DU DERNIER OUVRAGE D' ALEXIS DE TOCQUEVILLE
Le doute.
Si j'étais chargé de classer les misères humaines, je le ferais dans cet ordre :
1« Les maladies; 2« Li mort ; 3^ Le doute.
La vie.
La vie n*est pas un plaisir, ni une douleur, mais une affaire grave dnntjious sommes chargés et qu'il faut terminer à notre honneur.
Caractère de la nation française.
Le naturel de notre nation est si particulier que l'étude générale de l'humanité ne suffit pas pour la comprendre; elle surprend sadsces(se ceux mêmes qui se sont appliqués à l'étudier à part. Nation mieux douée qu'aucune autre pour comprendre saiis. peine les choses extraordinaires et s'y porter, capaMe^de toutes celles qui n'exigent qu'un ] seul effort, gnel^uft f^rand qu'il puisse être, mais hors d'état de se teilir longtemps très-haut, parce qu'elle n'a jamais que des sensations et point de principes, et que ses instincts valent toujours mieux que sa morale; peuple civilisé entre tous le* peuples civilisés de la terre, et cependant, sous certain». ^ipports, resté plus prés de fétat sauvage qu'aucun é'evire eux; car le propre des sauvages est de se décider |lnt1 Tiropression soudaine du moment, sans mémoire du pasatiet sans idée de l'avenir.
^^% taille {^y
Me trouvant au Gmra'da, en Tannée 1831, et causant avec des paysans d'oilgiJÉe française , je m'aperçus que dans
(•J Auteur de la DéHbàrûtiè' en Amérique, mort à Cannes, le 16 avril 1859. Son derqjje^'/^uvra^e est intitulé : Œwres et correspondfince inédilfs d'A^^jig^'Çorqueville, publiées et précédées d'une Notice par Gustave oe Beaumont, membre de llnsiitut. 1861.
(*) « impôt qui était levé sur les roturiers, en proportion de leurs biens et àtAenn revenus. C'était à la fois un impôt personnel et un impôt territorial. Le nom do taille parait venir de ce que > dans Pori-
leur bouche le mot de taille était devenu le synonyme de misère et de mal. Us disaient d'un événement très-fâcheux : « C'est une véritable taille. »
Nécessité de l instruction pour le petiple.
Quand une fois les croyances religieuses s'ébranlent chez un peuple, il n'y a plus à hésiter, et il faut à tout prix le pousser vers les lumières*; car si un peuple éclairé et sceptique présente un triste spectacle, il n'y en a pas de plus affreux que celui qu'offre une nation tout à la fois ignorante, grossière et incroyante.
LesX... sont ici depuis quinze jours. Ils y resteront encore dix... Ces pauvres X... montrent dans tout son jour une des plus tristes faces de la misère humaine. Ce sont deux êtres très-bons, très-délicats, trés-élevés de sentiments, et qui sont sur le point de ne plus pouvoir se suffire, parce que chacun d'eux s'acharne à vouloir trouver dans l'autre de petites choses qui n'y sont pas, perdant de vue les grandes choses qui s'y trouvent, et dont ils pourraient jouir. Il en est résulté graduellement un petit aigris* sèment des âmes qui aboutit à un état si insupportable qu'en arrivant ici X. . . cherchait sérieusement les moyens de se séparer, pendant quelques années, de son ménage. Une pareille vue ne ferait-elle pas crier de désespoir, et n'est-on pas tenté, en la considérant, de maudire la nature humaine et l'imbécillité de nos désirs? Il n'y avait qu'un moyen de traiter cette maladie, qui, du reste, est peut-être devenue incurable : c'est de montrer à chacun d'eux les grands côtés qui nous attachent sérieusement à l'autre. Cela est toujours efficace; car, par une autre misère de notre espèce, il arrive que nulle part les jugements d'autrui n'ont plus d'influence que sur nos sentiments intimes, c'est-à-dire sur les choses que nous sommes le plus à même et que nous devrions être le mieux en état de juger par nous-mêmes. Nous avons simultanément, Marie (M*"' de Tocqueville) et moi, sans nous être consultés, agi dans ce sens. L'effet produit est déjà très-bon. A mesure que l'un d'eux voit le cas que nous faisons des qualités de l'autre, il devient lui-même moins sensible aux petits défauts. Cela est bien plus puissant que les conseils directs.
La suite à une autre livraison.