TIREES DES MANUSCRITS MEXICAINS
Fin. — Voy. p. 183.
Après le crime, le châtiment. Lorsque l'instigateur des massacres du temple, Pedro de Alvarado, eut accompli la conquête di\ Guatemala, et, rival de Pizarre dans le Pérou, eut formé le projet de la découverte des Iles aux épices pour tirer de nouvelles richesses de régions dont l'opu-
lence fantastique était encore exagérée^ par son imagination, il se vit arrêté dans ses desseins par la main de Cor- ' tez, dont il était devenu l'ennemi, et il alla périr sans gloire durant une expédition inutile où, au milieu de la déroute, un coup de pied de cheval l'atteignit.
La peinture mexicaine nous transporte à Nochistlan, forteresse bâtie sur un rocher abrupt, environnée de marais, où les Indiens s'étiient réfugiés. Le n° 1 nous donne la date précise de révénement; il eut lieu au pays de Xalisco, en 15-41, c'est-à-dire en l'année désignée- sous le nom de Matlalilï Calli ou les Dix Maisons. Le n*> 2 marqué l'emplacement dont il s'agissait dé déloger les Indiens : à l'exlrèmitè de ce terrain on voit, en effet, un nopal chargé de fleurs; nutchi signitie une tuna, une figue de Cactus opuntia, et tialli, la terre. Nochistlan n'est donc autre chose que la région par excellence des tunas. Le chiffre 3 marque la dernière ligne de circonvallation construite par les Indiens en pierres sèches el simplement amoncelées ; il y en avait sept ; dans le n° 3 on reconnaît sans peine l'armée des défenseurs du Penol ou roc fortifié. Sur l'un de ces monceaux de pierres se trouve peint un oiseau, dans lequel M. Ramirez reconnaît un toztli, une espèce de perroquet que son vol porte très-haut dans les espaces, et qui serait là pour symboliser la situation inaccessible, pour ainsi dire, de la forteresse. Le n^ 4, trois fois répété, signale les eaux qui coulaient dans les terrains marécageux dont le fort des Indiens se trouvait environné.
Cet étrange guerrier vêtu de Fhabit des Européens, et dont nous regrettons de ne pouvoir reproduire ici les couleurs brillantes, c'est le symbole de l'armée redoutable des Teules, ou de ces demi-dieux étrangers contre lesquels les flèches indiennes sont à peu près impuissantes ; il est désigné par le n°5; quant à l'indication fournie par le n<» 6, elle est beaucoup plus complexe. Cet animal attaché par un fil à la figure précédente, c'est un raton, petit quadrupède , vrai fléau des champs' récemment ensemencés; il annonce la famine qui suit la guerre, de même que le faisceau de feuilles d'agave dont sa tête est couronnée rappelle une année désastreuse durant laquelle la sécheresse fit périr cette plante utile, qui résiste si bien cependant aux chaleurs les plus ardentes. Les n*"* 7, 8 et 9, représentant la cérémonie du baptême, disent tout le nœud de .cette expédition belliqueuse. La guerre, seloïKies conquistadors, n'était faite aux Indiens que dans un seul but, celui de les soumettre au christianisme; ici le peintre indigène s'est conformé à ululait accepté, et nous supposons que lui-même il s'était converti. Les n<^* 10 et li indiquent clairement la catastrophe qui suivit l'expédilion relatée ici. Tonatiuh, le brillant guerrier symbolisé par le soleil , a déjà reçu le coup fatal , et va s'éteindre comme l'astre dont il porte le nom.
Ce que ne peut dire ici la peinture expliquée par M. Ramirez, ce sont les améres paroles qui échappèrent au mourant; comme les siens consternés lui demandaient où il souffrait, il murmura : « A l'âme. » Et ce mot terrible peignait assez les dernières angoisses de celui qu'on aurait pu appeler le fléau des Indiens (*).
(•) Qu*il massacrât impitoyablement les prêtres du grand tëocalli, .ou qu'il traversât avec ses bandes victorieuses le Guatemala, le brillant adelantado était toujours pour les Indiens Tonatiuh, le Soleil ; et cela dura plus de vingt ans, puisqu'il était débarqué au Yucatan dés 1518. avec Grijalva. L'accident qui amena sa mort fut des plus étranges. 11 venait de descendre de cheval et tenait son épée à la main , protégeant de sa personne l'arrière -garde de sa troupe, et il descendait ainsi devant Nochistlan une côte abrupte et rocailleuse, conduisant à des marais, lorsqu'il s'aperçut qu'un honnête comptable de l'armée, qu'on appelait Balthaiar de Montoya , n'éuit plus maître de sa monture, ou se monU^t tellement épouvanté qu'il ne pouvait plus la conduire. Il encouragea le fuyard de la voix el chercha à ranimer son courage. Ce fbt alors qu'une ruade du cheval, efErayé peut-être autant
La troisième page, dont il nous reste à donner l'explication, est certainement moins grosbièrement exécutée que les deux précédentes, et par cela môme, peut-être, elle signale une complète décadence dans le tracé de la pein-» ture didactique, dont les préceptes sont pour ainsi dire
oubliés. Elle est si imparfaite à ce point de vue, nous dit M. Ramirez, que le moderne TIaluca auquel on la doit n'a pas même introduit en tête, soit oubli, soit ignorance, le symbole hiéroglyphique qui donnerait une date précise^ à cette odieuse légende des derniers temps de la conquête.
Antiques peintures mexicaines figuratives.
L'authenticité du sujet n'est pas douteuse , et la pointure d'ailleurs a appartenu au savant Veytia, l'ami de Boturini, qui a déjà tenté de l'expliquer. Bien des origines sont encore enveloppées de mystère dans ce petit taj^leau ; mais
que son maître , atteignit Alvarado en pleine poitrine : il tomba privé de sentiment, comme Pindique notre peinture indienne; mais en revenant à lui il se sentit assez de courage pour revêtir un soldat de ses propres armes afin qu*on ne crAt pas à sa mo'rt, et il fut ramenë'en litière à quatre lieues de là, dans une maison d*Atcnguillo. Comme un de ses familiers le grondait doucement de ce qu'il n*avait pas su modérer son courî^fe et de ce ()u*il s'était nsqué avec trois ç^nts gs*
I on suppose, non sans raison, que cette page sanglante relate un événement advenu vers l'année 1 537, après que Fernand Cortez, au retour de ses immenses découvertes en Californie, s'était trouvé investi , par sa position , d'un nouveau
pagnols contre dix mille Indiens, il eut encore la force de répondre en souriant : — Oui, en effet, c'est un grand tort que de commander à des hommes parmi le^nels se trouve un Balthazar de Montoya.
Montoya vécut, dit la chronique, jusqu'à cent cinq ans ; mais il avait échangé son épée de conquistador contre une plume de tabellion , et 8*était fixé à Guadalaxara. Cela allait mieux à son humeur que la jour; née du 24 juin 1541.
pouvoir. Le conquistador, suivi de Marina sgn interprète, apparaît bien ici comme jouant un rôle obligé dans le récit (c'est lui que figure le n» 1), mais il n'a pris aucune part directe à l'action qu'on a voulu représenter. Si la peinture hiéroglyphique n'est pas d'une entière clarté, l'écriture latine , tracée dès le seizième siècle , y supplée cette fois, et dit au bas de la peinture, en langue nahuati, quels sont les chefs indiens que Ton tient ainsi enchaînés (*). Ils sont au nombre de six (nous ne comptons pas le malheureux que l'on exécute), ils ont été faits prisonniers à la suite d'une rébellion armée qui a eu lieu en l'absence du conquistador : figurés par le n° 2, ils doivent tous subir l'horrible supplice de Vaperreamiento (■).
Ces sept chevaliers (nous reproduisons le mot espagnol) étaient originaires de la province de Cuyoacan; c'est ce qu'indique le signe hiéroglyphique peint au-dessus du n<» 4.
L*arrét de confiscation a été prononcé contre eux, et leurs biens doivent servir à faire des largesses. Le n^ 5 représente l'heureux conquistador recevant l'investiture des terres qu'on a arrachées aux condamnés; il a fait partie àe l'armée victorieuse, et il se nomme Diego de Tapia. Le peintre l'a représenté donnant ses instructions aux Indiens, qui doivent le regarder désormais comme encommendero. Le n^ 6 précise une date : la répartition ordonnée par Cortez a eu lieu en l'année 1540, quatre ans après une sanglante exécution dont on a voulu parfois nier l'authenticité, tant elle est horrible, mais sur laquelle cette peinture ne permet pas d'élever le doute le plus léger.
Nous espérons que ce peu de pages suffiront aussi pour donner l'idée sommaire de cette écriture des Aztèques dont la valeur est contestée, quand on ne la nie pas complètement. Nous invitons ceux qui douteraient encore à
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6 Ie
Antiques peintures mexicaines figuratives.
consulter le vaste recueil de lord Kingsborough. (neuf volumes de format grand in-folio) et les lettres de Cortez, publiées par l'évéque de Mexico Lorenzana, avec de nombreux hiéroglyphes mexicains.
(*) Leur nom ou le lieu de leur résidence sont marqués , en commençant, par le chiffre qui est en tête : Tecochtly , Alexitly ou 3Uiitli sont les deux premiers; celui qu*on livre au dogue affamé s*appeUerait, selon M. Galicia, Tlalchiachieot%in.
(«) Du root ptrro, chien.
Nous n'ajouterons à ces renseignements, uniquement consacrés à l'écriture aztèque, qu'une simple réflexion. La plus importante découverte que Ton pourrait faire aujourd'hui dans l'archéologie américaine serait, sans contredit, l'explication satisfaisante des hiéroglyphes gravés en relief sur certaines ruines du Yucatan. C'est désormais de l'étude du maya et de l'interprétation des Katouns que dépend la connaissance d'une histoire encore environnée des plus grands mystères.