AVANT-PROPOS
On se fait géméralemeni une idée assez inexacte des dangers que court la Hollande par le fait des inondations. On sait qu'étant à peu près partout au-dessous de la mer, elle n'est défendue contre les inondations de l'Océan que par un ensemble admirable de digues; mais on sait moins que le sol est également d'un niveau inférieur à celui des fleuves nombreux qui se jettent dans la mer du Nord. C'est de ce côté que les Hollandais ont le plus de sujets de crainte.
Pour que les eaux de l'Océan menacent l'intérieur des terres, il faut la coïncidence d'une haute marée et d'un très-violent vent du nord-ouest. Le lac de Harlem, rendu aujourd'hui à la culture (*), fut formé, il y a trois siècles, par une inondation de ce genre. Ces désastres que cause, la mer sont heureusement aussi rares qu'ils sont épouvantables dans leurs suites.
Quant aux fleuves, de gigantesques levées de terre protègent' contre eux les prairies fertiles et les villages qu'elles enclosent. Ordinairement, même dans les plus grandes crues, la sécurité est parfaite. Le plus sérieux danger naft de la débâcle des glaces coïncidant avec l'accroissement des eaux. Alors d'énormes glaçons descendent le fleuve avec une rapidité effrayante, et, ^'accumulant les uns sur Ic^ autres, viennent nattre en brèche les digues. Souvent un banc de glaces se forme en travers du fleuve , atteignant une hauteur prodigieuse et barrant le passage à l'eau qui! arrive par derrière. On conçoit alors comment les digues», les plus hautes, déjà ébranlées par le choc des glaces, finis-
(♦) Voy. t. XXVlîï, 1860,p. 100 et sniy. ; pt t. XXIX, 1861, p. 107.
sent par ôlre submergées et s'écrouler. Quand le péril est imminent, la population valide tout enliére, avertie par le tocsin et par des coups de canon, se rend sur la digue et tâche de la consolider en même temps que de Télever à Faide de rangées de pieux que Ton plante parallèlement, â quelques pieds de distance, sur le rebord intérieur, et que ion relie avec des planches. On remplit ensuite Tintervalle de fumier. Cela s'appelle encaisser la digue. Lorsque la terre est gelée , ce travail est excessivement pénible. On emploie souvent alors des barres de fer au lieu de pieux. C'est par une alerte de ce genre que commence le récit qu'on va lire, et qui pourra donner une idée des afîreux tourments qu'endurent les populations en proie à cet horrible fléau C).