‹ Le Magasin pittoresque (volume 3)Chapitre 225 sur 314 · SAINT RÉGIS, PATRON DES DENTELLIÈRES · texte numérisé non relu

SAINT RÉGIS, PATRON DES DENTELLIÈRES

La fabrication des dentelles en Auvergne remonte à une époque très-reculée. On la regarde comme la plus ancienne et la plus considérable de la France. Elle est répandue dans quatre départements (Haute-Loire, Cantal, Puy-de-Dôme, Loire), où elle occupe de 125 000 a 130 000 femmes et jeunes filles. C'est la principale et presque la seule industrie de la Haute-Loire , où il y a 70 000 dentellières.

Vers la fin de janvier 1640, le sénéchal du Puy avait fait publier par tous les carrefours de cette ville une ordonnance du Parlement de Toulouse qui défendait, sous peine de grosses amendes, à toutes personnes, de quelque sexe, qualité et condition qu'elles fussent, de porter sur les vêtements, à dater du 7 février suivant, aucune dentelle, tant de soie que de fil blanc, ni passement ^ ni clinquant d'or ni d'argent fin ou faux.

Les motifs de cette ordonnance étaient, d'une part, qu'un grand nombre de femmes s'occupant de la dentelle, il en résultait «» beaucoup de difficultés de se procurer des do- A mestiques ; et de l'autre, que l'usage de cet ajustement )» faisait disparaître les nuances de distinction entre les »* grands et les petits. »

Cette ordonnance, on le comprend, causa beaucoup de sensation au Puy et dans tout le Velay; les marchands de dentelle et surtout les malheureuses femmes qui vivaient du produit de ce travail en furent vivement affectés. Le père Régis, jésuite (depuis canonisé), qui se trouvait alors au Puy, où il inspirait beaucoup de vénération et de confiance , consola les ouvrières réduites à la mendicité ; il leur fit espérer le prochain rétablissement de la fabrica tion; puis il alla à Toulouse, où il obtint la révocation de cette ordonnance ridicule. 11 ne se contenta pas de ce bienfait : sous son inspiration , les jésuites ouvrirent au commerce de l'Auvergne des débouchés en Espagne et dans le nouveau monde. Ces importants marches furent l'occasion, pour cette fabrique, d'une grande prospérité qui s'est maintenue jusqu'en 1790. Aussi les ouvrières de ce pays ont-elles saint François Régis en grande vénération, et l'ont-elles pris pour patron. (*)

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