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LE ROMAN BOURGUIGNON

Il n'est pas sans intérêt d'observer les styles d'architecture qui ont simultanément existé en France au douzième siècle : si tous appartiennent à l'architecture romane, ils offrent pourtant, selon les régions dans lesquelles on les prend, des modifications remarquables que M. de Caumont signala d'abord au congrès scientifique de France tenu au Mans en 1839, et que plus tard M. Viollet le Duc a reconnues et indiquées dans son Dictionnaire d'architecture, M. de Caumont établit, dans son Abécédaire d'arcJiéologie, sept grandes régions monumentales en France au douzième siècle, savoir :

1° La région du nord-ouest, comprenant la Normandie et la Bretagne;

2<' La région de l'ouest, embrassant le Poitou, la Saintonge, la Touraine et une partie de l'Anjou;

3° La région du sud-ouest, s'étendant depuis la Dor* dogne jusqu'aux Pyrénées;

4° La région de l'Auvergne, limitée aux départements du Puy-de-Dôme, de la Haute-Loire, de l'Allier (en partie), et à quelques contrées voisines ;

5* Le roman germanique, dont le centre est sur les bords du Rhin, et qui, après avoir occupé l'Alsace, pénètre au delà des Vosges dans plusieurs départements;

Enfin, la région du roman bourguignon, qui, par une dégradation que Ton peut suivre, s'allie au roman de la vallée du Rhône et à celui de la Provence, et qui pourtant peut eu être distingué; de telle sorte qu'on doit diviser en deux parties le grand espace compris entre la frontière de la Bourgogne et la Méditerranée.

Ainsi , chaque région semble avoir, au douzième siècle, imprimé un caractère particulier à l'architecture, et un observateur qui a beaucoup voyagé peut dire, à la vue de l'esquisse d'un édifice, à quelle région de la France il appartient.

Les spécimens d'architecture que nous figurons à la page suivante appartiennent au roman bourguignon. Il existait en Bourgogne, au douzième siècle, une école très- avancée, dont l'église abbatiale de Vezelay offre un bel exemple : on voit dans les monuments romans de la Bourgogne des pilastres cannelés, des chapiteaux dont la correction rappelle le corinthien classique, et cette observation a fait supposer que les architectes de ce pays avaient eu sous les yeux des monuments romains qui leur avaient fourni des types. On a dit , par exemple , que les pilastres cannelés de la cathédrale de Langres étaient une imitation des pilastres qui décorent les arcs de triomphe gallo-romains de cette ville. Cette supposition semble bien fondée.

La façade de l'église d'Avallon est une des plus riches que l'on connaisse ; les colonnes ont leurs fûts couverts de

moulures très-variées aussi bien que les pilastres. Notre premier dessin, exécuté d'après les esquisses de M. Sagot, peut donner une idée de la beauté et de l'élégance des pi-

La seconde figure reproduit le& quatre archivoltes du portail : ce sont des fleurons d*une ampleur, d*un relief et d'une grâce tout à fait remarquables, des rinceaux, des

lastres qui supportent les colonnes cylindriques dont les ; palmettcs du meilleur effet.

bases paraissent au*dessus de ce premier ordre. I 11 faudrait une dizaine de planches pour faire connaître

Douzième siècle; Style bourguignon. — Fragment du portail de l'église d*AvaHon (Yonne).

Douzième siècle; Style bourguignon. — Fragment du portaU de Téglise d'AvaUon (Yonne).

la magnifique façade de Téglise d'Avallon. Nous avons | recommander aux artistes comme un des monuments de voulu seulement en faire comprendre l'importance et la , notre sculpture nationale les plus dignes d'attention.

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