‹ Le Magasin pittoresque (volume 3)Chapitre 18 sur 314 · Tome XXX. -FÉVRIER · texte numérisé non relu

Tome XXX. -FÉVRIER

et rompt la ligne monotone des maisons. Cette tour romane et Tabside dont nous donnons le dessin sont les derniers souvenirs d'un monument religieux qui était, dans son ensemble et dans ses détails, le plus pur et le plus

riche échantillon de l'architecture romane h sa troisième époque, c'est-à-dire du roman fleuri. II y a peu de provinces, en France, qui soient aussi riches que FAngoumois en églises romanes. Sur environ cinq cents églises, tant paroissiales et conventuelles que simples chapelles, construites dans le département de la Charente, il n'y en a guère qu'un huitième qui soit du style o^val. Mais la plupart de ces édifices religieux ont subi, à différentes époques, des modifications telles qu'elles ressemblent à des mutilations. On a voulu rendre ces édifices plus spacieux, et on les a rendus difformes en accouplant des styles qui ne peuvent s'accorder, en adjoignant, par exemple, des chapelles latérales en style ogival aux vieilles nefs romanes d'une {prme si sévère et si imposante , ou en coupant d'élégantes absides pour les remplacer par des travées gothiques.

Tel a été le sort de h cathédrale d'Angouléme. D'abord dédiée à saint Saturnin , elle fut dévastée par les ariens visigoths, dont la domination s'étendait sur tout le midi de la France. Après la défaite d'Alaric 11, Clovis la .fit rebâtir, comme pour remercier la ville d'Angouléme d'avoir été le théâtre d'une victoire si éclatante, et la nouvelle église fut dédiée à saint Pierre. Ravagée, détruite à moitié par les Normands, maîtres d'Angouléme, elle fut de nouveau rebâtie, vers l'an 1000, au temps de Guillaume II , dit Taille-Fer; trois évêques, dont on ignore les noms, en firent la dédicace en l'an 1017. En 1120, elle fut réédifiée de fond en comble, à pritno lapide, dit l'historien des évoques et comtes d'Angouléme, par les soins de Gérard II, évoque d'Angouléme et légat du saint-siége. Ythier Archarabaud, chanoine de l'église, un des plus riches de son temps, fournit la plus grande partie des frais de cette reconstruction. Au quatorzième siècle, deux chapelles à voûtes ogivales furent construites latéralement à l'abside, et, pour qu'il y eût communication entre cette dernière et la construction nouvelle , on perça les murs dans les entre-colonne. ments ; puis, à la môme époque, comme la nef ne paraissait pas assez éclairée, les. murs latéraux des trois coupoles de la nef, dit M. l'abbé Michon dans sa Statistique de la Charente, reçurent, au midi, dans toute la largeur des arceaux qui soutiennent les voûtes, des fenêtres à créneaux de la plus grossière exécution, qui remplacèrent les fenêtres gracieuses chargées, deux par deux, d'éclairer chaque coupole. Vers 1400, Thomas de Lion, doyen, fit construire une chapelle attenante à la «seconde coupole, du côté du midi; puis, plus tard, d'autres chapelles encore. En 1568, l'église fut pillée et saccagée par les protestants; ils renversèrent le grand clocher méridional et abattirent une partie des voûtes. De 1628 à 163*4, le doyen Jean Mesneau restaura le monument et rétablit les voûtes. A la fin du siècle dernier, les chanoines démolirent les anciens piliers qui soutenaient la coupole du clocher détruit, et pratiquèrent, dans la base de ce clocher, la sacristie actuelle.

La façade est une des plus vastes compositions symboliques que possède la France, i L'abside, dit M. l'abbé Michon, est un fort beau travail et d'une riche- ornementation » : elle est décorée de neuf arcades, dont quatre sont pénétrées par autant d*absidioles et dont cinq contiennent les fenêtres destinées à porter la lumière. Il ne reste plus qu'une seule absidiole (celle que représente notre dessin, adroite); les autres, ainsi que les quatre fenêtres latérales, ont disparu pour mettre l'abside en communication avec deux chapelles gothiques du plus mauvais goût dont elle est flanquée. Telle qu'elle est, cependant, et malgré les dévastations et les modifications dont elle a été la victime, cette abside mérite l'attention des archéologues et sollicite l'admiration des artistes. Nous signalerons particulièrement, à l'extérieur, la corniche qui s'élôye au- dessus de la fenêtre principale, et où l'on voit.

en bas-relief; une biche entre deux lious d'une exécution originale.

« C'est encore grand'pitié, dit Belleforest, dans sa Description de la ville et comté d'Angouléme, que de voir les ruines de Saint-Pierre, qui est la cathédrale, un des plus beaux vaisseaux de Guienne, et ayant une des plus hautes tours et aiguilles de France. » Cette tour devait produire un effet grandiose lorsque toutes ses arcades à jour, bouchées maintenant en grande partie , laissaient apercevoir le ciel où elle semble monter elle-même majestueusement. Elle est divisée en six étages, qui devaient être couronnés primitivement, ou dans la pensée de l'architecte, d'une pyramide en pierre à huit pans, ainsi que l'indique le plan octogonal du sixième étage. Le rez-de-chaussée est occupé par quatre grands arcs; il est percé de deux larges fenêtres, et décoré dans le haut d'un parapet soutenu par des modillons. Le premier étage a huit arcades, trois fenêtres et huit contre-forts, à ses angles pour soutenir la coupole. Le deuxième étage, qui renferme la coupole, est décoré de seize arcades aveugles. Les étages au-dessus sont à jour et renferment le befl'roi des cloches. Le troisième étage a, sur chaque face, deux grandes arcades partagées chacune en deux autres. Le quatrième étage a, sur chaque face, trois arcades. Le cinquième étage a, sur chaque face, cinq arcades. Le sixième étage a, sur chaque face, quatre arcades et une autre arcade à chaque angle. Chacun de ces étages est en retrait sur l'étage inférieur, et à tous les angles est sculpté un lion couché; ce lion est la seule ressemblance apparente qu'ils aient, car chacun d'eux a une ornementation différente, soit comme corniches, soit comme chapiteaux , soit comme architraves.

DANS UN GRENIER

NOUVELLE

Page 1