux remarquables. La fontaine n'a rien conservé de Pierre Biart, pas même l'écusson mi-parti de France et de Médicis qui décorait l'attique ; dès 1752, elle était fort délabrée, et l'on ne parle plus à cette époque de statue dans la niche; elle ne donnait plus d'eau. En 1801, tous les 'arbres qui l'entoujfent furent renouvelés , et l'année suivante , l'architecte Chalgrin, mort en 1811, fut chargé de la restaurer. Le mauvais état où elle se trouvait alors en aurait justifié la démolition complète ; mais le nom de Debrosse la protégea sans doute , et doit la préserver toujours. Le Fleuve et la Naïade couchés des deux côtés du fronton sont dus l'un à Duret, l'autre à Raraey père; la Vénus de la niche principale a pris la place d'une Nymphe debout penchant son urne. Elle est petite et n'a guère de rapport avec les grandes figures du haut; la statue qui l'a précédée avait, selon M. de Gisors, 4 mètres environ. Du temps de la Nymphe, il y avait devant la niche un bassin demi-circulaire et une vasque percée d'un petit jet d'eau. Mainten^int l'eau sort (lu TQcher maigre o(i est posée la Vénus.

Telle qu'elle est, simple et monotone, la fontaine du Luxembourg a un^aspecl monumental qui manque à beaucoup de celles que nous construisons aujourd'hui, et l'allée dont elle fait le fond semble un coin d'une villa d'Italie.

LES TIMBRES-POSTE

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