LE MANTEAU BLEU ÉCOSSAIS
Au temps où, parmi- ses élèves en philosophie, Dugald Stewart comptait Walter Scott, ce dernier se trouva fréquemment assis près d'un étudiant modeste , assidu , d'humble apparence, et plus âgé que lui. La connaissance se fit cependant, et devint assez intime pour que Sc^tl associât parfois son nouvel ami à ses longues promenades a travers la campagne, bien qu'il ignorât et le lieu de la résidence et quelle était la parenté de l'étudiant.
Un jour, comme Walter Scott revenait d'une excursion solitaire, son œil fut attiré par un vénérable bïne-gotvn (manteau bleu : c'est le nom donné en Ecosse à des mendiants autorisés, que l'auteur de tant de charmantes nouvelles a depuis rendus populaires dans le personnage d'Eddie Ochiltree de r Antiquaire). Le vieillard, debout, appuyé sur son bâton, le chapeau en main, attendait, immobile et silencieux, l'aumône des passants; le jeune homme
(*) Félix Aubry, Rapport sur les dentelles de l'Exposition d0
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lui dorma une bagatelle, et passa. Plusieurs fois il rencontra ce môme mendiant et lui montra la même bonté ,*l en sorte quHcommençait à le considérer comme un client habituel, lorsqu'un jour, se promenant cette fois avec son humble camarade d'études , il trouva sur sa route son vieux pensionnaire , lui donna , comme de coutume , son faible tribut, et continua de marcher.
Dès que les promeneurs se furent un peu éloignés du mendiant, Scott, qui avait remarqué chez son camarade un mouvement d'hésitation, ne put s'empêcher de lui dire : « Qu'y a-t-il? Savez-vous donc quelque chose au détriment de ce pauvre?»
Son compagnon alors s'écria, fondant en larmte : « Oh non, Monsieur, non! à Dieu ne plaise! c'est moi t|ui suis un misérable ; honteux de lui parler, à lui, h mon propre père! Il avait bien assez mis de côté pour vivre tranquille en ses vieux jours, et s'il reste à blanchir son vieux crâne à tous les vents du ciel , ce n'est que pour faire face aux dépenses de mon éducation. »
Ému de pilié pour la faiblesse de l'étudiant , Walter Scott le consola de son mieux, et, sans rien changer à leurs relations, lui garda fidèlement le secret. Plusieurs nioh s'étaient écoulés sans que le Manteau bleu se trouvât sur son chemin. Enfin il le rencontra dans un coin écarté, oi\ le vieillard s'enhardit jusqu'à lui adresser la parole.
« Je sais. Monsieur, lui dit-il, combien vous avez été boa pour mon cher Willie. C'est si souvent qu'il m'a parlé de vous avant que je vous eusse rencontrés tous deux ensemble ! Ah ! si j'osais en prendre la liberté, je vous supplierais de me faire l'honneur et le plaisir de venir une fois seulement vous reposer sous notre pauvre toit. C'est demain samedi, viendriez-vous sur les deux heures ? Willie a été fort malade, et ça lui ferait si grand bien de voir votre bon vi>age ! »
En même temps que des sentiments plus élevés, la curiosité de Walter Scott se trouvait fortement stimulée, et il accepta l'étrange invitation.
L'heure masquée le trouva à la porte d'une petite chaumière isolée, près de Saint-Léonard, hameau où, dans la Pmon d*Édimhotirg, il a placé la résidence de Jeanie Deans. Son condisciple, pâle et amaigri par la maladie, assis sur le banc de la porte, guettait sa venue, et l'introduisit dans la cabane proprette où le vieillard, ayant dépouillé son manteau professionnel , soignait les dernier^ vibrations d'un gigot pendu à une ficelle devant le feu. Le mouton se trouva excellent , les pommes de terre et le wbiskey ne lui cédaient en rien, et Scott revint chez lui après une amusante conversation, le vieillard ayant raconté plusieurs bonnes histoires de sa jeunesse ; — car il avait servi ! et plusieurs fois revinrent sur ses lèvres des paroles que Walter Scott a mises plus tard dans la bouche de la mère de Dominie Sampson (le Magister de Guy-Mannering). « Plaise à Dieu que je vive assez pour voir un jour mon fils siéger dans une chaire ! i» .
Walter Scott, au retour, ne put résister au désir de tout raconter à sa mère, et de lui faire part de son vif désir de voir son pauvre ami obtenir une plac« d'instituteur dans quelque riche famille.
« En tout cas , n'allez pas en parler a votre père , lui répliqua la bonne dame ; si c'avait été une épaule de mouton, passe encore ; mais un gigot ! Le père crierait au luxe et au péché. Pourtant je verrai ce qui se pourra faire. » Et prenant des informations auprès des professeurs, lady Scott s'assura du mérite du jeune homme, et lui procura la position que le Manteau bleu désirait pour lui. « Espérons, ajoutait Walter Scott racontant l'anecdote, que le bon vieux campagnard a assez vécu pour voir son fils prêcher à Aberdeen. •
LE PUITS ARTÉSIEN Dt PASSY.
Fin. — Voy. p. 227,267.
Dans les premiers jours que jaillit le puits de Grenelle, on obtenait un débit de 2 000 mètres cubes par jour; mais l'élévation du plan de déversenfient à 33 mètres, au moyen de la colonne quB la ville de Paris a fait construire , réduisit à 630000 litres la quantité d'eau fournie quotidiennement.
11 ne doit pas en être autrement à Passy, et le débit sera probablement réduit à 7 000 ou 8.000 mètres cubes lorsqu'on aura élevé l'orifice supérieur à la hauteur nécessaire pour que l'on puisse alimenter directement le réservoir de Passy.
Déjà, des expériences indirectes ont permis d'évaluer approximativement le débit qu'on obtiendra dans ces circonstances nouvelles. En effet, en diminuant la force ascensionnelle du jet au moyen d'une colonne d'eau de 20 mètres qui surmonte le sondage , on a trouvé que le rendement descend à peu près au chiffre que nous venons d'indiquer.
Les deux nappes de Passy et de Grenelle ne paraissent pas être indépendantes l'une de l'autre , comme il arriverait nécessairement si la couche d'argile qui les sépare remontait jusqu'aux terrains absorbants qui leur donnent naissance.
Le 24 septembre 1861, à midi, le puits de Grenelle donnait 630 mètres cubes, ce qui est son débit normal; mais vingt-quatre heures après, il ne donnait plus que 560 mètres cubes; enfin, après avoir diminué successivement, il tomba jusqu'à 460 et même jusqu'à 420 mètres. 1 ne serait peut-être pas impossible d'expliquer cet effet au moyeu, de l'élévation des sables dans le bas du forage, où ils sont remontés de 5 ou 6 mètres environ. Cependant nous devons remarquer que le rendement du puits de Grenelle a sensiblement augmenté quand on a diminué celui de Passy en diminuant artificiellement la force ascensionnelle du jet , qui coulait alors avec la même vitesse que si le plan de déversement était élevé à 78 mètres au-dessus du niveau de la mer.
Le tableau suivant donnera une idée'exacte de la constitution géologique du terrain de P^ssy.