‹ Le Magasin pittoresque (volume 3)Chapitre 163 sur 314 · UNE TERRE CUITE DU MUSÉE CAMPANA · texte numérisé non relu

UNE TERRE CUITE DU MUSÉE CAMPANA

Voy. p. in.

Terre cuite du Musée Campana. — Dessin de Chevignard.

• Le Musée Campana renferme un très-grand nombre de bas-reliefs ou de fragments de bas-reliefs en terre cuite , qui sont de précieux sujets d'étude. La plupart ont été trouvés dans les environs de Rome, parmi les ruines de villas antiques; mais il y en a bien peu dont on sache trèsexactement la provenance. Attachés aux murs, ils senaient de décoration intérieure ou extérieure, soit qu'ils fussent disposés en frise le long d'un entablement, soit qu'ils fussent attachés le long du fatte, au-dessus de la corniche. Toutefois le bas-relief qui est ici gravé n'a pas la forme carrée des morceaux de frise, et l'on n'y voit pas, comme dans ces morceaux, de trous pour les clous ou chevilles qui devaient fixer la décoration sur le mur. Le mouvement de la ligne supérieure pourrait aussi faire conjecturer qa*il ne décorait pas un bandeau uni, mais plutôt qu'il faisait partie d'une crête ou atlique au sommet d'une paroi ; cependant on ne comprend pas bien comment on aurait pu l'attacher, à défaut de chevilles, sans la languette qui servait

ToMB XXX. — Jun.LET 1862.

à fixer les antéfixes le long du faîte à l'extrémité du toit, et dont on ne trouve ici aucune trace.

On voit dans le Dictionnaire dei antiqnilét de Smith , au moti4ra, le dessin d'un autel étrusque carré, dont le revêtement est formé par des sortes d* antéfixes de forme semblable à celle qui nous occupe et portant le même dessin : une femme ailée entourée de rinceaux dont elle tient les tiges de ses deux mains. Mais le dictionnaire ne dit pas d'où il tire son exemple. Il est possible que les trois fragments semblables que possède le Musée Campana aient ainsi servi de décoration extérieure au bloc cubique d'un petit autel domestique : ce n'est là qu'une hypothèse admissible. Le travail très-fin (si fin que l'on distingue tous les brins des plumes de l'aile) ne permet guère de croire que de pareils morceaux fussent élevés & une grande hauteur, ou seulement au-dessus de la portée du regard.

Il n'est pas certain que la figure de femme ailée du bas-

relief que nous reproduisons soit, comme le suppose le Catalogue italien du Musée Campana, celle d*une Victoire. Les monnaies et les inscriptions fournissent beaucoup d'exemples de représentations variées de la Victoire , telle 'qu'on la dessinait quand l'image devait avoir une signification précise.

On ne voit dans le bas-relief aucun attribut qui indique sûrement la Victoire. La figure est ailée; mais, d une part, la Victoire était quelquefois figurée sans ailes, et, d'autre part, les ailes ont été données trés-anciennement, dans les œuvres d'art, à toutes sortes d'êtres dont on voulait exprimer le mouvement rapide ou la nature étbérée. Dans l'art le plus ancien, dételles représentations sont l'efîort d'une symbolique encore incapable de personnifications plus parfaites. Dans l'art le plus avancé, les figures ailées se multiplient, et ne sont, dans le plus grand nombre de cas, que des fantaisies de l'artiste qui composait des ornements. Il ne faut pas, en cherchant partout la signification des objets figurés, perdre de vue la liberté avec laquelle les anciens combinaient les formes de toute espèce dans la décoratiçn.

Ce bas-relief a 42 centimètres de largeur, sur 45 centimètres de la base au sommet de la palmette placée audessus de la tête de la figure ailée.

LES CHERCHEURS DE CRISTAL

PREMIER RÉCrr.

Suite. —Voy. p. 178, 185, 198, 2i3, 222.

Ottniann, en disant ces mots, frappait la pierre; Dulmenn écoutait de toutes ses oreilles.

~ Je n*entends que vos coups de pioche, dit-il enfin.

— Etes-vous sourd? Tenez donc!

Et Joseph entama de nouveau le roc.

— Je suis sourd apparemment, car je vous proteste que je n'entends rien. Suivez mon conseil et prenez du repos. Je vais vous donner l'exemple.

Matthieu se coucha en effet sur la paille, et s'arrangea de son mieux pour passer la nuit.

— Vous êtes plus âgé que moi, répondit son compagnon ; dormez si bon vous semble. Je travaillerai quelque temps encore. Nous verrons qui de nous deux s'est trompé.

11 achevait à peine ces mots que le vieillard tomba dans un profond sommeil. Joseph alluma une chandelle de résine, la fixa au milieu d'une pierre qu'il avait trouée, plaça la pierre sur une espèce de console et poursuivit son labeur. Pendant ce temps l'orage éclatait au dehors, et la lueur des éclairs se mêlait aux rayons de la lune. La pluie tombait par torrents; la voix de la cascade grossissait à proportion , remplissant toute la vallée de son fracas sinistre. Ces bruits néanmoins ne troublaient pas le sommeil du vieux montagnard , lorsqu'il fut éveillé en sursaut par des cris redoublés. Il se souleva, chercha d'où venaient les clameurs, et aperçut Joseph, Fa tête et le bras droit passés dans un trou , tenant à la main le rustique luminaire. Ottmann semblait agité d'une violente émotion et l'appelait de toutes ses forces. Dulmenn, étant habillé, courut aussitôt vers l'endroit.

— Eh bien! qu*ya-t-il? me voici. On peut avoir Toreille dure sans être complètement sourd.

Mais Joseph continuant à pousser des exclamations, il fut obligé de lui toucher Tépaule pour lui annoncer sa présence.

— Ah ! vous êtes là. Bien , prenez ma place , regardez. Matthieu allongea devant lui la chandelle, introduisit sa

téie dans l'orifice et eut un éblouissement. Une grotte naturelle, un inunense palais de cristal se déployait à sa

vue. Des colonnes diaphanes en soutenaient les voûtes, auxquelles pendaient çà et là des lambrequins, des draperies et des culs -de- lampe merveilleux. Le sol étincelait comme la partie supérieure ; les stalagmites dont il était hérissé imitaient de splendides candélabres. Les mille facettes du cristal renvoyaient la lumière aussi bien que le diamant le plus pur et le mieux taillé. D'innombrables étoiles scintillaient au dôme magique; pas un coin qui n'eût son étincelle. Les reflets faisaient miroiter à l'œil toutes les nuances de l'arc-en-ciel. Quand le montagnard déplaçait son luminaire, les jeux d'optique se multipliaient, la grotte semblait s'allumer. Jamais prince absolu ne rêva une telle pompe , jamais fée n'habita une si riche demeure. Le$ magnificences des Mille et me Nuits étaient éclipsées. Dulmenn ne pouvait rassasier sa vue.

— Eh bien ! qu'en pensez-vous? lui demanda Ottmann.

— C'est prodigieux ! c'est admirable ! c'est la première fois qu'on découvre un pareil trésor, et jamais on ne trouvera une mine aussi étonnante.

— Oh ! que ma femme n'est-elle ici ! comme son cœur se dilaterait! s'écria Joseph. Nous sommes enfin au bout de nos épreuves; nos enfants vont être heureux, elles enfants de leurs enfants béniront cette nuit lugubre, où la clémence divine a réalisé mes songes ! Mais laisse-moi voir encore ce gisement incomparable.

Et le père de famille , introduisant une seconde fois sa tête dans l'ouverture , examina plus soig^ieusement le dépôt de cristal. 11 ne pouvait calmer sa joie, ni revenir de sa surprise. Sa bonne fortune dépassait tellement ses espérances , qu'il avait peine à la croire réelle. Il lui semblait que l'antre fabuleux allait s'>évanouir comme un palais des génies. Matthieu doutait aussi par moments d'une si heureuse aventure. Ils se succédaient tour à tour à la lucanie pour dissiper leur inquiétude et apprécier leur opulence. La caverne magique leur paraissait contenir des richesses inépuisables.

Enfin le moment arriva où leur curiosité fut satisfaite et leur conviction bien établie. Tous deux quittèrent l'œilde-bœuf, qui semblait une croisée ouverte sur le monde fantastique.

~ Nous pouvons maintenant dormir en toute sécurité, dit Matthieu avec un sourire.

— Le repos sera le bienvenu , car- je me sens brisé de filtigue et d'émotion. L'espoir et la crainte m'ont soutenu longtemps, mais je suis au bout de mes forces. Avec quel tremblement de cœur ai-je vu le rocher s'ouvrir, ai-je entendu les fragments tomber dans la caverne !

A ces mots, les deux explorateurs se couchèrent, et firent pendant leur sommeil les rêves 1^ plus charmant^. Une émotion très- vive ne se calme pas tout à coup; suivant sa nature, elle évoque des songes gracieux ou terribles. Matthieu crut revoir sa femme et ses enfants, les êtres bien-aimés que la mort lui avait pris sans retour; il leur faisait part de son bonheur , il formait avec eux des plans pour l'avenir. Illusion douce et cruelle que le premier souffle du matin allait emporter ! A Ottmann seul était réservée la satisfaction de la voir transformée en scène réelle , de goûter la joie que causent ces épancbements et ces projets intimes^

Quand il s'éveilla, sa première pensée l'entraîna vers ceux qui souffraient, qui jeûnaient peut-être depuis son départ. Dans quelle anxiété, dans quelle misère ils devaient attendre son retour! 11 fallait immédiatement leur porter la bonne nouvelle , calmer leur douleur et apaiser leur inquiétude. Ayant allumé le feu, Dulmenn apprêtait déjà le repas du matin.

— Si vous le trouviez bon , lui dit Joseph, pendant que

le déjeuner va cuire, nous élargirions Touverture de la grotte et nous creuserions un escalier pour y descendre. J'irai ensuite trouver ma femme et mes enfants, qui se désespèrent sans doute; je leur porterai quelques beaux morceaux de cristal, que mon garçon vendra, et ce soir, en cachette, je reviendrai ici, avec une ample provision de pain, de lard, de jambon et de fromage. Nous ne nous priverons de rien; mais il faut garder le secret. La montagne ne nous appartient pas. Nous détacherons les cristaux pendant- le jour et, la nuit, nous les transporterons chez nous. Dés que le soleil se couche, les paysans dorment; nous ne serons pas vus à une heure du matin. Ma cabane est située au bout du village et votre hutte loin des autres chalets. Nous pourrons faire aussi quelques voyages en pleine lumière, pourvu que notre butin soit emmaillotté de vieilles toiles. Ce sera pénible, sans doute; mais avant deux mois nous aurons pris le meilleur, nous serons riches, très-riches. Nous ferons cadeau du reste aux pauvres gens : il faut que tout le monde vive.

Ce programme fut exécuté à la lettre. Joseph et Matthieu, ranimés par le succès, taillèrent la roche avec une étonnante prestesse ; la joie doublait leurs forces. Ils n'avaient plus Tair sombre, l'attitude morne des jours précédents; au lieu de prononcer quelques roots par intervalles, ils ne laissaient point languir la conversation et faisaient toutes sortes de châteaux en Espagne. La brèche s'élargissait rapidement; elle leur donna bientôt passage, et, comme des assiégeants que leur fougue emporte, ils sautèrent dans la mine, la profondeur étant peu considérable de l'endroit où ils se trouvaient. Ils la parcoururent d'un bout à l'autre, et ce furent alors de nouveaux enchantements. Ils croyaient se promener en pleine féerie. Joseph détacha quelques morceaux de faible dimension, mais qui valaient encore une soixantaine de flonns, les enveloppa dans son mouchoir et les mit dans sa veste.

— Maintenant, je vous quitte, dit-il à son compagnon; je tremble qu'il ne soit arrivé là-bas quelque malheur en mon absence. Vous vivez seul d'habitude, et vous passerez bien aujourd'hui de ma société. Demain, avant l'aube, je serai de retour.

— Oh ! je compte sur votre promesse , dit en souriant Dulmenn. Partez, mon ami, et ne m'oubliez point dans le désert. Mais j'y songe ; quand vous arriverez chez vous , la bourse oe votre femme sera Vide et le garde -manger aussi; de vos trois florins, il ne vous reste pas grandchose. Vous ne pourrez envoyer sur-le-champ votre garçon en course et attendre son retour, afin d'aller à la provision. Dans l'état où sont nos affaires, pourquoi ne vous servirais-je point de banquier? Je pense avoir sur moi une dizaine de florins que je vous prêterai sans intérêt. Seulement il me faut des garanties, mais là des garanties solides. Permettez-vous que je prenne hypothèque sur la grotte?

— De tout mon cœur; je vous charge même de la garder jusqu'à nouvel ordre. Passez-moi vos dix florins.

Quelques coups de pic taillèrent des marches informes dans le roc. Joseph les escalada, mangea précipitamment, saisit son bâton ferré, descendit en un clin d'oeil sur le bord de l'impétueuse rivière, et, quand il l'eut franchie, s'élança vers Guttanen. Les mousses, les herbes, les forêts, les montagnes, encore humides de la pluie tombée pendant l'obscurité, s'essuyaient au vent du matin. Les nues groupaient leurs légions autour des crêtes supérieures, ou défilaient dans le ciel comme une armée impatiente de combattre. Après trois heures de marche, Ottmann aperçut enfin les toits de Guttanen. Son cœur se serra d'inquiétude : sa femme et ses enfants, depuis douze jours, n'avaient eu que deux florins pour sç pournr (quatre

francs de notre monnaie). Dans quelle situation allait-il les trouver V'Les trouverait-il encore?

La fin à la prochaine livraison.

Page 1