A MEXICO
La rue de Sainte-Isabelle (c'est le nom castillan d'Elisabeth) peut servir h donner une idée des voies majes-
(*) On a conservé à ceîle rue sa dénomination espagnole. L'appellaGon d*Isabelle ne désigne pas ici, comme on le pourrait croire, h fameuse reine de Portugal, épouse du roi D. Diniz. Il s'agit d*Élisar beth de Hongrie, la sainte au gracieux miracle des roses.
tueuses de communication qui remplacèrent les rues parfois étroites de Tancienne Tenotchitlan. Ses maisons se distinguent par leur grandeur et leur aspect confortable.
Elle sert.de point d'union entre le quartier de San-Francisco et celui qu'habitait le maréchal Castilla, et se dinge du nord au sud. Les habitants riches de Mexico s'y sont
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groupés avec d'autant plus d'empressement qu'elle est située dans le voisinage du jardin public YAlameda. Ce fut à son extrémité septentrionale que s'efTectua la fuite des Espa-
gnols, durant la déroute futaie désignée par les chroniqueurs sous le nom de Noche triste.
On remarqué dans la rue de Sainte-îsabelle le couvent
des religieuses d*oû elle tire son nom, et qui eut pour fondatrice dofia Catharina de Peralta. Ce monastère, fondé en mars 1600, ne réunit d*abord que six religieuses franciscaines; d'après une note officielle du i8 août 1856, il possède aujourd'hui en propriétés urbaines un capital de 3H 485 pesos (*). Les sœurs du couvent de Sainte-Élisabetli de Hongrie se livrent uniquement à l'oraison.
Le couvent du tiers ordre de Saint-François, dans la même rue, a été terminé le 7 mai 1736, et, bien qu'il soit destiné à secourir principalement les religieux de Vordre, il s'est ouvert à toutes les classes d'individus pendant les épidémies dont la ville a été affligée , particulièrement en 1833, 1850 et 1854. Sa principale entrée s'ouvre sur la rue Saint-Andrès.
La ville de Mexico, dont la population s'élève au delà de deux cent mille âmes, et qui a substitué sa majesté un peu monotone peut-être à ce que notre Montaigne appelait une épouvantable magnificence; Mexico, dont les rues principales n'ont rien à envier à celles des grandes cités de l'Europe, n'est nullement une ville privée d'agréments et de plaisirs. On y comptait naguère huit salles de spectacle : le Grand-Théâtre, celui de Santa-Anna , celui d'Iturbide, la salle appelée Nuevo-Mexico, le théâtre de Oriente, celui del Pabellon nadonal , la Libertad et la salle de la rue de l'Horloge. L'opéra italien est représenté, dit-on, dans cette capitale avec une supériorité remarquable.
H y a cinq ou six ans seulement, on comptait aussi dans la ville de Montezuma d'innombrables cafés chantants, un panorama, uif diorama, plusieurs salles consacrées aux combats de coqs, quelques maronm ou salles de funambules, et enfin ces fameuses pkzas de toros, qui ne font jamais défaut aux villes d'origine espagnole , et qui, dans cette belle cité, remontent au temps de Cortez (*).
Les promenades publiques sont : le jardin de Bticareli, la Viga, ÏAlameda et tag Cadenas : cette dernière doit son nom aux chaînes de fer suspendues à de solides piliers devant la façade imposante de la cathédrale.
Nous avons dit que la rue de Sainte-Isabelle conduisait à VAlameda ('). C'est la promenade la plus ancienne de Mexico ; elle fut plantée sous le vice-roi D. Luiz de Velasco, en 1592, et on lui affecta ce que l'on appelait alors le rtanguh ou l'ancien marché de San-Hipolito, Ce terrain fut planté immédiatement de nombreux peupliers ; on y édifia quelques fontaines, comme on savait les construire au seizième siècle. Au mois de juin 1730, on en comptait cinq d'une architecture plus ou moins élégante, et leurs eaux allaient rafraîchir quatre mille pieds d'arbres verdoyants, tant saules que peupliers; ces imposants végétaux, contemporains pour ainsi dire de la conquête, et dont la vue réjouissait les conquistadors . ont pour ainsi dire disparu. Il ne reste plus que quelques frênes survivant aux anciennes plantations qu'ils remplaçaient. Ces arbres trop rares, et quelques saules, sont aujourd'hui l'honneur ieYAlttmeda, Cette promenade mérite sans doute bien peu maintenant le nom qui lui fut d'abord imposé , mais c'est encore l| plus attrayante de toutes celles qu'on fréquente à Mexico.
LE SHIRU-SHIRU ET LES GUÊPES.
Ce joli oiseau chanteur, qui anime les campagnes de la province de Maynas, dans l'ancien Pérou, a le plumage jaune. Son ramage est varié à l'infini, et de plus il pos-
I*) La valeur du peso fuerte mexicano varie de 5 fr. à 5 fr. 50 c (■) La première course de Uureaux eut lieu dans la viHe le 2i juin 1526, pour solenniser la Saint-Jean. On la donna à Toccasion du retour de Cortez, qui revenait de son audacieuse expédition d*Hibueras. (') D*alamo, peuplier.
sède la faculté d'imiter la voix de l'homme aussi bien que celle de certains animaux. Il n'a reçu de la nature aucun moyen de défense, il le sait : aussi a-t-il contracté une sorte d'alliance avec un insecte dont la piqûre est redoutée. Il vit en si bonne intelligence avec les guêpes qu'il va résolument poser son nid aux lieux où elles se rassemblent par essaims II résulte de cette concorde que les phalanges ailées défendent par le fait le petit chanteur qui n'a pas craint de se confier à elles, (Voy. Velasco, Uuiofia del reim de Quito.)
LES CHERCHEURS DE CRISTAL
PREMIER RÉCIT
Suite. — Voy. p. 178, 185.
Joseph sortit ensuite du jardin, s'éloigna de Guttanen, et, par un sentier rocailleux, monta vers un plateau de peu d'étendue qui dominait le village. Sur cette espèce de terrasse nivelée par la nature, entre le vallon et les hautes cimes, résidait l'habitant le plus pauvre de la commune. C'était un homme d'environ soixante ans, qui avait joui autrefois d'une certaine aisance. Marié avec une femme soigneuse et laborieuse, très -actif lui-même, il gagnait bien sa vie et s'était formé un pécule. Trois enfants survenus en peu d'années augmentèrent ses dépenses; Matthieu Dulmenn fut d'abord contraint de manger les fonds qu'il avait péniblement économisés; puis la gêne, comme une odieuse compagne , s'installa dans son humble demeure. Il fallut alors redoubler d'efforts pour que les cinq personnes ne manquassent pas du nécessaire et que le besoin ne prit pas la place de la gêne. Quand ses deux garçons eurent six ans, Matthieu les employa pour soigner les vaches, leur fit ramasser du bois dans la forêt et en tira d'autres petits services. Mais l'un d'eux tomba du haut d'un roc en suivant sur la montagne un faucheur sauvage. L'autre grandit et montra de l'intelligence et de l'adresse : il promettait d'être l'appui de la famille. Malheureusement, il accompagna sa mère à Handeck par un sombre jour de février. C'était une course indispensable : ils allaient chercher une petite somme qu'on devait à Matthieu et dont ils ne pouvaient se passer. Une tourmente de neige les surprit, les aveugla; pendant quatre heures ils marchèrent au hasard sous l'infernale tempête. Le jeune homme aidait sa mère, tâchait de ménager ses forces, de soutenir son courage. Il la suppliait de ne point se laisser abattre. Mais le froid roidissait peu à peu leurs membres , le sommeil de la mort allait bientôt les saisir, quand le tourbillon s'arrêta. La masse de neige qu'il tenait suspendue en l'air tomba d'un seul coup. Elle les engloutit, les étouffa sous un monticule de vingt-cinq ou trente pieds d'épaisseur. Matthieu n'en eut aucune nouvelle pendant un mois. Ce fut au premier dégel seulement qu'un bûcheron aperçut leurs cadavres.
Une fille restait à Dulmenn. Elle atteignit l'âge de dixsept ans, et consolait son père, égayait la maison de sa bonne humeur et de sa vivacité. Elle avait appris à faire d'excellents fromages, que recherchaient non -seulement les hôteliers des environs, mais ceux d'Interlaken. Hélas! Matthieu devait la perdre aussi ! Un jour d'hiver, qu'elle était allée à la fontaine chercher de l'eau , elle fut obligée d'attendre son tour, parce que plusieurs femmes y remplissaient leurs cruches. Comme elles jasaient, elles ne se pressaient point. Le travail et la chaleur du poêle, qui ronflait joyeusement, avaient mis Adrienne en sueur. Elle n'y songea qu'au moment où elle fut prise d'un frisson. En rentrant dans le chalet, elle se sentit mal à son aise.
et, rindispodlion ayant augmenté, se coucha bien avant son heure habituelle. Cinq jours après, elle avait cessé de vivre. Son père marcha d*un air sombre derrière le cercueil où ia mort avait englouti son dernier espoir de bonheur. Les compagnes de la défunte la portaient ellesmêmes vers le cimetière, suivant Tusage calviniste, et déploraient toutes sa fin précoce. Mais il y a des malheurs que rien ne peut adoucir, pas môme la sympathie publique. Dulmenn avait cinquante ans, n'était plus d'âge à se remarier : l'avenir se déployait devant lui comme une lande inféconde. Le sort le condamnait à une solitude sans fin. L'activité de sa fille avait un peu rétabli ses affaires : une longue maladie le ruina de nouveau. Il fut obligé d'emprunter pendant sa convalescence. Le juif auquel il s'adressa prit hypothèque sur sa maison, et, comme il ne put le rembourser, la fit vendre aux enchères. Matthieu se trouva pauvre, seul et sans logis pour abriter sa tôte. Il ne possédait plus que neuf ou dix perches d'un sol aride, formant esplanade au pied d'une haute roche perpendiculaire et grisâtre. Ne voulant point payer de loyer, il résolut de s'accommoder une habitation telle quelle sur ce plateau désert. Ayant fait par besoin presque tous les métiers , il lui était plus facile qu'à un autre de s'arranger une hutte quelconque. Prés de la roche, il creusa une fosse profonde d'environ trois pieds et quatre ou cinq marches pour y descendre ; alentour, il éleva une sorte de parapet en mottes de gazon ; sur cette muraille primitive, il plaça une charpente qu'il couvrit de joncs et de roseaux , ayant soin de ménager contre le roc un trou pour la fumée. Deux .troncs de jeunes sapins avec leur écorce, une pièce de bois transversale en guise de linteau, lui servirent à encadrer et attacher une vieille porte. Il eut dés lors une retraite où personne n'avait le droit de le troubler. Si elle était peu brillante, elle ne lui avait pas coûté cher.
Là, il vivait aussi sobrement qu'un ermite. Une caisse en bois remplie de feuilles sèches, où il se jetait tout habillé, composait son lit; un paillasson plein de balle d'avoine lai tenait lieu de draps et de couvertures; un sac bourré de foin supportait sa tête pendant la nuit. Quelques ustensiles endommagés formaient sa batterie de cuisine; quelques tranche^ de siénite , posées à plat sur le sol ou dressées à droite et à gauche, comme des remparts, dessinaient une espèce de foyer. Quand il y cuisait sa maigre nourriture, quand il se chauffait pendant l'hiver, la fumée tourbillonnait dans la hutte et n'avait d'autre issue que l'ouverture ménagée au sommet du toit. Elle montait le long du roc; en bleuâtres spirales et allait se perdre audessus, dans un bois-de sapins.
Matthieu gagnait sa pitance journalière comme il pouvait , fauchant les prairies, abattant les arbres, déracinant les souches, portant des messages, conduisant les étrangers sur la montagne, menant les pourceaux à la glandée pendant l'automne. Malgré ses efforts et sa bonne volonté, il restait pourtant inactif des semaines entières, faute de travail. Ces loisirs forcés, il les employait à lire, pour la trentième fois, la Bible de Luther, T^t^/oire de la Suisse, certains volumes de la Bibliothèque bleue, celui surtout qui raconte les malheurs d'Agnès Bernauer. Les paysans de la république alpestre ne sont point illettrés comme la plupart des nôtres. Bien souvent il déposait le livre sur ses genoux et se perdait au milieu de ses tristes souvenirs. Pendant i les beaux jours, il transportait son escabeau sur la plate- i forme, d'où il découvrait les cimes majestueuses de l'O- : berland, le Pic des Tempêtes, le Pic de la Terreur et le Sombre-Pic de l'Aar. Quand le froid enveloppait toute la campagne sous ufl linceul neigeux, il se tenait au fond de ça butte, où il eq^endai^ la bise grondçr sur sa frôle toi-
ture. En quelque endroit qu'il fût, sa pipe ne cessait guère de fonctionner.
Matthieu , comme on le pense bien ; n'avait pas repoussé les offres d'Oltmann , quand celui-ci avait voulu sonder les flancs des Alpes pour y chercher un trésor. Il était robuste, malgré son âge, et accoutumé aux plus durs travaux. Tant que le spéculateur agreste avait pu le payer, Dulmenn avait creusé la pierre. 11 était ensuite rentré dans sa hutte, où il avait pris un peu de repos. Car il n'aimait point à se fatiguer outre mesure; n'espérant plus ni l'aisance ni le bonheur, il n'aspirait qu'à jouir pair moments de sa liberté. Ayant si peu de besoins, il pouvait se donner du répit; quelques sous de lait, de pain ou de pommes de terre lui suffisaient pour une journée.
La suite à une proclmine livraison.