Tome XXX. — |S^^ricMDuc 18Gâ
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Qdi se rappelle aujourd'hui la rue de la Harpe , et la porte du collège de Bayeux servant d'entrée à un passage bordé de boutiques borgnes, et le palais des Thermes occupé par je ne sais quelle humble industrie? Pour moi, j ai si bien oublié que je ne puis plus me rendre compte des bâtisses qui faisaient face à la rue de TÉcole-de-Médecine; il y 'avait là de la boue, de Tombre même en plein midi, je ne sai^ quoi de triste, voilà ce dont je me souviens; et maintenant il y a de l'air et des jardins verdoyants. Tout le terrain compris entre les- rues de la Harpe et Saint-Jacques, du l'oin et des Mathurins, est une dépendance de l'hôtel de Cluny; une grille qui longe les boulevards de Sébastopol et Saint-Germain laisse voir, à travers les arbres fltîuris, des fragments, des colonnes, des statues, un musée extérieur où tous les siècles, depuis le quatrième de notre ère , ont apporté quelque chose d'eux-mêmes; des femmes et des enfants travaillent et jouent au milieu de ces souvenirs; la vie indifférente s*ébat sur les ruines, et le présent s'est fait du passé une parure.
Je m'étais jusqu'ici contenté de regarder l'enclos riant que dominent les vieux murs romains garnis de lierre et les élégantes (Mètres de la renaissance ; l'entrée du jardin est cachée; il faut vouloir la trouver et pouvoir perdre quelques instants, car il n'y a qu'une issue, et pour sortir on revient sur ses pas. La porte est au fond de la cour de l'hôtel , à droite ; elle donne sur une petite allée latérale. On tourne à gauche , et Ton se trouve dans un petit carré long formé par une haute grille et un angle rentrant des bâtiments du Musée; on entrevoit par les croisées ouvertes des reliquaires, des faïences peintes, des bijoux brillant sous des vitrines; du milieu d'un massif d'iris violets s'élève une colonne grôle au chapiteau de feuillage sculpté, portant une petite statue de Vierge. Au bout de ce jardinet s'ouvre un vestibule dont la voûte est formée de ces nervures aiguës qu'affectionna dans ses derniers jours le gothique flamboyant; en avant, appHquée au mnr, une tourelle engagée s'appuie sur un pendentif élégant où sont figurés, parmi des acanthes, deux enfants demi-couchés qui soutiennent un double ècusson. Sous la voûte à gauche sont rangés divers débris, entre autres un chapiteau formé d'une tète monstrueuse aux yeux peints; au fond, le bas d'un escalier a jour. Contre la paroi de droite sont dressés deux retables jadis dorés et coloriés : le premier est très-riche en sculptures et bien conservé; l'autre, plus dégradé, mais dont l'ordonnance est peut-être mieux entendue, vient do la chapelle des Cordeliers de Provins. Ce nom de Provins, récemment rappelé à nos lecteurs (pages 217 et 281), me fait souvenir d'un grand et beau jardin situé sur les pentes méridionales de la ville haute, et décoré comme celui-ci de débris du moyen âge : on s'y assied sur des chapiteaux ; des faisceaux de colonnes tronquées y forment des tables; enfin son mattre y réunit depuis longtemps toutes les pierres sculptées de Provins et des environs.
Mais traversons le vestibule, où la fraîcheur nous gagne ; un autre carré nous attend , entouré en partie de murs romains et séparé du jardin principal par un portail de style flamboyant. Des fragments de pierres tombales intaillées sont appuyés au mur; dans l'herbe est couché un beau chat au poil fauve rayé de noir que j'ai souvent aperçu du dehors : cet animal, qui fut dieu jadis, n'est pas trop déplacé près du palais de Julien l'Apostat. Devant nous est la grande salle des Thermes, dissimulée au dehors par des lierres et des plantes grimpantes; je n'avais pas l'intention de m'y arrêter en la traversant, mais une statue me fait changer d'avis. C'est le maître du jieu qui me regarde, ce Julien yainqueup des Francs i
ami des belles fictions subtiles de l'école alexandrinc, ennemi d'une foi nouvelle que lui avaient imposée ses persécuteurs. A la fois inculte comme un soldat nourri dans les camps, fm comme un politique philosophe, il porte bien le diadème et le bâton de commandement; sa barbe pleine, mais courte , et ses moustaches correctes ne répondent guère :\ la tradition qui les accusait d'incurie. Je ne dis rien de son nez, qui a été refait; la tête a été recollée. Julien est debout h peu de distance du mur, à peu près au milieu de la salle où il régnait; autour de lui, à ses pieds, se pressent des cercueils en pierre, des chapiteaux romans à personnages et à entrelacs; ici un saint dans une auréole ovale et terminée en pointes, là quelques bas-reliefs romains de la décadence, des colonnes de marbre décoloré. A droite, au fond d'une cavité qui fut peut-être une piscine, grimacent dix-neuf de ces têtes barbues qui supportent les corniches ; chacune a sa laideur. Il y en a une vingtième dans un petit jardin à côté.
La salle de Julien donne sur un petit espace encaissé profondément, qui était sans doute une chambre basse du palais. On y a placé un fragment de vofe romaine , et des giroflées fleurissent entre les dalles. Du côté de la rue des Mathurins se montrent des arbres , des pelouses et quelques colonnes ; près du boulevard s'élève un joli marronnier qui abrite un banc. Le long des murs, des faisceaux de colonnes portent des chapiteaux de toute époque; il y a aussi un bas-relief qui représente des poissons et qui est relativement moderne. Et quel est ce cercle de pierres, et ce gros tas irrégulier de petits rochers où se plairaient si bien certaines fleurs? C'est le tombeau d'un chef celtique.
Ici, tournant h droite, nous passons dans le grand jardin et nous longeons en sens inverse l'espace que nous venons de parcourir. Ce qui nous frappe d'abord , en face de nous, c'est une grande statue de la Vierge vraiment belle et touchante, et en arrière, au coin d'une grande pelouse, un massif de débris de tout âge échafaudés les uns sur les autres avec grâce : ce sont des chapiteaux, des gargouilles, des animaux fantastiques h tête de loup, à corps humain, couverts de fleurs, de lierres vigoureux et d'arbres touffus. Le grand portail des Bénédictins d'Argenteuil s'élève en avant du pignon des Thermes ; il se compose de trois baies cintrées garnies d'omçments réguliers en dents de scie, appuyées sur des faisceaux de colonnettes .aux chapiteaux variés. La porte du milieu présente .un grand trèfle inscrit dans le cintre. Au-dessus on a posé divers chapiteaux curieux, comme ailleurs on pare de grands vases le haut d'une muraille. Par terre , appuyée contre une colonnette , j'ai distingué une inscription hébraïque, et plus loin la belle pierre tombale d'un bienheureux nommé, si je ne me trompe, Matthieu.
En face de ce portail et du pignon rapporté du collège de Bayeux règne une seconde pelouse garnie , comme la première, de massifs où la verdure couronne harmonieusement les ruines : partout des colonnes transformées en gracieux piédestaux, des bas-reliefs et toujours des chapiteaux dont la description serait un long travail; il y en a un qui est énorme, et où douze personnages assez grands représentent les douloureuses péripéties de la Passion ; sur un autre , un démon mal-appris tire aux passants une langue démesurée : voilà qui est d'un fâcheux exemple pour les petits démons qui jouent alentour; mais le bon conseil se trouve à peu de distance du mauvais; enfants» regardez ce petit moine : comme il lit avec attention dans son gros livre !
En fait de grandes statues , nous citerons encore une grande Yiprge adorée par deux petits anges, une figure fsoiéç sur unp base garnie de jiçrre, e^ une EupbarisU^j
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trés-suave. Les trois animaux évangéliques , l'aigle, le bœuf et le lion ailés, qui jadis surveillaient Paris du haut de la tour Saint- Jacques, se reposent aujourd'hui de leur longue faction aérienne, et gardent le jardin au point de rencontre des deux boulevards.