MOSELLE
J.a Porte des Allemands, à Metz. — Dessin de F. Faivre,
A Metz, la « porte des Allemands » a été restaurée récemment par le génie militaire avec beaucoup d'mlelligence et de goût. Grâce au soin qu'on a pris d'altérer le
TOMK XXX. - AOUT 1862.
moins possible son caractère architectural, cette porte donne une idée assez exacte du mode de fortifications usité encore au seizième siècle, et notamment de Tenceinte flan-
quée de tours qui défendait Metz à cette époque. Lorsque le système moderne eut prévalu, les défenses naturelles de la place ont heureusement permis de laisser subsister une portion notable de l'ancienne ceinture.
Sont-ce les coulevrines de Charles -Ouint qui ont imprimé sur les deux tours avancées la marque de leurs biscaïens? Cela est peu probable,' car on sait que la première attaque des Impériaux fut dirigée des hauteurs de Belle- Croix contre la partie de la ville appelée depuis le « retranchement de Guise »» ; et que de là, découragés par l'énergique résistance des assiégés, ils altérât, par un long circuit, s'établir au sud-ouest de la place, où ils ouvrirent successivement deux brèches, entre la porte Serpenoise et la Moselle. Quoi qu'il en soit, ces vieilles empreintes, sans histoire et sans nom, ont leur éloquence ; elles font, à leur manière, penser et rêver.
A l'opposite de la «f porte des Allemands », qui donne entrée dans la ville du côté de l'est, une autre porte l'ouvre du côté de l'ouest, sous le nom de « porte de France. * Il y eut donc un temps où , en sortant de Metz « on se dirigeait vers la France ou vers l'Allemagne. Metz était une de ces petites républiques qui, sous le nom de villes impériales, et f onséquemment sous la protection de l'Empire, avaient la prétention de maintenir leur indépendance parmi les convoitises et les ambitions rivales des puissances qui commençaient à se partager l'Europe Française par le langage, quelque peu allemande par les mœurs, elle n'était toutefois, avant 1552, ni allemande, ni française. Mais le moment était arrivé pour elle de devenir Tune ou l'autre; sa modetite autonomie n'avait plus de raison d'être. La force mystérieuse qui entraîne les petits États dans les orbites des grands, et qui forme les nations de l'agglomération séculaire des villes et des provinces, menaçiiit la liberté messine d*un prochain renversement Ce fut la politique habile de Henri il, secondée par Théroïque bravoure de François de Guise, qui décida sa chute du côté de la France
L'antique capitale du royaume d'Austrasie, la fière cité qui avait échappé aux surprises nocturnes des ducs de Lorrame et résisté aux attaques ouvertes de Charles VII et de Charles-Quint, est aujourd'hui l'humble chef-lieu du département de la Moselle. Nouvel et instructif exemple des vicissitudes humaine^ !
Fîiut-il l'en plaindre cependant*' Tient-elle une moindre place dans les destinées générales du monde, depuis qu'elle est entrée, avec Strasbourg, Nancy, Besançon, et tant d'autres, dans l'unité active et puissante qui porte le nom glorieux de France, qu'au temps où elle s'épuisait à défendre son impossible isolement contre la cupidité belliqueuse de ses voisins? Méfions-nous de c^s regrets d'antiquaires, de.poétes, d'artistes, qui font si bon marché des avantages du temps présent au profit et à la glorification des temps écoulés. Si nous pouvions voir revivre seulement quelques heures ce passé, objet de tant de doléances, nous serions moins dédaigneux des choses d'aujourd'hui. Mais c'est ainsi que va le monde. Les générations futures, qui, je l'espère. Vaudront mieux que la nôtre, nous envieront l'époque, telle quelle, qui a vu réparer et remettre à neuf la bonne vieille porte des Allemands.
Voilà ce que disent aux passants ces trous de balles gravés sur le calcaire jaune de Saint- Quentin comme les hiéroglyphes sur le granit rose d'Egypte. Et qu'on répète, après cela, que les pierres ne parlent pas!