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LE PUITS ARTÉSIEN DE PASSY

Le succès de l'opération de sondage que M. Mulot avait exécutée sous la surveillance de M. Arago, et dont nous avons rendu compte en 1841 (t. IX p. 162), avait perBiis de se faire une idée des ressources qu'ofire la constitution hydrographique du bassin de Paris. H restait démontré que les sables verts qui affleurent au niveau du sol, près de Troyes, peuvent fournir des fontaines jaillissantes jusque dans l'intérieur de la capitale, où ils sont recouverts de couches épaisses de craie.

Pendant quatorze années, on s'était contenté de profiter de la belle source d'eau potable dont la persévérance de M. Arago avait doté la cité. Depuis on a dû chercher dans les couches souterraines, en masse bien autrement considérable, les eaux nécessaires soit à la consommation publique, soit à diffiérents travaux hydrauliques. L'idée de transformer le bois de Boulogne en jardin anglais conduisit à y créer des lacs et des ruisseaux. Un ingénieur allemand, M. Kind, connu déjà par les sondages qu'il avait exécutés au Creuset, promit, à cette occasion, de faire jaillir une fontaine artésienne qui donnerait* à elle seule autant d'eau qu'une douzaine de puits de Grenelle. II proposa de forer un puits dont le diamètre, dépassant de beaucoup celui de M. Mulot, qui n'avait que 20 centimètres, atteindrait au moins un mètre. En admettant que les matières arénacées qui composent le bassin de Paris possèdent une densité double de celle de l'eau , et que la profondeur du. puits dût être de 500 à 600 mètres, c'était qn poids de plus de 400000 kilogrammes que M. Kind voulait entreprendre d'arracher grain à grain des profondeurs de la terre. U fellàit , en outre, garnir ce gigantesque trou de sonde de tubes doués d'une résistance inconnue jusqu'à ce jour. M. Kind offrait, du reste, de se charger du travail à forfait , et ne demandait qu'un délai d'une année pour le terminer, avec un crédit de 350000 francs.

Ces propositions donnèrent lieu aux discussions les plus vives. Plusieurs praticiens distingués n'admettaient pas que l'accroissement du diamètre exerçât une influence notable sur le rendement du forage; ils prétendaient, au contraire, que le puits de Grenelle donnait le maximum d'eau qu'il fût possible de soutirer à la nappe aquifère de Pans.

Cependant une commission présidée par M. Dumas, et composée de MM. Élie de Beaumont, Pelouze, Poncelet, Mane, Juncker, Lorieux, Michel, Alphand, Darcel, émit un avis favorable , et le préfet de la Seine signa le traité proposé par M. Kind.

On eut bientôt construit une espèce d'édifice en planches (fig. 1), qui, pendant de longues années, a attiré bien des milliers de visiteurs. La cheminée, longue et étroite, qui s'élève à côté de la grande tour en bois, appartient à la machine à vapeur de cette usine temporaire. Il ne fallut pas moins de 25 à 30 chevaux de force pour manœuvrer les gigantesques outils dont l'on peut voir les formes bizarres disséminées sur le premier plan.

Que de curieux ont pénétré dans l'enceinte du rustique établissement sans descendre dans l'étage souterrain où se trouvaient la chaudière, les fourneaux, tous les organes mécaniques que nous figurons ! (Fig. 2.)

La vapeur, introduite dans le cylindre au moyen d'un tiroir, imprimait un mouvement de va-et-vient au piston qui faisait partager ses oscillations à un énofme balancier

en bois garni de fer. Cet organe , dont la masse a surpris tous les visiteurs , entraînait à son tour les tiges qui , vis-

sées les unes dans les autres, pénétraient jusqu'au fond du sondage. Par une ingénieuse combinaison d'ajustements

FiG. 1. — Puits artésien de Passy. — Vue extérieure du bâtiment, du côté de l'avenue de Saint-Qoud. — Dessin de Gagniet.

FiG. t, — Vue intérieure de la machine à vapeur.

simples, la force motrice appliquée au piston se transmettait de proche en proche, et descendait jusqu'à quatre ou cinq cents métrés au-dessous du sol où était engendrée la

vapeur. Des articulations comparables à celles qu'on rencontre dans Tanatomie des êtres vivants jouaient au fond de cet interminable canal rempli d'eau et de boue. On aurait

avec la précision que des ouvriers babiles apportent aux opérations ordinaires.

Cet organe, singulièrement intelligent, venait alternativement saisir et lâcher à propos un énorme trépan pesant 1 800 kilogrammes. La masse, soulevée jusqu'à une hauteur de 60 centimètres, retombait de tout son poids le long de glissières, et venait, à chaque oscillation du balancier, frapper le sol avec toute la force vive dont elle était animée. Aucune roche n*eût été assez dure pour résister à un choc aussi épouvantable , se succédant avec régularité plusieurs fois par minute.

Pour augmenter l'effet obtenu au moyen de la chute du

Fus. 3. — Le trépan avec son déclic vu sur ses deux faces.

dit qu'un immense bras terminé par une main de fer avait pénétré dans ces profondeurs pour manœuvrer les outils

FiG. 4 et 5, —Manœuvre du déclic.

trépan, on l'avait armé de pointes ou dents d'acier taillées en biseau , ayant 25 centimètres de long et pesant chacune 8 kilogrammes. Une disposition fort simple permettait de remplacer les parties tranchantes usées ou brisées, chaque fois qu'on remontait l'appareil au niveau du sol.

Le lecteur aura sans doute remarqué la disposition singulière de la partie moyenne de la figure 3, qui représente

Torgane délirât dont la combinaison avait coûté do longs efforts. Comme on le voit, Tinstrument à déclic ou à chute libre qui surmonte le trépan est formé d*un clapet circulaire ou chapeau en gutta-percha ayant 60 centimètres de diamètre, et auquel est adaptée la tête d'une pièce qui soutient la tige du trépan.

Lorsque l'ensemble de ce système abandonné à son propre poids descend rapidement, le chapeau en gutta-percha est soulevé un instant par la pression de Teau qui, pou^ sant de bas en haut, fait ouvrir immédiatement les pinces. Aussitôt le trépan, rendu libre, se précipite le long d'une glissière servant à le guider dans sa chute, et frappe la roche avec toute la force vive qu'il renferme. Nous avons essayé de donner une idée exacte de ce qui se passait au fond du sondage (fig. 4et 5). Les flèches indiquent nettement la direction dans laquelle se meuvent les tiges lors de ces deux phases distinctes de l'opération.

A droite, les pinces viennent de lâcher le trépan. Elles descendent pour le chercher au fond du sondage. A gauche, les pinces qui ont saisi le trépan sont en train de le remonter pour le laisser de nouveau retomber de toute la hauteur de la course du balancier auquel l'extrémité supérieure des tiges est amarrée.

Au moyen de cette disposition, le brisement s'opère sans amener ces terribles vibrations qui compromettaient la rigidité des tiges métalliques employées dans le sondage de Grenelle pour procéder au battage, et qui avaient obligé M. Mulot à reprendre la tarière. En eflet, le trépan de M. Kind est pour ainsi dire isolé de tout l'appareil au moment où il vient frapper le roc.

Pour soutenir la pince h déclic, il fallait employer des tiges d'une très-grande longueur, qu'on était obligé d'allonger à mesure que le trou se creusait, et de retirer chaque fois que le fond était rempli d'une masse suffisante de débris.

Lorsque le trépan avait manœuvré pendant un certain temps, qui variait avec la nature des couches à traverser, mais qui , en général , n'excédait pas dix heures, on détachait les chatnes du balancier et l'on procédait à l'enlèvement successif des tiges. L'effet produit par une séance de battage variait naturellement suivant la dureté du terrain.

Généralement on avançait de i"',50 à 2 mètres avec trois à quatre cents coups de trépan, ce qui donne un demi-millimètre par choc. Si rien n'avait dérangé les opérations, on en fût évidemment venu h bout pendant la période que M. Kind avait fixée.

La cuiller dont on se servait pour le curage est un cylindre en tôle d'un mètre de longueur sur 0»»,80 de diamètre. Ce cylindre est ouvert à sa partie supérieure et muni d'un fond mobile à charnières formé de deux soupapes qui s'ouvrent de dehors en dedans et qui sont placées en regard l'une de l'autre.

On amenait la cuiller au-dessus de l'orifice du puits au moyen d'un chariot roulant sur un rail; ensuite on Fanerait à l'extrémité d'un câble rond de 0»,04 de diamètre, dont l'autre extrémité allait s'enrouler sur un treuil mis en mouvement par la machine à vapeur.

Cette opération terminée , on donnait du cAble, et la cuiller descendait dans le puits entraînée par son propre poids. Les soupapes sont, comme or^ le comprend facilement, obligées de s'ouvrir lorsque

Fig. 6.

Cuiller.

l'appareil arrive au fond du puits; elles se ferment automatiquement lorsqu'il se relève. Aussitôt la cuiller revenue au jour, le chariot venait la chercher, la conduisait audessus d'un canal, où on la faisait basculer pour la vider. La mite à une autre livraison.

HAMATREYA.

Minott, Lee, Willard, Hosmer, Miriam et Flint possédaient de la terre qui rendait à leurs travaux foin, blé, i^cines, lin, chanvre, fruits, laine et bois. Chacun de ces propriétaires se promenait dans sa ferme en disant : « Ceci » est mon domaine , celui de mes enfants et de mon nom. » Comme le vent d'ouest murmure doucement dans mes » arbres ! comme ces ombres montent -gracieusement sur » ma colline ! J'imagine que ces eaux pures , ces glaïeuls, » me connaissent aussi bien que mon chien ; nous sympa- 1» thisons ensemble, et, je l'affirme, toutes mes actions ont » un goût de terroir. » — Où sont ces hommes? Ils dorment sous leurs champs, et des étrangers aussi vains qu'eux en labourent les sillons. La Terre au milieu de ses fleurs rit de voir ses fils fanfarons, vains monceaux de terre euxmêmes, s'enorgueillir de la possession d'une terre qui leur échappe ; elle rit de voir ses enfants mener sur elle la charrue et ne pouvoir conduire leurs pas hors de la tombe. Et pourtant ils ajoutaient un sillon à la vallée, un ruisseau à l'étang, et convoitaient en soupirant tout ce qui bornait leur domaine : « Ceci me conviendrait comme pâturage , » cela ferait mon parc. Il nous faut de l'argile, de la chaux, » du granit, du gravier, et aussi un sol bas et humide pour » y aller prendre de la tourbe. La propriété est agréable, » bien située au sud. Il est bon, quand on est allé et venu » sur mer, de retrouver les acres de terrerferme que l'on » possède là où on les a laissées. » Ah ! l'ardent possesseur ne voit pas la mort qui vient l'ajouter à la poudre de son domaine comme une parcelle de terreau de plus. Écoutez ce que la Terre dit :

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