LE PUITS ARTÉSIEN DE PASSY
Suite. — Yoy. p. «27.
La scène (fig. 7) représente ce qui se passait au moment où l'on allait cesser une séance de battage. Les ouvriers qui se trouvent dans la partie supérieure prennent les dispositions nécessaires pour retirer successivement les tiges. Les mécaniciens sont à leur poste ; le contre-maître , sur le point de donner à chacun le signal de la manœuvre qu'il doit accomplir, surveille les deux ouvriers qui tournent la barre des vis destinées à produire l'allongement progressif des tiges.
Les travaux devaient être terminés dans l'espace d'une année; mais on rencontra des obstacles imprévus. La nappe aquifère ne jaillit à la surface du sol que le 24 septembre 1861. Il avait fallu six ans neuf mois d'un travail continu.
On n'avait pas fait une part assez large aux difficultés que pouvaient opposer les argiles à traverser, et dont la pression augmente notablement avec le diamètre du sondage.
Si on trouvait un moyen infaillible pour traverser sans accident ces couches meubles et glissantes qu'on rencontre trop souvent dans des opérations dé cette nature, la pratique de l'art du sondage serait aussi facile que l'accomplissement des travaux qui se font à la surface de la terre. Sur un parcours total de 587 mètres, il n'y en a pas certainement 30 qui aient offert de graves obstacles. Mais ces obstacles sont d'une nature fort sérieuse.
Deux gravures (fig. 8 et 9) dont nous devons les dessins à l'obligeance de M. Hubert, chef des travaux, figurent, pour ainsi dire, toute l'histoire de cette belle et difficile opération.
Le 31 mars 1857, le forage était déjà parvenu à la profondeur de 528 mètres; l'arrivée de l'eau était imminente; on pouvait prévoir qu'elle jaillirait au bout de quinze ou vingt jours, lorsque tout à coup le tube en tôle qui retenait les argiles fut écrasé à 30 mètres au-dessous du sol. Il s'ensuivit un retard de près de trois ans, et une augmentation de plus du triple dans les dépenses. Tous les calculs se trouvaient bouleversés par ce seul sinistre.
M. Kind étant dorénavant hors d'état de tenir les conditions de son marché, l'administration munkipale le résilia, et prit à sa charge la continuation des travaux, qui furent mis en régie. M. Kind resta, comme par le passé,
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chargé de la direction du sondage; mais il dut s'entendre avec la commission de surveillance , qui devenait en quelque sorte responsable de la réussite de l'opération. On ne perdit pas de temps pour réparer le dégât, et,
le 43 décembre 1859, un faux puits de 57™,46, maçonné
à partir du sol, traversait toutes les couches dangereuses.
Les dimensions qu'on adopta pour cette construction
accessoire furent beaucoup plus considérables que celles
FiG. 7. — Puits artésien de Passy : coupe en longueur du bâtiment pendant le travail du forage.
du sondage lui-même ; pendant les deux premiers tiers, on donna au faux puits 3 mètres de diamètre, et dans le dernier tiers, environ i'»,70. On s'appliqua ensuite à lui donner toute la solidité possible, et on le construisit partie en fonte avec maçonnerie intérieure, et partie en tôle.
Cette opération fut longue, pénible et même dangereuse. Des Iwbes en fonte de 35 millimètres d'épaisseur se fendillaient dans la première couche d'argile comme une
vitre qui s'étoile. Plus d'une fois les ouvriers renoncèrent à ce travail qui les épouvantait, et les ingénieurs de la ville durent donner l'exemple de la confiance en descendant les premiers au fond et en y séjournant pendant un assez long temps.
Heureusement, comme le tube intérieur dont on avait été séparé par les éboulements était demeuré intact , il suffit de le curer pour le remettre en état, et Ton put pro-
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FiG. 8 et 9. — Coupe des terrains traversés par le puits artésien de Passy,
céder au tubage, après s'être rapidement débarrassé de 1 Le tube, préparé d'avance, se composait d'uncuvelage tous ces débris. I en bois dont le diamètre n était plus que de 78 centi-
mètres dans la partie inférieure , et qui se terminait par un bout en bronze fenestré dans toute sa longueur pour rendre plus facile l'accès de l'eau lorsqu'on serait arrivé au milieu de la coucbe aquifère.
Mais le système ainsi constitué refusa de descendlre audessous de 550 mètres. Après différentes tentatives in-' fructueuses, on reconnut qu'on avait affaire à une difficulté de même nature qu'au début du sondage, et qui avait déjà été sur lé point d'interrompre les travaux. Cependant, comme on approchait de la couche aquifère, on reprit courage et on procéda, sur un faible diamètre, à un sondage d'essai qui réussit admirablement.
L'eau fut rencontrée, pour la première fois, à 577"»,50. Après quelques oscillalions, elle s'arrêta à quelques mètres au-dessous du niveau du sol, et refusa de s'élever plus haut. C'était la couche de Grenelle.
Si l'on en était resté à ce point, il aurait été nécessaire de construire une pompe d'épuisement pour amener l'eau au niveau supérieur; mais les recherches effectuées, depuis le forage de M. Mulot, par plusieurs géologues, parmi lesquels nous citerons M. Walferdin, avaient suffi* samment démontré qu'il existe, au-dessous des sables aquifères de Grenelle, une ou plusieurs nappes susceptibles de fournir des fontaines jaillissantes.
Un second tube en tôle, de 70 centimètres de diamètre, de 5 centimètres d'épaisseur et de 52 mètres de longueur, dont 12 mètres feneslrés, fut glissé dans le précédent et descendu avec les mêmes précautions. Engagé dans les argiles, il ne tarda pas à s'y arrêter. Le forage, repris alors hardiment, fut poussé jusqu'au diamètre le plus large du puits, et arriva jusqu'à l'eau jaillissante le 24 septembre à midi. Ce jour-là, les promesses de M. Kind se trouvèrent dépassées et ses espérances presque réalisées. Le volume d'eau atteignit, au premier coup de sonde, 15 000 mètres cubes; il s'éleva bientôt jusqu'à 25 000 et ne redescendit pas au-dessous de 17 000, tant qu'on laissa couler L'eau au niveau du sol.
La fin à une autre livraison.